C’est à Trois-Rivières que le revenu viable est le plus bas au Québec.

Un revenu décent, c’est 22 285 $

TROIS-RIVIÈRES — Pour espérer sortir de la pauvreté, une personne seule doit miser sur un revenu annuel de 22 285 $ afin de mener une vie décente à Trois-Rivières, soit plus du double de l’actuelle prestation d’aide sociale.

Cette conclusion provient d’une étude menée par l’Institut de recherche sur les informations socio-économiques (IRIS). Cet organisme a publié jeudi le résultat de ses travaux mesurant le revenu viable, c’est-à-dire le revenu disponible après impôt qui permet de subvenir à tous ses besoins de base tout en étant capable de miser sur l’argent nécessaire pour remplacer une cuisinière qui vient de rendre l’âme, de planifier une semaine de vacances, de payer pour des études et de manger à l’occasion au restaurant.

Le revenu viable inclut les frais reliés à quelques soins de santé (dentiste, optométriste), à l’achat de livres et à un abonnement à un service Internet. Il exclut les frais de téléphonie cellulaire.

L’étude a établi ces données pour sept villes québécoises et selon trois types de ménage. À Trois-Rivières, le revenu viable est de 31 535 $ pour une personne monoparentale avec un enfant. Pour un couple avec deux enfants d’âge préscolaire, le revenu viable est de 50 323 $.

L’IRIS a mené cette étude afin de guider le gouvernement du Québec dans son plan de lutte contre la pauvreté et l’exclusion. Selon le chercheur Philippe Hurteau, les résultats de l’étude établissent un portrait réel de la cible à atteindre pour vraiment permettre aux citoyens de quitter la situation de pauvreté.

«Dans son plan, le gouvernement veut sortir 100 000 personnes de la pauvreté. Le gouvernement considère la mesure du panier de consommation comme étant un seuil de sortie de pauvreté, mais ce n’est pas une sortie de pauvreté. Le revenu viable inclut un surplus qui fait que les gens peuvent vivre décemment. Avec l’étude, on commence à se donner des outils de discussions.»

La mesure du panier de consommation (MPC) est un indicateur de revenu. Cette mesure fixe le montant requis pour couvrir les besoins de base. La nourriture, les vêtements, le logement, le transport et les autres dépenses de première nécessité sont regroupés dans cette mesure.

Selon l’étude de l’IRIS, le déficit entre la mesure du panier de consommation et le revenu viable pour une personne seule à Trois-Rivières est de 4707 $. L’écart est encore plus grand, soit de 12 644 $, entre le revenu viable d’une personne seule et la prestation d’aide sociale qui est de 9641 $.

La moyenne québécoise de l’indicateur de revenu viable pour les sept villes selon les trois types de ménage est de 26 574 $. L’étude démontre que c’est à Trois-Rivières que le revenu nécessaire pour mener une vie décente est le plus bas à comparer à Montréal, Québec, Sherbrooke, Gatineau, Saguenay et Sept-Îles.

«À Trois-Rivières, le coût de logement est plus bas, note M. Hurteau. Si on compare avec Montréal, c’est 3000 $ de moins par année. Deuxièmement, les coûts de transport sont bas à cause de l’offre de transport collectif. À Sept-Îles, ce n’est pas possible de se déplacer en bus pour faire raisonnablement sa journée. À Trois-Rivières, le coût de transport en autobus est de 834 $. À Sept-Îles, ça prend une voiture, donc des dépenses annuelles de 6400 $.»

Salaire de 15 $ l’heure

La pauvreté n’étant pas réservée aux gens sans travail, l’établissement d’un salaire minimum à 15 $ l’heure est une idée promue par de nombreux organismes depuis quelque temps. Selon M. Hurteau, un tel salaire permettrait presque d’atteindre le revenu viable.

«Pour une personne seule, on est à 15,28 $ l’heure. Le salaire minimum à 15 $ semble une cible adéquate. Ça va dans le sens d’instaurer un salaire minimum en phase avec le revenu viable. Le but est d’éliminer les travailleurs pauvres.»

Selon M. Hurteau, 25 % des travailleurs font moins que 15 $ l’heure. Ces travailleurs ne sont pas tous pauvres. Certains vivent en couple, alors que d’autres vivent chez leurs parents, ce qui aide à répartir la charge des différentes dépenses.

Sylvie Tardif

Le chemin sera long, croit Sylvie Tardif

Un revenu de 22 285 $ par personne seule représente un bel objectif social à atteindre, mais la route sera longue pour y parvenir, croit Sylvie Tardif.
La coordonnatrice du Centre d’organisation mauricien de services en éducation populaire (Comsep) estime que ce revenu viable est vraiment la somme requise pour une vie décente. Ce revenu doit demeurer dans l’esprit des gens afin que les demandes en ce sens affluent auprès des décideurs politiques.
«Il faut mettre à la face du monde qu’il faut avoir ce montant pour avoir une qualité de vie. Mais je suis consciente qu’avant d’en arriver là, les luttes seront difficiles.»
Selon Mme Tardif, un revenu de base d’environ 13 000 $ au lieu des 9600 $ provenant d’une prestation d’aide sociale améliorerait les choses.
«Un revenu de 13 000 $ par année, c’est pour être capable de manger à sa faim en respectant le guide alimentaire canadien et être capable d’avoir un logement qui a de l’allure. Les gens n’auraient pas besoin de la tablée populaire. Mais plus on avance dans le temps, plus les gens s’appauvrissent, car tout augmente. Il faut arriver au moins à 13 000 $, mais ce montant n’est pas une fin en soi, car ce n’est pas suffisant.»
Mme Tardif remarque les efforts du gouvernement pour améliorer le sort des familles vivant de l’aide sociale. Mais l’inaction gouvernementale concernant les prestataires jugés aptes au travail est remise en question par la coordonnatrice.
«Parmi les personnes considérées aptes, il y en a au moins 50 % qui ne le sont pas. L’analphabétisme n’est pas considéré comme une maladie. Les gens veulent travailler, mais perdent leur emploi, car ils ne sont pas capables de lire. Le gouvernement continue de les appauvrir, car tout augmente et la prestation n’augmente pas beaucoup.»