C’est cette image qui était véhiculée sur les réseaux sociaux pour faire la promotion du «Sex party», avant d’être retirée et remplacée par une image un peu moins explicite.

Un «sex party» controversé au Temple

Trois-Rivières — Actrices porno, pole dancing, pornshow, concours de wet t-shirt... Voilà ce qui est au programme du «Sex Party», un événement organisé au bar Le Temple et qui se tiendra le 25 novembre prochain.
Le bar Le Temple organise le «Sex Party» le 25 novembre prochain, un événement qui fait beaucoup réagir dans la région.

Alors que les promoteurs de l’événement se sont également assurés de la présence d’une vedette des réseaux sociaux associée à l’industrie de la pornographie, David Hener, des voix s’élèvent aujourd’hui pour dénoncer la tenue d’un tel événement.

Sur une publicité plutôt explicite publiée sur Facebook et retirée par la suite pour faire place à une version un peu moins détaillée, on peut lire que «tout ce qui se passera cette soirée-là ne peut pas être expliqué», avant que l’on détaille les activités mentionnées plus haut, dont la présence d’actrices porno et de la tenue de pornshow

De la présence de David Hener, on explique qu’il sera «dans la place pour en rajouter à ce gros bordel. Accompagné de plusieurs filles, ses partenaires et son gun à champagne...», les promoteurs indiquent attendre plus de 1000 personnes à cette soirée.

David Hener, promoteur des événements Best & Finest, s’est souvent fait remarquer sur la place publique, dont en février dernier alors qu’il était de passage dans un bar de Chicoutimi. Le concept des événements Best & Finest est qu’au terme de la soirée, six femmes sont sélectionnées afin de poursuivre la fête dans la chambre d’hôtel de l’organisateur. 

Pendant le déroulement de l’événement dans le bar, les jeunes femmes sont encouragées à boire, à se dénuder et à s’embrasser. Par la suite, on rend disponible pendant 24 heures des photos de ces jeunes femmes sur des comptes Snapchat.

Toutefois, sur la publicité du bar Le Temple, rien n’indique que l’événement Best & Finest soit prévu à Trois-Rivières. On y parle de la présence de David Henner et son équipe, mais sans préciser davantage le concept entourant sa présence.

Le Nouvelliste a tenté de joindre les propriétaires du bar Le Temple pour obtenir plus de précisions sur la nature des activités qui se dérouleront durant cette soirée, mais sans succès.

Règlement

À la Ville de Trois-Rivières, on se dit bien au fait de l’événement, et on assure que les policiers de la Sécurité publique veilleront à ce que le tout se déroule selon les règles en vigueur. Car bien que toutes les activités proposées soient légales et que les personnes présentes sont présumées être consentantes, l’établissement se doit de respecter les règles liées à son permis d’exploitation et à la réglementation municipale. 

«L’établissement a un permis de bar-spectacle sans nudité. Donc si une femme se retrouve à faire du pole dancing en bikini, ce n’est pas de la nudité. Toutefois, s’il fallait qu’on expose des seins par exemple, ça ne respecterait pas le règlement et si ça 

dépasse la loi, ce serait alors à la Sécurité publique de faire le suivi», indique Yvan Toutant, agent d’information pour la Ville de Trois-Rivières, qui mentionne que les policiers ont déjà reçu la consigne de vérifier la conformité des activités ce soir-là.

À la Régie des alcools, des courses et des jeux, on indique suivre le dossier avec attention. Si l’événement devait présenter de la nudité et que les policiers fournissaient un rapport de preuves, l’établissement pourrait être convoqué devant la Régie. 

«Les sanctions dépendent des preuves recueillies, mais ça peut aller de la sanction pécuniaire à la suspension du permis de bar», indique Me Joyce Tremblay de la Régie des alcools, des courses et des jeux.

Joanne Blais, directrice de la Table de concertation du mouvement des femmes de la Mauricie.

«Ça frôle la prostitution»

La tenue de l’événement «Sex Party» fait visiblement beaucoup réagir dans la région, à commencer par les réseaux sociaux. Mais chez les spécialistes ainsi que pour certains organismes qui militent notamment pour l’égalité des sexes et l’amélioration des conditions de vie des femmes, la tenue d’un tel événement est préoccupante, voire même choquante.

C’est du moins l’avis de Joanne Blais, directrice de la Table de concertation du mouvement des femmes de la Mauricie. 

«Encore une fois, ça banalise et valorise l’exploitation sexuelle du corps des femmes. À la limite, ça frôle la prostitution, parce que quand on regarde les événements encouragés par David Hener ailleurs, où on choisit six filles pour venir passer la nuit dans la chambre du promoteur, on n’est pas loin de ça. Et on a beau dire que les photos ne sont accessibles que pendant quelques heures, on peut facilement en faire des captures d’écran et tout ça peut circuler pendant très longtemps», croit-elle.

Lorsqu’on lui fait remarquer que l’activité se tiendra dans un endroit où les personnes qui s’y rendront le feront en toute connaissance de cause, Mme Blais remet en doute cette idée. 

«Attention, lorsqu’il s’agit d’une soirée bien arrosée en alcool, est-ce qu’on peut vraiment parler de consentement éclairé à chaque moment? C’est très questionnant», ajoute Joanne Blais.

Un avis partagé par la sexologue Genny Harvey, pour qui la notion de consentement est beaucoup plus large que le simple fait d’accepter une situation au moment où elle se produit. 

«Le consentement, c’est aussi avoir la capacité à court, moyen et long terme de mesurer l’impact de ses actes. Est-ce que la personne a la capacité d’assumer entièrement ses gestes, et ce, dans une perspective à plus long terme? Il est rare de voir des gens afficher cette capacité avant 25 ans», souligne-t-elle.

Pour Mme Harvey, une telle activité encourage un apprentissage dévié de la sexualité, de même que du corps de la femme que l’on valorise alors comme un objet sexuel, tout comme le fait la pornographie en général. 

Selon elle, pour le jeune consommateur, ça entraîne «un apprentissage dévié de la sexualité croyant, à tort, que toutes les femmes désirent faire l’amour avec une autre femme, que celles-ci acceptent en tout temps la sexualité, que la pénétration anale est un comportement banal et régulier ainsi que son plaisir passe obligatoirement par la stimulation vaginale. Tout cela est faux», indique-t-elle. 

La sexologue admet d’ailleurs qu’il est très fréquent pour elle de recevoir, dans sa pratique, des hommes souffrant de dysfonction érectile ou de difficulté à éjaculer en raison d’une dépendance à la pornographie. 

«Ils se retrouvent déçus lorsqu’ils sont dans une relation dite «normale» avec une femme. C’est comme s’il n’y en avait pas une à la hauteur par rapport à ce qu’ils ont l’habitude de consommer par la pornographie. Aujourd’hui, je reçois de plus en plus de jeunes dans mon cabinet, ce qu’on ne voyait pas il y a quelques années. Ils ont des difficultés, se retrouvent souvent désabusés par rapport à la réalité de la sexualité. Ça amène aussi à ce qu’ils se questionnent sur leurs propres valeurs. Chez les filles, on se questionne souvent à savoir «suis-je trop straight», constate Genny Harvey.

Joanne Blais, quant à elle, se désole que malgré les luttes menées au cours des années, on se retrouve encore avec des activités qu’elle n’hésite pas à qualifier d’archaïques. 

«On mène des luttes pour des comportements égalitaires et respectueux entre les hommes et les femmes. Clairement, on a encore beaucoup de travail à faire», fait-elle remarquer, ajoutant qu’il serait grand temps que les gouvernements investissent davantage dans l’éducation sexuelle à l’école, de même que dans les organismes comme les CALACS qui ont aussi un mandat éducatif et de prévention.