Les propos tenus par le premier ministre Philippe Couillard au sujet des rodéos font réagir.

«Un pur calcul électoraliste»

Trois-Rivières — «Je suis sidéré!» Voilà de quelle façon le professeur de droit de l’Université de Montréal, Alain Roy, a réagi aux propos du premier ministre Philippe Couillard qui, lors de son passage à Saint-Tite cette fin de semaine, s’est porté à la défense des activités de rodéo au Québec et a déclaré qu’il n’avait pas l’intention de les annuler.

On se souviendra que le professeur Roy est à l’origine de l’injonction déposée en 2017 visant à faire interdire les activités de rodéo, sous prétexte qu’elles contreviennent à la Loi sur le bien-être animal. L’injonction avait été retirée à la faveur d’une entente permettant la mise en place d’un comité consultatif qui aurait à se pencher sur la question de la légalité des pratiques du rodéo en lien avec les articles de la loi. Entre-temps, un rapport d’un vétérinaire commandé par l’équipe du professeur Roy et déposé en avril dernier concluait que les animaux de rodéo étaient maltraités, rapport qui avait été qualifié de biaisé par l’organisation du Festival western.

Pour le professeur Roy, la déclaration du premier ministre vient totalement discréditer le processus démocratique qui a été mis en place, ironiquement, par son propre gouvernement. «Il y a deux ironies ici. La première est que le gouvernement de M. Couillard a lui-même autorisé la mise en place de ce comité d’experts par le biais du MAPAQ. Mais deuxièmement, c’est le gouvernement de M. Couillard qui, à la base, a adopté la Loi sur le bien-être animal», constate M. Roy, qui demeure convaincu que le premier ministre a fait cette déclaration «au nom d’un pur calcul électoraliste».

«Ce qu’il vient de faire, c’est d’écrire à l’avance les conclusions du rapport de ce comité. Le message qu’il lance, c’est qu’il ne respectera ni la science, ni la connaissance. S’il devait y avoir une conclusion qu’il y a des risques pour la santé des animaux, M. Couillard nous dit qu’il s’en sacre, parce que les gens ont le droit d’avoir du fun», dénonce-t-il.

Jointe par téléphone, la vétérinaire Josianne Arbour, nommée par M. Roy mais qui agit à titre d’experte indépendante sur le comité consultatif, dit être tombée en bas de sa chaise en entendant les propos du premier ministre. «C’est aberrant! Qu’un gouvernement annonce à l’avance qu’il mettra de côté un rapport d’experts, je manque de mots», indique la vétérinaire.

Cette dernière rappelle qu’elle siège sur ce comité de façon bénévole. «Je n’ai de compte à rendre à personne sur ce comité. Mais ce qu’on me dit, c’est que peu importe le travail que je fais, on n’en tiendrait pas compte? Je vous dirais que comme citoyenne, ça m’inquiète. De savoir qu’un premier ministre peut complètement faire fi d’un rapport d’experts et faire ce qu’il veut. Est-ce que ça se fait aussi auprès d’autres instances? Ça me questionne beaucoup», mentionne-t-elle, en précisant malgré tout ne pas avoir l’intention de remettre en question sa tâche auprès du comité consultatif, dont le rapport final est attendu au printemps 2019.

Pour sa part, Alain Roy se dit déjà prêt à en débattre devant les tribunaux si ça doit se rendre jusque là. «Par respect pour les gens qui siègent sur ce comité, je ne court-circuiterai pas le processus en cours. Je ne jouerai pas le jeu de M. Couillard et je n’ai pas l’intention d’instrumentaliser ces gens. Mais le message que je reçois, c’est: prépare ta cause», soutient-il.

Festival western
À Saint-Tite, on a évidemment accueilli avec satisfaction la déclaration du premier ministre. «Oui, ça nous soulage. Pour nous, c’est comme une tape dans le dos parce qu’on a toujours maintenu que ce qu’on fait, on le fait bien. Nous sommes conscients de notre travail qui est effectué par des gens très professionnels, nous rencontrons les plus hauts standards en respectant des protocoles très précis», soutient le président du conseil d’administration du Festival western, Francis Trépanier.

Pour le moment, les chefs des autres partis n’ont pas encore indiqué à l’organisation s’ils viendraient faire leur tour d’ici la fin du festival, le 16 septembre prochain. «S’ils viennent, ça nous fera plaisir de les recevoir», lance-t-il.

Il faut dire que le combat que mène actuellement le Festival western aura une incidence non seulement sur son propre avenir — l’organisation a toujours maintenu que le festival ne pouvait exister sans les rodéos — mais également sur l’avenir de tous les événements sportifs ou de divertissement avec des animaux au Québec. Une réalité qui entraîne des coûts importants pour l’organisation, qui estime à plus de 250 000 $ les frais consacrés à ce jours aux avocats, mais aussi à la main-d’œuvre dédiée à cette cause plutôt qu’à la programmation du festival.

«Ce sont des vases communicants. Le temps et l’argent qu’on met là-dessus n’ira pas à notre programmation ou à la bonification de nos infrastructures. Présentement, on a certains projets qu’on a mis sur la glace», constate Francis Trépanier, qui se réjouit par ailleurs de voir le soutien reçu cette année par la Ville de Saint-Tite, qui a accepté de prêter plutôt que de louer certaines infrastructures, permettant à l’organisation une économie de 20 000 $.

«On a toujours eu une bonne collaboration avec la Ville. Évidemment, nous sommes conscients des limites de la population, mais c’est certain que de recevoir une gratuité comme ça cette année, ça nous aide», convient-il.

Francis Trépanier, pour sa part, ne croit pas que la sortie du premier ministre cette fin de semaine vienne discréditer ou court-circuiter le travail du comité consultatif. «Tout le monde a droit de s’exprimer et de dire ce qu’il veut. Nos opposants ne se sont jamais empêchés de le faire jusqu’ici», a-t-il fait remarquer.