La petite Sidra s’était déguisée en Wonder Woman pour le souper d’Halloween du SANA.

Un premier Halloween pour les nouveaux arrivants

TROIS-RIVIÈRES — Citrouilles grimaçantes, décorations d’épouvante et enfants déguisés: pour n’importe quel Québécois, ce tableau évoque l’Halloween. Mais ces coutumes sont complètement étrangères à de nombreuses familles récemment débarquées d’un autre pays. C’est donc pour faire découvrir cette fête aux nouveaux Trifluviens et leur donner une occasion de tisser des liens avec leur société d’adoption que le Service d’accueil des nouveaux arrivants (SANA) de Trois-Rivières organisait samedi son traditionnel souper d’Halloween.

«Je n’ai jamais vu l’Halloween, sauf à la télé, mais maintenant je le vis, se réjouit Mireille, originaire de la Côte-d’Ivoire et arrivée en Mauricie il y a deux semaines avec sa fille Lina. Je trouve ça génial parce que les enfants s’amusent bien, ils sont déguisés et tout. Ils peuvent se faire beaucoup d’amis.»

Les nouveaux arrivants étaient conviés à un souper partage, pour lequel chacun pouvait amener un plat de son pays, pour faire connaître l’aspect culinaire de sa culture aux autres. Les enfants pouvaient se faire maquiller, faire du coloriage et se faire prendre en photo avec des personnages du film Star Wars.

Des policiers de Trois-Rivières ont également fait une visite surprise pour distribuer des bonbons aux enfants. Plus tard dans la soirée, les 100 à 150 participants ont eu droit à une démonstration de découpage de citrouilles et des bénévoles leur ont expliqué l’ABC de l’Halloween.

Des agents de la Direction de la police de Trois-Rivières ont fait une visite surprise pour distribuer des bonbons aux enfants.

«La plupart des familles qui viennent de pays arabophones ne connaissent pas l’Halloween, ce n’est pas dans leurs traditions. Mais pour les gens ici ce soir, ça n’a pas de rapport avec la religion, alors ils prennent ça comme une occasion de partager des expériences de vie. Ça rassure aussi les parents de voir que leurs enfants prennent de la place et qu’ils sont en sécurité», explique Ivan Suaza, directeur général du SANA.

«Tomber en amour» avec la Mauricie

Pour M. Suaza, le souper d’Halloween que le SANA organise depuis une vingtaine d’années est avant tout un prétexte pour faire du réseautage, pour permettre aux nouveaux arrivants de tisser des liens avec leur culture d’accueil. Des bénévoles se sont mêlés aux convives pour discuter et échanger avec eux, question de leur montrer la facette accueillante du Québec.

«Une façon d’aider les gens à s’intégrer, c’est de les faire tomber en amour avec la culture québécoise, la culture d’accueil, croit-il. Parce que quand on tombe en amour, c’est là que commence vraiment le processus d’intégration. Les gens disent: je veux rester ici.»

La Mauricie semble d’ailleurs être particulièrement accueillante, puisqu’elle a un taux de rétention de 80%, le plus élevé de la province, selon M. Suaza.

«C’est à cause de l’implication des gens d’ici, ils s’impliquent beaucoup. Quand le gouvernement a annoncé que 25 000 Syriens allaient arriver, il y a quelques années, on a fait un appel à la population et elle a répondu tout de suite. Les gens arrivaient au bureau et demandaient: qu’est-ce que je peux faire? Comment je peux m’impliquer?», illustre-t-il.

Des étudiants de l’École primaire internationale et du Programme d’éducation internationale de l’École des Pionniers de Trois-Rivières se sont d’ailleurs joints aux bénévoles pour faire des maquillages aux enfants et aider à la cuisine et au service.

Briser l’isolement

Un autre but avoué d’activités comme celle de samedi était de briser l’isolement que vivent les personnes nouvellement arrivées en terre inconnue. Or, c’est également une façon de briser aussi celui de gens qui n’ont pas un grand cercle d’amis et qui offrent leurs services comme bénévoles.

«Il y a des gens d’ici qui viennent nous voir et qui veulent s’impliquer parce qu’ils nous disent : je n’ai pas d’amis ni de famille dans la région et je ne sais pas quoi faire de mes soirées. On leur dit: eh bien, venez vous-en», rapporte Ivan Suaza.

Cet isolement, Mireille le brisera peut-être à nouveau le 31 octobre, si elle décide de courir son premier Halloween avec sa fille.

«On m’a tout expliqué, je sais qu’on tape aux portes pour avoir des bonbons et les enfants se déguisent. Je ne sais pas pour le moment si on va passer l’Halloween, vu que je ne connais pas encore bien la ville», hésite-t-elle toutefois.

À tout le moins, elle pourra décorer son logement avec sa première citrouille d'Halloween, gracieuseté du SANA.