François Bélisle, conseiller municipal du district Pointe-du-Lac.

Un premier référendum en 25 ans

Trois-Rivières — La Ville de Trois-Rivières ira en référendum le 2 décembre prochain, pour une première fois depuis près de 25 ans, afin de faire valider un projet de règlement adopté au printemps dernier et qui interdisait tout développement de multilogements le long de la route 138 dans le secteur Pointe-du-Lac. Devant l’opposition de citoyens et d’un promoteur à cette modification de zonage, la Ville décide d’aller jusqu’au bout du processus pour maintenir cette modification.

On se souviendra que le nouveau schéma d’aménagement, adopté en avril 2017, prévoyait de façon définitive l’interdiction de telles constructions pour s’en tenir uniquement à de l’unifamilial ou du bifamilial. Or, la mise en place du nouveau schéma d’aménagement prévoit une période de transition, puisque la Ville dispose de 24 mois suivant l’adoption de ce schéma pour adopter le plan d’urbanisme et les règlements qui en découleront.

Toutefois, l’inquiétude de citoyens face au développement de multilogements du promoteur Georges Mouradian le long de la route 138 dans le secteur Pointe-du-Lac, a incité le conseiller municipal François Bélisle à déposer un avis de motion au printemps pour bloquer immédiatement tout développement de multilogements. Le conseil a d’ailleurs voté en faveur du projet de règlement en juin dernier pour que le tout devienne effectif.

Or, lors de l’ouverture du registre pour s’opposer à cette modification, le nombre de douze signatures requis a été atteint et même dépassé pour demander la tenue d’un référendum sur cette question, des signatures émanant essentiellement de locataires des immeubles déjà construits, ont fait remarquer des citoyens présents lors du conseil mardi soir.

Le promoteur, rappelons-le, peut toujours développer un cinquième immeuble à logements mais devrait faire une croix sur la construction d’un sixième si cette modification de zonage est maintenue au terme de l’exercice référendaire.

«C’est une situation particulière. D’habitude, c’est la Ville qui initie un changement de zonage à la demande d’un promoteur et qui permet aux citoyens de s’exprimer sur la question. Cette fois-ci, c’est un peu l’effet miroir. Nous avons initié un changement de zonage à la demande de citoyens, et c’est un promoteur qui souhaite que le règlement ne bouge pas», fait remarquer Robert Dussault, directeur de l’aménagement et du développement urbain à la Ville.

C’est pourquoi la Ville décide aujourd’hui que ce sera à la population de trancher, et choisit de procéder à un référendum, une première en près de 25 ans. En effet, la plupart du temps lors de la signature de registres, la Ville choisissait plutôt de laisser tomber le règlement qui trouvait de l’opposition.

Seuls les citoyens des zones concernées, soit un peu plus d’une centaine de personnes, auront droit de vote lors de ce référendum. Le vote aura lieu le 2 décembre au Pavillon des Seigneurs du secteur Pointe-du-Lac, un exercice démocratique qui coûtera à la Ville environ 35 000$.

Le conseiller municipal de Pointe-du-Lac, François Bélisle, rappelle que la Ville avait agi à la demande des citoyens du secteur.

«La Ville a écouté la demande des citoyens. À partir de là, si quelqu’un nous pousse à aller en référendum, ce que je veux c’est avoir l’heure juste. Est-ce uniquement des locataires de ces immeubles qui veulent maintenir le développement? Je veux qu’on prenne le pouls dans son ensemble. Il y aura un camp du oui et du non et si jamais c’est battu, ce sera la volonté populaire. Mais dans le contexte actuel, je constate que le système est détourné de son essence. La signature d’un registre est là pour permettre aux citoyens d’avoir un mot à dire sur un changement de zonage, pas pour un promoteur d’empêcher un objectif de bien commun versus son bien propre», fait savoir François Bélisle, qui s’est par ailleurs dit «déçu» de l’attitude du promoteur.

«Nous avions trouvé une belle porte de sortie pour qu’il puisse terminer certains immeubles à logements. On ne bloquait pas tout», soutient-il.

Joint par téléphone mardi soir, le promoteur Georges Mouradian a préféré ne pas commenter, indiquant qu’il aimait mieux prendre connaissance du processus référendaire voté mardi soir avant de se prononcer sur le dossier.