Le lac Saint-Pierre en hiver.

Un premier plan de gestion intégrée

Louiseville — La Table de concertation régionale du lac Saint-Pierre a déposé, le 31 octobre, son tout premier Plan de gestion intégrée du lac Saint-Pierre au ministère de l’Environnement et de la lutte contre les changements climatiques.

Rappelons que cet écosystème exceptionnel est soumis à de très grands défis, notamment la menace que représente la carpe asiatique et autres espèces envahissantes et les effets de l’agriculture sur la désertification de certaines zones subaquatique nécessaires à la survie de la perchaude, pour ne citer que ces deux exemples.

La Table conclut d’ailleurs «qu’il n’est plus envisageable de maintenir le statu quo en ce qui concerne certains usages agricoles dans la zone littorale».

Dans son document, la Table indique également que l’état de santé du lac Saint-Pierre «requiert des actions rapides et à large échelle afin d’y rétablir les fonctions écologiques et ainsi soutenir le rétablissement des espèces en déclin».

L’organisme croit qu’un nouveau cadre de gestion durable mieux adapté aux usages humains de la zone littorale doit être déployé, notamment à l’égard des activités agricoles.

Plus de 5000 hectares de la zone littorale font en effet l’objet d’une agriculture maintenant dominée par des cultures annuelles de maïs et de soya lesquelles provoquent la mise à nu du sol, à l’automne et impliquent l’usage de pesticides et de fertilisants. «Ces pratiques agricoles (...) vont à l’encontre de la réglementation en vigueur», souligne le document.

Il faudra donc, indique la Table «adapter les pratiques agricoles et les types de cultures du littoral afin de les rendre compatibles avec cette zone sensible».

Même si, au cours des dernières décennies, de nombreuses usines polluantes qui déversaient des produits toxiques dans le fleuve ont cessé leurs activités et qu’un très grand nombre de municipalités, si l’on ne tient pas compte de Montréal, ont aménagé des systèmes de gestion de leurs eaux usées au lieu de s’égoutter dans les tributaires du fleuve, «on estime que la qualité de l’eau du lac, ainsi que celle de plusieurs de ses tributaires, laisse toujours à désirer», constate le rapport. Les rejets de réseaux urbains, la toxicité de certains effluents ainsi que des sources diffuses de pollution agricole sont toujours pointés du doigt.

La Table estime qu’il faudra donc déployer de nombreux efforts pour améliorer la qualité de l’eau du fleuve qui est affectée par les excès de nutriments, la forte turbidité, la présence de bactéries et de pesticides ainsi que l’émergence de certains contaminants, dont les produits pharmaceutiques qui se retrouvent dans les toilettes, donc dans les égouts.

La circulation maritime commerciale, de plaisance et autochtone sur le fleuve fait également partie des impacts subis par le lac Saint-Pierre.

Près de 5000 navires commerciaux passent par le lac Saint-Pierre tous les ans. La gestion durable de l’industrie maritime est donc un enjeu majeur, souligne le rapport de la Table.

À ce chapitre, les défis sont engendrés par divers phénomènes, dont l’érosion des berges due au batillage, le dragage, le tourisme nautique, les espèces exotiques envahissantes et le transport des matières dangereuses.

Il est à noter qu’au cours des 200 dernières années, plus de 180 espèces exotiques ont fait leur entrée dans les Grands Lacs et près d’une centaine dans le fleuve Saint-Laurent. Certaines de ces espèces, tant végétales qu’animales, «entraînent de sérieuses répercussions environnementales», rappelle le document.

La Table de concertation du lac Saint-Pierre, créée en 2014, est composée de 70 organismes du milieu et réunit régulièrement une trentaine d’intervenants.

La protection de la faune, de la flore et l’impact des changements climatiques sont également autant d’éléments de préoccupation pour cet organisme.

Réserve mondiale de biosphère de l’UNESCO, «le lac Saint-Pierre est, à l’instar du fleuve Saint-Laurent, fragilisé par les activités humaines qui ont cours sur son territoire», rappelle le document.