Le projet «Vision zéro» fera l’objet de consultations publiques les 16 et 23 février prochain.

Un sondage qui fait réagir

TROIS-RIVIÈRES — À plus de 90 %, les citoyens de Trois-Rivières se sentiraient en sécurité dans leur quartier lorsqu’ils circulent à pied ou en vélo. C’est du moins l’une des statistiques qui ressort d’un sondage mené en ligne par le groupe d’opposants à l’abaissement de la limite de vitesse à 40 km/h et en faveur d’une consultation publique sur la philosophie «Vision zéro». Un sondage que des experts remettent toutefois en question de par son caractère non scientifique, et qui motive la conseillère municipale à l’origine de «Vision zéro», Mariannick Mercure, à envisager de commander un véritable sondage indépendant et scientifique pour en avoir le cœur net une fois pour toutes.

Le sondage, mis en ligne sur le site SurveyMonkey et relayé via le groupe Facebook «Trifluviens contre le 40 km/h et pour une consultation publique Vision zéro» s’est tenu du 14 décembre au 18 janvier. En tout, 1100 personnes ont accepté d’y répondre. Les résultats indiquent qu’à plus de 90 %, les gens se sentent en sécurité lorsqu’ils marchent ou circulent à vélo dans leur quartier, que ce sentiment de sécurité n’est pas lié à la vitesse à laquelle circulent les voitures (75 %), que les gens n’accepteraient pas, à 93 % que leur compte de taxes augmente pour atteindre l’objectif «Vision zéro» et qu’à 94 %, la population aurait voulu être consultée avant que le conseil n’adopte la philosophie «Vision zéro».

Pour l’instigateur du sondage, Stéphane Guay, ces statistiques ne viennent que confirmer ce que le groupe martèle depuis l’adoption de cette philosophie par le conseil municipal, le 6 novembre dernier. «Notre prétention est que la population est contre ce projet depuis le début, qu’on tente de régler un problème qui n’existe pas vraiment, et ce, sans véritablement savoir les coûts qui y seront liés. Pour nous, c’est un signal de plus qui confirme ce que nous maintenons», explique M. Guay.

Un sondage dont la méthodologie est toutefois remise en doute par un expert en sondages, Steve Pinkus de la firme Mainstreet Research. «Un sondage relayé ainsi sur un groupe Facebook qui défend une position claire ne peut pas du tout être scientifique. Les gens qui vont relayer le sondage forcément auront déjà un parti pris pour une position bien précise, et ça va circuler dans des réseaux qui, généralement, partagent sensiblement les mêmes valeurs que ces personnes. Que ça circule dans une communauté d’amis et de proches ne nous donne aucune façon de vérifier si ça reflète l’avis de la population, surtout si la personne qui le relaie encourage ses amis à répondre», indique-t-il.

Selon lui, seul un échantillonnage aléatoire d’une certaine ampleur, réalisé par téléphone sans égard au secteur habité, à l’âge de la personne, à son sexe ou à sa situation sociale, par exemple, peut vraiment donner un reflet fidèle de la moyenne de la population. Par ailleurs, le fait d’avoir posé une question, par exemple, faisant un lien clair entre l’augmentation du compte de taxes et la mise en place de «Vision zéro», peut également venir teinter les réponses obtenues.

Stéphane Guay reconnaît que cette question, ainsi formulée, était «la plus orientée du sondage», mais que la rédaction de la question se basait sur ce qui avait été donné comme information depuis le début. «On nous parle d’ajouter des casernes incendie, d’agrandir les dépôts à neige, de changer l’affichage de vitesse, de toucher aux infrastructures. C’est difficile de croire qu’il n’y aura aucun impact sur le compte de taxes», mentionne Stéphane Guay.

Par ailleurs, bien qu’il reconnaisse que le sondage ne soit pas scientifique, mais plutôt une démarche citoyenne, il indique qu’à défaut d’avoir un véritable sondage ou une consultation menée en amont par la Ville, il s’agit là du seul outil dont on dispose présentement pour prendre le pouls de la population. «Et il est faux de dire que nos répondants proviennent uniquement de notre réseau. Le sondage a aussi été relayé par des conseillers municipaux en faveur du projet, et nous en avons aussi fait la promotion à l’ensemble de la population lors de différentes entrevues dans les médias. Et notre groupe n’est pas homogène non plus», rappelle-t-il.

Pour sa part, la conseillère municipale Mariannick Mercure, n’écarte pas de demander que la Ville commande un sondage indépendant et scientifique, un exercice qui pourrait se tenir une fois que les séances d’information et de consultation du 16 et 23 février auront été tenues. «Si après cet exercice, nous ne sommes pas certains du pouls de la population, on pourrait bonifier la réflexion avec un sondage scientifique et fiable», mentionne-t-elle.

Mme Mercure déplore par ailleurs que les statistiques issues de ce sondage SurveyMonkey soient ainsi véhiculées comme représentant le véritable pouls de la population. «Je trouve ça plate que le leader de ce groupe continue d’informer le conseil et la population avec de fausses informations. Depuis le début, nous avons répondu de façon positive à leurs revendications. Nous allons tenir des consultations sur «Vision zéro», nous nous sommes montrés ouverts à revoir l’aspect de la réduction de la limite de vitesse, nous sommes en accord à envisager d’implanter les mesures dans les quartiers intéressés seulement. La discussion est positive. Mais là, on veut toujours nous amener sur un autre terrain», constate celle qui reçoit ce sondage comme une pétition supplémentaire.

«Ce que ça me dit, c’est qu’on a plus ou moins 1000 personnes qui sont en défaveur qu’on améliore la sécurité routière, que notre bilan routier est correct et que nous n’avons pas à nous investir là-dedans. J’en prends bonne note, mais je ne peux pas généraliser ça», ajoute-t-elle.