Le père Pierre Paul, un Trifluvien vivant à Rome, est un témoin de première main de la crise de la COVID-19.
Le père Pierre Paul, un Trifluvien vivant à Rome, est un témoin de première main de la crise de la COVID-19.

Un prêtre d'origine trifluvienne au cœur de la crise au Vatican

Brigitte Trahan
Brigitte Trahan
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — En 42 ans de vie à Rome, le père Pierre Paul n’avait jamais vu une telle scène, même le soir: la Place Saint-Pierre de Rome fermée et personne aux alentours.

Ce Trifluvien, qui fut maître de la célèbre chapelle musicale de la Basilique, la Cappella Giulia, et qui travaille toujours au Vatican, avoue qu’il essaie de ne pas déprimer à cause de l’isolation à laquelle tous les Italiens et tous les citoyens de l’État du Vatican sont désormais soumis. «Il n’y a aucune messe, même pas de messes pour les funérailles», raconte l’homme de 62 ans qui travaille pour la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements.

Au boulot, il n’est plus question d’aller jaser autour de la machine à café. Les employés doivent y aller un à la fois. Plus question non plus d’aller dîner ensemble à la cafétéria, ajoute-t-il. Chacun mange à son bureau. Les contacts verbaux doivent se faire à un mètre de distance les uns des autres.

Pierre Paul comprend toutefois pourquoi les autorités prennent les choses autant au sérieux. Il a un ami, un jeune avocat de 34 ans, qui a contracté la COVID-19. Il s’est retrouvé à l’hôpital avec une pneumonie. «Il avait accompagné sa mère dans une réunion auparavant», raconte-t-il. «Cinq jours après, il était à l’hôpital et sa mère aussi a eu une double pneumonie.» Comme le jeune homme était allé au travail avant de tomber malade, tout le bureau d’avocats dans lequel il travaillait a dû se mettre en isolement.

En Italie, dit-il, les niveaux de sécurité face à la COVID-19 augmentent aux deux ou trois jours au point où maintenant, les seuls endroits où les gens ont le droit de se rendre, c’est à l’hôpital, à la pharmacie, au travail ou à l’épicerie.

Les policiers surveillent, dit-il et vérifient si les gens disent la vérité sur leurs déplacements, «sinon, c’est 260 euros d’amendes et les gens sont passibles de poursuites pénales», dit-il.

Le père Paul s’est lui-même fait intercepter, récemment, alors qu’il traversait à pied la Place Saint-Pierre pour retourner à son bureau. On lui a demandé son identité. «C’était surréaliste», raconte-t-il.

Alors que tout récemment encore, il était possible d’aller dans les bars et cafés, mais à heures réduites, «tous les cafés et les restaurants sont maintenant fermés. Tous les magasins aussi, comme les magasins de vêtements, par exemple, sont fermés. L’accès aux épiceries est restreint», ajoute-t-il.

Il ne manque pas de nourriture, précise le père, mais les clients qui vont acheter de la nourriture doivent attendre en ligne, qui font jusqu’à 50 personnes devant le magasin. «C’est très contrôlé. On te donne des gants en latex et un masque et ils font entrer les gens un à un.»

Sur son lieu de travail, les concierges passent aux deux heures pour nettoyer les surfaces partagées, comme les poignées de porte.

«Les gens qui ne sont pas affectés encore par la maladie d’un proche trouvent ces moyens exagérés, mais dans le cas du père Paul, dont le jeune ami, contre toute attente, a été touché par la COVID-19, il n’y a pas de doute sur le sérieux de la pandémie.

Selon lui, dans la région de Milan, 2447 personnes étaient hospitalisées, aux dernières nouvelles, 605 étaient aux soins intensifs, 2000 en isolement et 744 sont décédées.

À Rome, les statistiques sont moins effarantes alors que 85 personnes sont hospitalisées, 10 sont en thérapie intensive et 115 en isolement. Onze personnes sont guéries et huit sont décédées. La situation évolue toutefois avec grande rapidité. La Presse rapportait vendredi 250 nouveaux décès en Italie, un record en 24 heures.

Le moyen de transmission, c’est le contact entre personnes, d’où l’importance de l’isolement, constate-t-il. «Il faut se fier aux scientifiques et suivre les normes», dit-il. «Il faut se laver les mains souvent.»

Le père Paul prévoit revenir au Québec en juin pour les vacances, mais tout dépendra de l’évolution de la situation évidemment.