Le jouet Sam permet à l'enfant transgenre de découvrir, et du coup normaliser, la gamme d'émotions qu'il peut traverser.

Un premier jouet transgenre au Canada

«Maman, dans mon coeur, je suis une fille. Quand je serai grand, est-ce que je pourrai être une fille?»
Le fils de Manon Gauthier vit un questionnement sur son identité de genre depuis l'âge de deux ans et demi.
Ces quelques mots prononcés de la bouche de son fils de trois ans ont été lourds de sens pour Manon Gauthier. La jeune maman d'origine trifluvienne multiplie les démarches depuis quelques années pour aider et soutenir du mieux qu'elle peut son fils qui présente, depuis l'âge de deux ans et demi, un questionnement évident sur son identité de genre.
«Un jour, il m'a tout simplement dit: "Maman, ce n'est pas de ta faute, c'est ta bedaine qui s'est trompée". Comme parent, tu te poses des questions, c'est certain. Mais quand ton fils te dit que c'est ce qu'il veut, qu'il veut porter des vêtements de fille, avoir des jouets de fille et qu'il te dit que plus tard, il veut devenir une fille, je ne peux faire autrement que de l'aider et de l'accompagner là-dedans. Ce ne sont pas des caprices, il n'est pas contaminé par une mode à cet âge-là. Ça fait partie de lui, c'est ce qu'il est», confie la maman.
C'est pour aider des enfants comme le fils de Manon Gauthier que la firme LG2 et l'organisme Enfants transgenres Canada viennent de mettre sur pied une initiative de sociofinancement afin que le premier jouet transgenre au Canada puisse voir le jour.
Sam, une poupée russe pas comme les autres, permet à l'enfant transgenre de découvrir, et du coup normaliser, la gamme d'émotions qu'il peut traverser.
«Mais ça peut aussi servir de jouet éducatif afin d'ouvrir le dialogue à l'intérieur des familles ou encore des groupes scolaires, auprès des jeunes et moins jeunes qui ne sont pas forcément en contact quotidien avec un enfant transgenre, afin de les sensibiliser à cette réalité», explique la vice-présidente de Enfants transgenres Canada, Annie Pullen-Sanfaçon.
L'initiative est accompagnée d'un court métrage qui a été réalisé par Rodolphe Saint-Gelais et qui sera diffusé dans toutes les écoles de la province prochainement, que la campagne de sociofinancement aboutisse ou non. Le film d'environ quatre minutes raconte l'histoire de Sam, une petite fille qui, dans son coeur, se sent comme un garçon.
Sam traversera différentes phases, allant de l'exploration à l'acceptation en passant par la colère, la confusion et l'isolement. Sur l'air d'une adaptation de la chanson Listen to your heart de Roxette - qui a gracieusement cédé les droits de son oeuvre pour la cause - le film a eu un réel impact pour la famille de Manon Gauthier, qui a depuis décidé de s'impliquer pour aider à faire la promotion de cette campagne de sociofinancement.
«On nous a montré le film la semaine dernière et depuis, mon fils le fait jouer en boucle à la maison. Dès qu'il revient de l'école, il l'écoute et l'écoute encore. Ça a fait une grande différence pour lui. Il a eu envie de se révéler, même s'il est encore craintif par rapport à ça. C'est clairement un outil qui peut faire une différence au niveau de l'acceptation sociale», croit la maman de quatre enfants. 
Car pour un enfant qui se questionne sur son identité de genre, c'est surtout le regard extérieur qui peut causer un repli sur soi et un conflit intérieur, puisque ce regard est basé sur des «normes sociales» bien établies, laissant peu de place au doute sur l'identité de genre.
«Un jour, nous l'avons laissé aller jouer au parc habillé en robe, comme il le souhaitait. Il était tellement heureux, il courait à tout vent. Mais quand il a aperçu que les gens au parc se questionnaient et même que certains riaient de lui, il est devenu tellement malheureux. Il a refoulé ça», se souvient Manon Gauthier.
Le garçon, aujourd'hui âgé de 5 ans et demi, s'était laissé pousser les cheveux durant l'été avant sa première rentrée scolaire. Quand il a commencé l'école, il a voulu se faire couper les cheveux et s'habiller «comme un garçon» pour se faire accepter du groupe.
«Je pense qu'il aurait aimé que ça fonctionne, comme si ça prenait juste ça pour qu'il se sente bien dans son identité de garçon. Mais nous, on le voyait bien qu'il était malheureux. Il avait de la tristesse, de la colère en lui. Il s'isolait du groupe parce qu'il voulait souvent jouer à des jeux identifiés aux filles et ses amis lui disaient qu'il ne pouvait pas parce qu'il est un garçon», indique sa maman, qui confie avoir commencé à consulter rapidement lorsque son fils a tenu des propos qui parlaient de plus en plus de la mort.
Manon Gauthier croit fermement que de parler de ces réalités, spécialement aux enfants, et de leur montrer la réalité à travers, par exemple, un jouet comme Sam, peut aider à faire tomber les préjugés et permettre aux autres d'ouvrir les bras à la différence.
Pour sa part, celle qui a mis en veilleuse sa carrière de pharmacienne pour prendre soin de ses quatre enfants à la maison dit vivre les choses un jour à la fois avec son fils.
«On verra ce que l'avenir nous réserve, mais une chose est certaine, c'est que son père et moi nous allons l'accompagner dans ses choix, jusqu'où il aura besoin d'aller», confie celle qui dit avoir trouvé un support incroyable auprès de l'organisme Enfants transgenres Canada.
Il est possible d'en savoir plus sur l'initiative de Sam, de visionner le court métrage ou encore de contribuer à la campagne sur Kickstarter par le biais du site aucoeurdetoi.com. L'objectif est d'amasser 137 500 $ avant le 12 août pour que le projet Sam se concrétise.