Plusieurs personnes se sont précipitées à l’aéroport de Lima en apprenant que le pays fermait ses frontières.
Plusieurs personnes se sont précipitées à l’aéroport de Lima en apprenant que le pays fermait ses frontières.

Un Trifluvien coincé au Pérou: les frontières fermées quatre heures avant son départ 

Marie-Eve Lafontaine
Marie-Eve Lafontaine
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — Plusieurs voyageurs sont coincés au Pérou après que le gouvernement eut décrété l’état d’urgence du jour au lendemain. C’est le cas d’un Trifluvien de 40 ans qui devait quitter le pays le 17 mars à 4 h 30 du matin. Les frontières ont toutefois été fermées à minuit.

Mais il n’avait pas attendu cette annonce pour faire des pieds et des mains pour rentrer au Canada. Dès le vendredi 13 mars, il a tenté de devancer son départ en se procurant un nouveau billet d’avion. Des billets d’avion dont les prix avaient littéralement explosé. «Les sites plantaient. Quand tu réussissais à avoir un billet à 1000 $, 2000 $, 3000 $ et même jusqu’à 4000 $, tu cliquais sur ‘‘ok’’, et ça indiquait que le billet n’était plus disponible», raconte l’entrepreneur, qui préfère garder l’anonymat.

Il avait réservé son billet d’Air Canada sur FlightHub. Il n’a pas été capable de les joindre du Pérou, leur numéro 1-800 ne fonctionnait pas. De Trois-Rivières, sa mère a fait des appels pour lui trouver un autre billet et elle a été au téléphone avec FlightHub pendant deux heures, mais sans succès.

Le matin du 16 mars, il a effectué son enregistrement en ligne pour son vol. «Vers 8 h 45, j’ai reçu un message texte d’Air Canada disant que mon vol était annulé. Je me suis viré de bord rapidement. J’ai rempli mon sac, j’ai quitté ma chambre, j’ai pris un taxi et je suis allé à l’aéroport», raconte-t-il.

C’était toutefois le chaos total à l’aéroport de Lima. «C’était le free for all. L’aéroport était plein à craquer. Des gens pleuraient. La police était là, l’armée était là. Il y avait des chiens pour la drogue. C’était quelque chose. Tu pouvais mettre les pieds dans l’aéroport seulement si tu avais une carte d’embarquement, mais tu ne savais même pas si tu allais avoir un vol ou pas.»

Il a rapidement réalisé que c’était peine perdue pour trouver une façon de rentrer à la maison. «À l’aéroport, il n’y avait pas moyen d’avoir de l’information. Les bureaux étaient fermés, ce n’était pas possible de parler à quelqu’un.»

En sortant, il est allé directement à l’ambassade canadienne. D’autres Québécois se trouvaient sur place. On ne les a même pas fait entrer. «Le seul accès qu’on avait c’était une employée à qui on parlait à travers une vitre. Tout ce qu’elle nous a dit c’est de se prendre une chambre d’hôtel. C’est la seule chose qu’elle pouvait nous conseiller.»

En plus de déplorer le manque d’information à l’ambassade, le Trifluvien n’en revient tout simplement pas que les compagnies aériennes aient haussé leurs prix à ce point quelques jours avant la fermeture des frontières. «Je trouve inconcevable que les transporteurs en aient profité pour gonfler les prix terriblement, ça n’a aucun sens. Mon billet aller-retour à la base a coûté 695 $ taxes comprises, et un aller simple, il y a quelques jours, était à 4000 $, c’est n’importe quoi. C’est du vol. C’est profiter de gens qui ont déjà un genou à terre.»

Depuis, il séjourne dans un hôtel de Miraflores non loin de l’ambassade. Il est confiné à sa chambre. «Depuis que le président a annoncé qu’il fermait les frontières et qu’il conseille aux gens de rester chez eux, les rues se sont vidées. Ce matin, en ouvrant mes rideaux, j’ai vu qu’il y avait pas mal plus de policiers dans les rues. Les policiers ont tous des masques.»

Si au départ, il pouvait sortir pour se ravitailler, tout porte à croire que les mesures d’isolement seront renforcées. «La police passe présentement dans les hôtels pour mentionner de ne pas nous laisser sortir, et que ce sont eux [les travailleurs de l’hôtel] qui s’occuperont de nos commandes d’épiceries. Ça sent l’isolement à 100 %.»

C’est le 4 mars que son voyage a débuté. Il est parti seul avec son sac à dos pour visiter plusieurs villes et faire du trekking. Au moment de son départ, rien n’annonçait que la situation allait se détériorer à ce point.

«Quand je suis parti là-bas, ce n’était pas le bordel au Canada ni dans le monde. Il n’y avait aucune notification du gouvernement nous disant de ne pas y aller. Ça a explosé depuis sept jours peut-être. Personne ne s’attendait à ce que ça prenne une tournure comme celle-là», raconte-t-il.

Il n’a aucune idée pendant combien de temps il sera coincé au Pérou, d’autant plus que l’ambassade canadienne aurait fermé ses portes, selon des Canadiens aussi sur place. Il a hâte de retrouver ses deux enfants.

S’il a demandé à garder l’anonymat, c’est que certaines personnes se déchaînent sur les médias sociaux contre les Canadiens coincés à l’extérieur du pays. «J’ai lu beaucoup de commentaires sur Facebook. Pour 100 commentaires, il y en a 90, 95 qui sont haineux. À les écouter, eux, ils ne seraient jamais partis, mais c’est facile à dire après.»

Mais les médias sociaux ont aussi un bon côté. Plusieurs Québécois sont coincés au Pérou. Un groupe Facebook a même été créé, ce qui leur permet de rester en contact et de se transmettre de l’information. Il compte plusieurs dizaines de membres.