Daniel Bélanger a présenté le spectacle de clôture de la 26e édition du FestiVoix de Trois-Rivières.

Un succès au-delà des chiffres et des records

Trois-Rivières — Les chiffres sont souvent mis de l’avant pour souligner à quel point le FestiVoix de Trois-Rivières est devenu un élément fondamental de la vie culturelle et économique de la région. Or, Thomas Grégoire, son directeur général, semble davantage tirer sa fierté des milliers détails, grands et petits, qui au fil des ans ont donné au festival une personnalité qui lui est propre. S’il parle d’investissement, M. Grégoire a en tête la façon dont le FestiVoix mise sur la musique dans toute sa diversité, sur ses liens avec la communauté, sur le dévouement de son armée de bénévoles, sur la manière dont l’événement s’est intégré au paysage naturel et dans la trame urbaine pour ne faire qu’un avec eux, malgré les défis que pose sa croissance fulgurante. En attendant de livrer un bilan chiffré, qui viendra plus tard cette semaine, l’homme évoque une édition inoubliable.

En après-midi, les traits un peu tirés, tandis que l’on effectuait les tests de son pour le spectacle de Daniel Bélanger qui a clôturé les festivités dimanche soir, Thomas Grégoire est affable et se livre avec générosité sur la 26e édition du FestiVoix qui s’achève. «On se sent bien, c’est comme un marathon que l’on termine en battant un record de temps, on a eu beaucoup de festivaliers et on va terminer avec une journée pleine de poésie», lance-t-il d’emblée, en guise de synthèse. Le mot «poésie» reviendra souvent. Le directeur général est visiblement heureux que son équipe et lui osent sortir des sentiers familiers pour offrir au public mauricien une programmation diversifiée et que celle-ci trouve preneurs.

S’il concède que l’achalandage à l’événement témoigne de l’engouement du public, M. Grégoire souligne que la mission de l’événement qu’il dirige est plus large. «L’objectif c’est toujours de faire le plus bel événement possible et d’atteindre nos objectifs qui sont l’accessibilité et la diversité musicale», soutient-il, en parlant de «l’expérience FestiVoix».

Oui, la logique veut que l’on accueille le plus de gens possible, convient Thomas Grégoire. Or, la finalité est ailleurs, dira-t-il. «Ce n’est pas le volume qui compte, c’est la proposition qu’on fait. Est-ce que les gens adhèrent à notre proposition, quel que soit le site qu’on occupe?», maintient-il. Il cite ici en exemple le spectacle de slam de David Goudreault présenté la veille et qui s’est avéré un pari gagnant. Ou les huit spectacles présentés en CHSLD dont on parle moins, mais qui donnent lieu à des moments où se déploie toute la générosité des artistes.

Thomas Grégoire, directeur général du FestiVoix de Trois-Rivières, dresse un bilan positif de la 26e édition du festival.

Gérer la croissance

L’organisme à but non lucratif qu’est le FestiVoix présente des taux de croissance qui feraient rougir de jalousie n’importe quelle entreprise privée. Thomas Grégoire évoque des chiffres de 10 % à 20 % d’une édition à l’autre. Il y voit une occasion de bonifier l’événement sur plusieurs facettes. Il regarde toutefois au-delà des statistiques et souligne que la réussite du festival doit aussi être appréhendée de la perspective de ceux qui y œuvrent. Il rend ici hommage à son équipe. «Sur neuf jours, d’investir plusieurs sites comme nous on le fait, de la manière dont on le fait, c’est quand même un effort gigantesque, ça demande beaucoup d’engagement», soutient-il.

D’abord un événement local, puis régional et maintenant d’envergure provinciale, le FestiVoix ne doit pas perdre de sa personnalité au profit de sa croissance, plaide par ailleurs Thomas Grégoire. La présence du fleuve, la beauté de Trois-Rivières, l’accessibilité des spectacles, les liens qui l’unissent à la communauté — il rappelle que le financement de l’événement vient du privé à hauteur de 80 % — la proximité des artistes avec le public, sont autant de caractéristiques qui donnent à l’événement sa saveur unique et qu’il importe de préserver, croit-il.

Tourné vers l’avenir

Investir de nouveaux lieux, de nouveaux genres musicaux, mettre en valeur d’autres formes d’art, voilà des orientations que se donne Thomas Grégoire quand il pose son regard sur l’horizon.

Le directeur général se félicite de pouvoir miser sur une réputation qui gagne toujours en importance. Le FestiVoix se démarque par l’accueil qu’il réserve aux artistes et par l’intimité des spectacles qui y sont présentés, indique-t-il. Il souligne néanmoins l’importance de travailler en collaboration avec les organisations qui œuvrent dans le même créneau, ici au Québec. Pour lui, la concurrence vient davantage de l’étranger. Il rappelle qu’il aura fallu trois ans pour conclure la venue de The Offspring et que le groupe aurait pu opter pour tourner en Europe plutôt que de tourner en Amérique.

Quant à la logistique terrain, le directeur général affirme que l’on travaille continuellement avec humilité et dans une perspective d’amélioration de l’expérience du festivalier. «On est à l’écoute de tous les publics et l’objectif est que tout ce beau monde-là arrive à vivre ensemble, même si ce n’est parfois pas évident», explique-t-il.

La 26e édition s’est ainsi conclue sur une note positive et les rythmes de Daniel Bélanger, tard en soirée. On aura réussi à se faufiler entre les orages, pratiquement au sec, tout au long des neuf jours de festival. Un seul spectacle aura dû être interrompu à cause du mauvais temps. En attendant la perspective comptable, on conviendra que les 105 artistes qui se sont produits à Trois-Rivières au cours du festival laissent derrière eux un public et un directeur général comblés.