Propriétaire du salon de coiffure Freya, Kathleen Jobin, a sonné l’alerte concernant des événements étranges affectant les véhicules de ses clientes. Elle n’aurait jamais pensé que ça impliquerait une enquête des autorités fédérales.
Propriétaire du salon de coiffure Freya, Kathleen Jobin, a sonné l’alerte concernant des événements étranges affectant les véhicules de ses clientes. Elle n’aurait jamais pensé que ça impliquerait une enquête des autorités fédérales.

Un quartier paralysé à Shawinigan: les ondes brouillées par un démarreur défectueux

SHAWINIGAN — Des dizaines de citoyens qui résident ou qui ont fréquenté des commerces à proximité de la 4e Rue de la Pointe à Shawinigan ont vu leurs véhicules être complètement paralysés ces derniers temps. Loin d’être victimes d’une vague de batteries défectueuses, ces citoyens ont plutôt été affectés par un brouillage d’ondes causé par le démarreur à distance défectueux d’un véhicule stationné dans ce secteur, un brouillage d’ondes pour lequel les autorités fédérales ont même dû intervenir.

Cette histoire rocambolesque a de quoi surprendre, alors que l’enquête qui a permis de découvrir ce phénomène a révélé que la voiture en question affectait le système électrique des véhicules qui se trouvaient dans un rayon de 500 mètres.

L’alerte a été donnée par Kathleen Jobin, propriétaire du salon de coiffure Freya, situé sur la 4e Rue de la Pointe. L’entrepreneure venait tout juste de rouvrir son salon après le confinement la semaine dernière, quand plusieurs clientes lui ont fait remarquer qu’elles n’étaient pas capables de verrouiller les portières de leur véhicule à leur arrivée au commerce. Pire, certaines ont même été incapables de redémarrer la voiture une fois le rendez-vous terminé. Elles ont dû faire remorquer le véhicule ou encore appeler le CAA, croyant à un problème de batterie.

«Quand j’ai vu que ça commençait à affecter plusieurs clientes en deux jours, je me suis dit que ce n’était pas normal. Et nous, on venait de rouvrir après des mois de confinement qui n’ont pas été faciles. Il n’était pas question que je laisse ça aller et que je perde de la clientèle qui ne se serait plus sentie en sécurité de laisser son véhicule dans la rue», considère Mme Jobin.

Elle a téléphoné à la conseillère municipale du secteur Jacinthe Campagna, qui lui a révélé avoir connu la même expérience, habitant à proximité. «C’est aussi arrivé à mon conjoint et moi récemment. Dans notre cas, un matin, nos deux clés étaient démagnétisées, on ne pouvait plus ouvrir nos portières à distance. On croyait que c’était la batterie des clés, alors on a tout fait changer ça», relate la conseillère municipale.

C’est donc vers la Sûreté du Québec que Kathleen Jobin a décidé de se tourner. Les autorités fédérales par le biais de l’agence de la Gestion du spectre et des télécommunications, qui est responsable de la gestion des ondes, ont été contactées, et sont venues mener une enquête à Shawinigan cette semaine.

«Ils ont été vraiment efficaces, on a eu un excellent service. Avec différents équipements, ils ont réussi à repérer le véhicule concerné. Je n’en revenais pas que ça puisse vraiment causer tout ça. C’était un peu surréel», explique Kathleen Jobin, qui, une fois le mystère résolu, dit en avoir été quitte pour un bon fou rire.

«Ces cas sont relativement rares étant donné la grande quantité d’appareils sans fil utilisés au Canada. Ce type d’événement se produit de temps à autre et nos services interviennent dans ce type de cas quelques fois par année à travers le pays», confirme Hans Parmar, responsable des relations avec les médias chez Innovation, Sciences et Développement économique Canada, qui chapeaute Gestion du spectre et des télécommunications. Ce dernier indique qu’en vertu de la loi sur les radiocommunications, l’agence fédérale est habilitée à déterminer la présence de brouillage préjudiciable et à prendre les mesures nécessaires pour résoudre ces cas.

Le propriétaire du véhicule, qui ignorait tout de ce qui se passait, a été localisé puis rencontré afin qu’il désactive le dispositif défectueux, ce qui a fait en sorte de cesser les inconvénients aux résidents du secteur et aux clients des commerces avoisinants.

«Elle a eu un excellent réflexe de contacter la Sûreté du Québec et les autorités fédérales. On n’aurait jamais pu penser que c’était ça qui avait causé tous ces soucis», mentionne Jacinthe Campagna, qui croit également que de faire connaître cette histoire sensibilisera la population à se référer aux autorités lorsque de tels événements se produisent, car ils ne sont pas anodins et ont des répercussions sur de nombreuses personnes sans qu’on s’en doute.

Sécurité

Hans Parmar confirme la forte probabilité qu’un appareil défectueux soit la cause de tout ce branle-bas de combat. «Avec la multiplication des appareils électroniques sur le marché, quand l’un d’eux devient défectueux, il est possible qu’il affecte divers systèmes sans fil. Il survient alors un rayonnement non désiré sur des fréquences radio utilisées par d’autres appareils ou d’autres services», mentionne-t-il.

Au CAA-Québec, on ne rapporte pas énormément d’événements de la sorte qui auraient pu être dénoncés par le public au club automobile. Toutefois, selon l’expert automobile du CAA-Québec, Jesse Caron, cet événement ne fait que mettre en lumière les failles techniques qui peuvent survenir en lien avec l’utilisation de plus en plus fréquente des ondes dans la technologie des véhicules.

«Il y a des brèches possibles. Quand on s’aperçoit que ça peut affecter la sécurité des passagers, il ne faut surtout pas hésiter à faire une plainte», note M. Caron, citant notamment les autorités policières, mais également Transports Canada et les constructeurs automobiles, qui sont à même de vérifier si des rappels ne sont pas nécessaires, et ce, tant au Canada qu’aux États-Unis.

Bien que dans le cas de l’événement de Shawinigan, le propriétaire du véhicule ignorait ce qui se passait, Jesse Caron explique que ce cas illustre bien avec quelle facilité on peut entrer en interaction avec le système électrique d’un véhicule.

Des méthodes sophistiquées de vol de véhicule par la captation du signal de notre clé, par exemple, ont déjà mené à plusieurs vols de véhicules au pays.

«Il existe certains moyens de se protéger, notamment en rangeant la clé dans une boîte métallique une fois arrivé à la maison, ou encore en la serrant dans une pochette de treillis métallique dans le sac à main, ce qui empêche la transmission de signaux», indique-t-il.