Louis Gagnon, président de la firme Mercer pour le Canada et les États-Unis, profitant d’une pause de quelques jours au domicile familial à Shawinigan.

Un Shawiniganais au sommet de Mercer

Shawinigan — La bosse des mathématiques permet d’offrir des choix de carrières peu conventionnels au secondaire, mais avec beaucoup de talent et de persévérance, elle peut ouvrir des horizons insoupçonnés. Sportif accompli, Louis Gagnon n’est finalement jamais parvenu à développer le coup de patin de Guy Lafleur ou la volée de Daniel Nestor, mais sa facilité à jouer avec les chiffres l’a propulsé à la présidence du groupe Mercer pour le Canada et les États-Unis.

Sa nomination remonte au 31 octobre dernier. Elle signifie que M. Gagnon supervise dorénavant plus de 6000 employés et un chiffre d’affaires de près de trois milliards de dollars. La firme spécialisée en consultation en ressources humaines et en services financiers emploie plus de 20 000 personnes à travers le monde.

Des chiffres qui donnent le tournis à son père, Denis Gagnon, ex-propriétaire d’une entreprise spécialisée dans la conception de monuments funéraires, toujours en exploitation sur le boulevard des Hêtres. Un bon boulot d’été pour le jeune Louis pendant ses études, mais pour la relève, il fallait regarder ailleurs.

«Il a compris assez vite que ce ne serait pas pour lui!», sourit le père, visiblement fier de retrouver son fils au domicile familial pour la période des Fêtes.

Les chiffres allumaient davantage Louis Gagnon au secondaire. En analysant son rendement académique au Séminaire Sainte-Marie, son conseiller en orientation lui a fortement suggéré de s’intéresser à l’actuariat.

«Je ne savais même pas ce que c’était!», rigole sa mère, Estelle Trudel. «Mais c’était un garçon qui étudiait beaucoup, qui était vaillant.»

Louis Gagnon a donc suivi cette voie jusqu’à l’Université Concordia. Un parcours sans embûches insurmontables, mais très exigeant.

«Ce qui m’interpellait, c’était justement qu’il n’y avait pas beaucoup d’actuaires», raconte-t-il. «Les gens me disaient que c’était un programme difficile, rare. Ça m’attirait de me lancer dans quelque chose que peu de gens faisaient.»

Des parents heureux de renouer avec le président de Mercer pour le Canada et les États-Unis pour quelques jours. De gauche à droite: Estelle Trudel, Denis Gagnon et Louis Gagnon.

Engagé par Mercer en 1988, M. Gagnon a travaillé dans de nombreux bureaux régionaux à divers postes, à Montréal, Toronto, Chicago, Detroit, Los Angeles et maintenant, New York. La plus grande partie de son travail consiste à optimiser le rendement des ressources humaines des organisations.

«Nous travaillons pour les aider à attirer les meilleurs employés et les garder», explique-t-il. «J’ai travaillé pour des organisations de 50 employés, pour d’autres de 100 000 employés et plus. Chaque organisation a des défis différents. On supporte beaucoup les ressources humaines en entreprise, mais aussi les fonctions financières, parce que chaque programme de bénéfices ou de régime de retraite a un volet financier où le dirigeant veut connaître les coûts et les risques.»

Évolution

En trente ans, les interventions ont beaucoup changé, convient M. Gagnon.

«Les organisations sont beaucoup moins paternalistes», explique-t-il. «Les risques sont maintenant davantage mis sur les employés. Les organisations tentent également de faire plus avec moins. Ça amène des enjeux de rémunération, d’implication du personnel, d’employés à contrats. Ce sont des choses qui n’existaient pas autant il y a trente ans.»

«C’est plus difficile aujourd’hui, pour tout le monde», poursuit le président. «Pour les employeurs, il y a beaucoup plus d’enjeux, de compétition. La numérisation des emplois amène des enjeux intéressants. Dans ma tête, aujourd’hui est probablement la journée la plus calme, la plus lente que je vivrai pour le reste de ma vie. La technologie fait en sorte que tout va de plus en plus vite. Ça amène des problèmes à résoudre, parce que ça bouge rapidement.»

Par contre, les organisations peuvent maintenant avoir accès à plus d’information que jamais auparavant.

«Celles qui sauront générer de la valeur des données qu’elles ont seront celles qui vont gagner», résume-t-il.

L’homme de 53 ans revient à la maison familiale trois ou quatre fois par année, avec toujours l’impression de retrouver son quartier.

«J’ai passé près de vingt ans de ma vie aux États-Unis et j’adore ce que je fais», assure-t-il. «Mais à chaque fois que je reviens à Shawinigan, je sens que je suis de retour à la maison.»

Des clés pour traverser la pénurie de main-d’œuvre

L’un des mandats d’une firme comme Mercer consiste à aider les entreprises à instaurer une culture qui favorisera la rétention de ses employés. Une clé particulièrement recherchée en cette ère de pénurie de main-d’œuvre qui ravage tant de secteurs.

Louis Gagnon, président de la société pour le Canada et les États-Unis, assure que ce problème est vécu des deux côtés de la frontière. Les entreprises peinent à trouver des employés très ou peu qualifiés. Lorsqu’elles réussissent à les attirer, elles doivent s’organiser pour les garder afin d’éviter de continuellement reprendre un processus d’embauche.

«La première chose qui ne change jamais, c’est que la rémunération doit être compétitive», explique-t-il. «C’est rare qu’un employeur va dire qu’il veut payer beaucoup plus que tout le monde. Ça arrive, mais en général, le but est d’avoir une rémunération compétitive.»

«De plus, très souvent, les gens vont quitter un emploi à cause de la personne à qui ils se rapportent directement», poursuit-il. «Le superviseur direct a une grosse influence sur le goût de demeurer ou non dans une entreprise.»

L’impression de pouvoir s’accomplir fait aussi une différence, surtout chez les plus jeunes, observe M. Gagnon.

«Les entreprises veulent souvent de l’engagement, mais nous insistons davantage sur l’épanouissement et l’accomplissement. Il ne faut pas seulement que l’employé attende ce qui lui arrive. Il doit recevoir, mais aussi créer pour l’entreprise. L’organisation doit donc créer une mission. Les employés veulent un sentiment d’appartenance, apprendre et s’épanouir.»

Autre clé qui prend de plus en plus d’importance en milieu de travail, celui de l’horaire.

«Chez Mercer, nous avons créé un sondage qui donne une cote à l’employeur sur sa flexibilité», fait remarquer le président. «On lui propose des étapes pour lui permettre de se rapprocher des attentes des employés.»

Inquiétude

Récemment, l’entreprise Omnirobotic présentait son robot-peintre devant une quarantaine d’entrepreneurs intrigués, au centre de recherche et d’innovation de la Société Laurentide. Ce genre d’innovation attise l’anxiété de certains travailleurs, remarque M. Gagnon.

«Des gens me demandent si leur emploi est à risque. Ils se demandent si, un jour, un robot pourra faire leur travail. En général, je leur dis que si vous faites la même chose à chaque jour, si ça peut se résumer en quatre ou cinq étapes, quelqu’un tente sans doute de confier ce travail à un robot.»

«C’est important que les employés trouvent une façon de se renouveler, d’avoir des défis dans l’entreprise, de suivre une formation continue. On peut avoir peur de ce défi ou l’affronter.»