Julie Pressé, mairesse de Fortierville.

Un projet qui suscite de l’inquiétude

TROIS-RIVIÈRES — Le CLSC de Fortierville pourrait fermer la nuit. C’est du moins un des scénarios envisagés par le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ), ce qui suscite beaucoup d’inquiétudes dans le milieu.

«Le CLSC, on y tient, c’est un service essentiel ici», souligne Julie Pressé, mairesse de Fortierville.

Même inquiétude du côté de la MRC de Bécancour. «C’est une question de survie chez nous. Le service de nuit est primordial. On est à une heure de route de Québec, à une heure d’Arthabaska et à une heure de Trois-Rivières. Il n’en est pas question. Pour moi, c’est non. On a un service et on ne veut pas le perdre», affirme Mario Lyonnais, préfet de la MRC.

Martin Beaumont, président-directeur général du CIUSSS, a rencontré le conseil municipal de Fortierville, le 29 octobre dernier, pour l’informer qu’il y avait un projet de fermeture la nuit, mais que tout d’abord, il y aurait une consultation citoyenne et que le projet serait présenté au conseil des maires de la MRC.

Mais voilà que dernièrement, des employés du CLSC ont affirmé à la mairesse que ce scénario est coulé dans le béton et qu’il serait effectif à partir du printemps.

De son côté, M. Beaumont soutient que rien n’a encore été décidé et que des consultations auront bel et bien lieu. «Actuellement, plusieurs scénarios sont sur la table, mais la seule finalité de nos scénarios est d’améliorer la qualité de l’accessibilité aux services de santé primaires à Fortierville. C’est notre seul leitmotiv.»

Martin Beaumont, président directeur général du CIUSSS Mauricie Centre-du-Québec.

Selon lui, l’urgence est très peu occupée la nuit. «À l’urgence de Fortierville actuellement, on y voit peut-être de 1,5 à 2 patients par nuit, quand le médecin qui est là pourrait travailler de jour et en voir 25. Est-ce qu’on est en réflexion? Oui on réfléchit, mais il n’y a absolument rien actuellement de campé à cet effet. Si je peux, par contre, améliorer la qualité des soins, des services et l’accès, tout en maintenant la sécurité de la population, et de faire un deal 1.5 pour 25, je pense qu’en bout de piste, la population pourrait en sortir extrêmement gagnante.»

Ce dernier affirme que le processus se fera en toute transparence. «Si on s’enligne dans ce sens-là, on va s’assurer d’avoir des forums populationnels, de répondre aux questions de la population et de les consulter avant.»

Mais si l’urgence est fermée la nuit, qu’adviendra-t-il des gens qui ont besoin de rencontrer un médecin? «Si quelqu’un a une urgence, il peut appeler le 811 ou le 911. Ces gens-là vont être dirigés en fonction de leur problématique vers l’urgence de Victoriaville ou de Trois-Rivières comme on le fait déjà actuellement. (...) Vous pourriez aussi me poser la question: que font les 25 ou les 30 patients qui ne peuvent pas voir leur médecin de famille dans le jour?»

Selon M. Beaumont, 96 % ou 97 % des cas qui se présentent à Fortierville peuvent être réglés par leur médecin de famille

Si c’est une question de manque de main-d’œuvre, le Syndicat des professionnels en soins de la Mauricie et du Centre-du-Québec (FIQ) se demande pourquoi cet aspect n’est pas amélioré plutôt que de songer à enlever des services? «On est à 60 km de chacun des endroits [où il y a un centre hospitalier]. C’est aussi un endroit où les patients peuvent être stabilisés avant d’aller dans les grands centres. Il y a quand même deux infirmières la nuit et un médecin de garde. C’est clair que pour quelqu’un qui vit en secteur rural, ses chances autant de survie que d’avoir des soins dans un délai raisonnable viennent de s’allonger par le fait même», souligne Nathalie Perron, présidente du Syndicat.

L’employeur a rencontré le Syndicat à ce sujet. Il n’a pas présenté la fermeture comme «la solution qui serait primée». Il a aussi confirmé qu’il tiendrait une consultation.

Mario Lyonnais, préfet de la MRC de Bécancour.

Par ailleurs, la mairesse se demande ce qui va arriver aux patients qui sont sur des lits à l’urgence. «On a des lits la nuit. On fait quoi avec ces gens-là? On va être obligé de faire des transferts. Ça occasionne que l’ambulance n’est plus sur le territoire s’il faut transférer les gens pour la nuit», craint Mme Pressé.

De plus, elle soutient que beaucoup de personnes de l’extérieur fréquentent le CLSC. «C’est un service très apprécié et de qualité.»