Le docteur Gilles Vincent prendra sa retraite en juin et il n’est pas tendre à l’endroit de la réforme du ministre de la Santé Gaétan Barrette.

Un système qui «coule comme le Titanic»

Trois-Rivières — Le système de santé actuel surcharge de façon dramatique les infirmières et les médecins, et met la population excessivement à risque. C’est là l’avis du Dr Gilles Vincent, qui est l’un des premiers médecins en Mauricie à être passé au privé il y a maintenant douze ans et qui prendra sa retraite en juin prochain, se disant épuisé du système dans lequel il doit tout de même évoluer malgré sa pratique privée.

Dans une lettre ouverte coup de poing publiée ce matin dans nos pages, le Dr Vincent n’hésite pas à comparer le système de santé actuel et la réforme mise en place par le ministre Gaétan Barrette au Titanic. Un bateau qu’il indique vouloir quitter à tout prix avant qu’il ne coule pour de bon.

«Je refuse de continuer à travailler dans votre système que vous avez détruit et qui coule comme le Titanic. [...] Comme une arme de destruction massive, M. Barrette, vous êtes en train de détruire la médecine familiale au Québec. (...) Je ne veux plus être complice des soins de santé devenus dangereux avec votre réforme», écrit-il notamment.

En entrevue au Nouvelliste, le Dr Vincent a indiqué que même en pratiquant au privé, il vit de nombreuses frustrations provenant du système public, notamment l’augmentation constante de la charge administrative liée aux suivis de dossiers des patients, notamment en lien avec les renouvellements de prescriptions en pharmacie de même que les procédures toujours plus complexes pour les demandes d’examens ou les suivis en médecine spécialisée.

«Il y a quelques années, on pouvait recevoir un fax par jour. Aujourd’hui, c’est de 30 à 40 fax quotidiens de suivis à faire dans les dossiers des patients. Chaque dimanche, je peux passer pas loin de six heures chez moi à remplir des formulaires pour mes patients, parce que les démarches sont toujours plus lourdes. C’est du temps que je ne passe pas avec ma famille et pour lequel je ne suis pas rémunéré. À chaque fois que le Dr Barrette ajoute une nouvelle structure, il n’allège pas le système de santé, il l’alourdit», clame Gilles Vincent.

La réforme amène désormais les médecins de famille à devoir voir six patients à l’heure, s’indigne le docteur Vincent. «C’est un patient aux dix minutes. C’est impossible de faire ça avec le système actuel, avec les suivis que ça nous demande. En voyant six patients à l’heure, on ne fait plus de médecine préventive. Sans médecine préventive, je peux vous dire que ça coûtera une fortune à la société dans quelques années. Et le comble, c’est que si je n’atteins pas la cible fixée par le ministre, je suis pénalisé. On me coupe ma paie», relate le médecin qui, pratiquant au privé, dit vouloir dénoncer la situation surtout pour ses collègues qui resteront au public une fois qu’il aura pris sa retraite.

Le docteur Vincent se dit d’autant plus troublé de constater le sort que l’on réserve aux infirmières, qui sont plus souvent qu’à leur tour contraintes au temps supplémentaire obligatoire. «Une infirmière qui doit administrer une dose de morphine à un patient après près de 16 heures de travail, vous croyez que c’est responsable? Dans le domaine de la santé, si on veut être efficace à 100 %, il ne faudrait pas travailler plus de 40 heures par semaine. Dans l’état actuel des choses, un médecin qui est consciencieux doit travailler entre 60 et 70 heures par semaine. Est-ce dangereux? Oui! La population est excessivement à risque», dénonce le généraliste.

Les augmentations accordées dernièrement aux médecins spécialistes, selon Dr Vincent, ne sont finalement qu’une façon rapide pour le ministre de faire passer aux médecins la pilule de ce système qu’il estime malade. «Il a acheté les médecins pour qu’ils se taisent, il a acheté la paix sociale. Gaétan Barrette, c’est un one man show. Il ne travaille pas en équipe. Il pense qu’il a raison mais il a tort sur toute la ligne», ajoute Gilles Vincent.

Selon lui, c’est d’abord en allégeant la lourdeur administrative du système qu’on commencera à voir la lumière au bout du tunnel. «En ce moment, il y a deux pousseux de crayons pour une personne soignante dans le système de santé. Ça devrait être le contraire, et même encore plus, ça devrait être cinq ou six personnes soignantes pour un pousseux de crayons», affirme Gilles Vincent.

Difficile pour lui de cacher sa tristesse de quitter ses patients pour qui il dit se dévouer, mais le médecin affirme ne plus vouloir être «complice de ce système». «À 60 ans, je n’ai plus envie de ça», lance-t-il simplement.