Pascal Lafrenière, directeur général du Festival western de Saint-Tite.

Un rapport biaisé, clame le Festival western de Saint-Tite

Le rapport sur le traitement réservé aux animaux de rodéos rendu public mercredi matin par le professeur de droit Alain Roy est «biaisé», basé sur une «interprétation abusive de la Loi sur la santé et la sécurité de l’animal» et rédigé par un seul vétérinaire. C'est du moins l'avis de l'organisation du Festival western de Saint-Tite, qui se questionne réellement sur les intentions derrière cette sortie, alors que le comité consultatif mis en place en collaboration avec le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation n'a même pas eu le temps d'en discuter encore.

«Ce n’est pas étonnant de lire les conclusions du rapport, car Alain Roy avait fait connaître publiquement sa position sur les rodéos avant même que l’analyse ne commence», fait remarquer le directeur général du Festival western de Saint-Tite, Pascal Lafrenière. 

Rappelons que le rapport de plus de 600 pages contenait aussi des vidéos démontrant ce qui a été qualifié par les observateurs comme étant de mauvais traitements réservés aux animaux. Le Festival western rétorque qu’il s’agit là de l’opinion d’un seul vétérinaire, le Dr Jean-Jacques Kona-Boun. De son côté, le Festival a soumis les mêmes images et les mêmes documents à une autre spécialiste du bien-être animal, Jennifer Woods qui, pour sa part, conclut n’y «avoir vu aucun abus, négligence, ou comportement inacceptable de la part des organisateurs, bénévoles ou compétiteurs».

«Par ailleurs, nous avons ouvert nos portes tout l’été et durant tout le festival aux représentants du MAPAQ, qui étaient aussi présents et qui ont pu constater les mêmes choses, et en aucun cas il n’y a eu l’émission de recommandations à notre endroit ou encore un arrêt d’agir pour avoir constaté des pratiques qui contreviendraient au bien-être des animaux», rappelle Pascal Lafrenière.

Pour le Festival western de Saint-Tite, ce qui est fait à l’intérieur du rapport des experts mandatés par Alain Roy est une interprétation abusive de la loi. «Il y a beaucoup de présomptions, mais la réalité c’est que nous avons plus de 500 animaux qui participent à nos rodéos annuellement et que les accidents sont rarissimes. Le risque zéro n’existe pas, et il importe alors d’évaluer le niveau d’acceptabilité. Mais notre prétention est justement que cette évaluation ne doit pas provenir de gens biaisés», souligne M. Lafrenière, qui rappelle par ailleurs que le festival a adapté certains de ses règlements lors de la tenue des rodéos pour limiter les risques de blessures aux animaux.


En 2017, des représentants du MAPAQ étaient à Saint-Tite pour documenter les pratiques entourant les rodéos. À aucun moment, des recommandations ou des avis d’infraction ont été remis à l’organisation. —

Lorsque le comité d’experts avait été formé par Alain Roy, le Festival western avait évidemment fait ses recherches sur les personnes mandatées pour venir faire des observations, et déplore qu’on ait fait appel à des gens qu’on qualifie de biaisés. Même le vétérinaire Jean-Jacques Kona-Boun, sur sa page Facebook, apparaît davantage comme un militant très engagé que comme un expert indépendant, relate l’organisation.

«On déplore la polarisation des opinions, alors que nous n’avons pas eu l’occasion d’avoir d’échanges sur les conclusions de ce rapport. Nous devions nous rencontrer le 27 avril prochain justement pour ça. Mais ils ont choisi de sortir le rapport avant même qu’on puisse échanger. On trouve ça très questionnable et on s’interroge sur les intentions réelles cachées derrière ça», évoque Pascal Lafrenière, qui soutient qu’à ce jour, le Festival western a englouti plus d’un quart de million de dollars pour faire valoir ses droits dans cette histoire, sur un budget global annuel de fonctionnement de 10 M$.

Le Festival western de Saint-Tite s’en remet maintenant au MAPAQ qui, en bout de ligne, détient le véritable pouvoir sur les applications de la loi et la rédaction éventuelle de règlements. «À ce jour, il n’y a aucun indice que nous contrevenons à la loi. Le bien-être animalier a toujours fait partie de nos valeurs», indique M. Lafrenière, qui entend désormais mettre en place une coalition qui viendra rejoindre les différents sports et attractions qui pourraient être touchés par les applications d’une jurisprudence. 

«Si on doit lire la loi de cette façon, alors il faut aussi définir à quel moment un animal vit un stress, ce qui contreviendrait également à la loi. Rendu là, ça touche également les tours de calèche, les balades en traîneau à chiens, les expositions canines, même les fermes de Pâques. Il n’y aura personne d’épargné si on doit s’en remettre à cette interprétation abusive», explique Pascal Lafrenière.