Le rapport produit par le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques a permis à la ministre MarieChantal Chassé de soutenir les doutes émis par le premier ministre François Legault mardi.

Un rapport providentiel pour MarieChantal Chassé

ANALYSE / C’est un rapport désespérant, mais providentiel pour elle et son gouvernement que la ministre de l’Environnement, MarieChantal Chassé, a brandi lors de la toute première période des questions à laquelle ont fait face les caquistes, jeudi.

Ce rapport parle d’une «stagnation», voire «d’une légère augmentation des émissions de gaz à effet de serre [GES] au Québec» en 2016.

Deux jours plus tôt, mardi, le premier ministre François Legault avait essuyé des critiques parce qu’il avait dit douter que le Québec soit capable d’atteindre la cible de réduction de gaz à effet de serre prévue en 2020.

Providentiel : se dit de ce «qui arrive par un heureux hasard, d’une manière opportune et inattendue». Le Larousse ajoute que cette chose peut être «provoquée» par la providence.

En politique comme ailleurs, il y a des hasards «provoqués»; provoqués pour tomber au bon moment. C’est le cas de ce rapport.

Il était écrit dans le ciel que tous les partis d’opposition à l’Assemblée nationale se bousculeraient pour tester la volonté et le sérieux du gouvernement Legault de lutter contre les changements climatiques.

Or, ce rapport produit par le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques a été rendu public tout juste avant le début de la période des questions. Il a permis à la ministre MarieChantal Chassé de soutenir les doutes émis par le premier ministre mardi. Et il lui a permis à elle, identifiée par certains comme un maillon faible de l’équipe gouvernementale, de s’en servir comme d’un parapluie à la période des questions. Elle a fait rebondir les questions des libéraux, des péquistes et des solidaires dessus.

En 2016, les émissions de GES ont diminué de 9,1 % par rapport au niveau de 1990, alors que le Québec s’est doté d’une cible de réduction de 20 % d’ici 2020. On est loin du compte.

Avec ce rapport en main, le gouvernement a un argument de plus pour enterrer cet objectif et marteler qu’il atteindra celui de 2030, qui prévoit une réduction de 37,5 % — toujours par rapport à 1990. Le Plan d’action sur les changements climatiques devra bien évidemment être revu en conséquence.

Si ce rapport est tombé providentiellement pour cette première période des questions, il place aussi le gouvernement Legault devant de sérieux défis pour le futur, entre autres dans le secteur des transports. En 2016, ce secteur était responsable de 43 % des émissions québécoises de GES.

OUF!

Au cabinet du premier ministre, on voyait venir avec une certaine appréhension cette première période des questions. François Legault s’attendait même à une première question «plus difficile» du chef libéral, Pierre Arcand.

Les caquistes ont poussé un ouf de soulagement lorsque MarieChantal Chassé s’en est sortie en ouvrant son rapport-parapluie. Au fond, ce rapport est une gifle pour les libéraux, qui étaient au pouvoir jusqu’à il y a peu.

Les ministres de la Coalition avenir Québec avaient été bien préparés. Certains avaient appris des formules passe-partout pour répondre aux élus de l’opposition. «Le cannabis, c’est légal, mais ce n’est pas banal», a ainsi répété le ministre Lionel Carmant.

Lui, ainsi que les ministres Pierre Fitzgibbon, Éric Girard et MarieChantal Chassé, qui répondaient à leurs premières questions au Salon bleu, ont respecté la consigne passée par leur groupe parlementaire : il faut répondre aux questions des partis d’opposition en regardant le président de l’Assemblée nationale. Ça évite d’être déstabilisé par les adversaires.

Qui prendra la plume?

Tous les partis représentés à l’Assemblée nationale ont récemment déploré les décisions du gouvernement de Doug Ford touchant les Franco-Ontariens. Ajoutons que ces partis n’ont jamais été avares de motions parlementaires de toutes sortes au fil des ans. Ils en présentent toujours plusieurs par jour.

Or, étonnamment, aucun d’eux n’a profité de cette première période des questions pour exprimer son soutien aux Franco-Ontariens par la présentation d’une résolution parlementaire.

Il y a pourtant moyen de le faire dans un langage diplomatique, dans un langage qui ne s’en prend pas directement au gouvernement Ford.

Le premier ministre Legault a le souci de préserver de bonnes relations avec son homologue ontarien; c’est normal.

Mais il y a moyen de rappeler dans un texte de motion parlementaire l’apport et l’importance des Franco-Ontariens et de le faire sans s’immiscer comme tel dans les affaires d’une autre province. Quel parti prendra la plume?