La police de Trois-Rivières enquête présentement sur le décès d’un homme qui pourrait s’avérer être le premier décès lié à une surdose de fentanyl sur son territoire.

Un premier décès lié au fentanyl?

Trois-Rivières — La police de Trois-Rivières enquête présentement sur le décès d’un homme qui pourrait s’avérer être le premier décès lié à une surdose de fentanyl sur son territoire. Bien que le rapport du coroner n’ait pas encore été complété, des proches du jeune homme de 27 ans ont fait savoir par le biais de Facebook qu’il pourrait avoir été intoxiqué au fentanyl.

Le jeune homme a été retrouvé en arrêt cardio-respiratoire dans son domicile du secteur Cap-de-la-Madeleine, dans la nuit de mardi à mercredi. Il a été impossible de le sauver et son décès n’a pu qu’être constaté. Sur place, les enquêteurs de la Sécurité publique de Trois-Rivières confirment avoir retrouvé de la drogue, mais la nature exacte n’a pas encore été précisée. «Nous travaillons avec le coroner dans ce dossier. Les drogues trouvées sur place ont été envoyées au laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale, qui pourra en faire l’analyse. Différentes hypothèses sont étudiées, dont celle d’une surdose de fentanyl», confirme le sergent Luc Mongrain de la Sécurité publique de Trois-Rivières. 

Une autopsie devra être pratiquée sur le corps de l’homme pour en savoir davantage. Le sergent Mongrain explique qu’aucun cas de saisie de fentanyl de synthèse n’a été enregistré sur le territoire de Trois-Rivières. Quelques cas de revente au noir de fentanyl médical, prescrit pour le traitement de douleurs chroniques, ont été recensés, sans que l’on puisse parler d’une crise comme celle que l’on a pu vivre à Vancouver ou plus récemment à Montréal.

À la direction de la Santé publique de la Mauricie et du Centre-du-Québec, on suit depuis déjà un certain temps les différents développements en lien avec la consommation des opiacés en général, dont le fentanyl. Bien que la consommation d’opiacés, comme l’héroïne par exemple, soit en constante augmentation au Québec et au Canada, la crise du fentanyl est surtout associée à la vente sur le marché noir ou encore par le biais d’Internet d’opiacés qui ont été coupés avec du fentanyl, un produit 40 fois plus puissant que l’héroïne. Ainsi, l’utilisateur de ces drogues croit consommer une dose normale mais ingère en fait une dose qui peut parfois s’avérer mortelle.

La docteure Linda Milette, médecin conseil à la Santé publique, soutient que les cas recensés jusqu’ici dans la région ont été des cas de revente de timbres de fentanyl, normalement administrés de façon médicale pour le traitement de la douleur, mais qu’on n’enregistre pas de problématique entourant le fentanyl de synthèse. 

La Santé publique planche depuis quelque temps auprès des consommateurs, des travailleurs de rue et des intervenants, pour faire la promotion de la Naloxone, un produit qui agit comme antidote à une surdose de fentanyl. «C’est un produit qui agit de façon temporaire, mais combiné à un appel au 911, à l’arrivée des secours et à des soins médicaux rapides, on peut réussir à sauver des vies», mentionne Linda Milette.

La Naloxone est d’ailleurs distribuée dans de nombreuses pharmacies tout à fait gratuitement et sans avoir recours à une prescription du médecin. Jean-Sébastien Ricard, pharmacien affilié à Brunet à Trois-Rivières, confirme qu’il tient le produit en inventaire, bien qu’il n’ait pas encore eu à en distribuer à des consommateurs le réclamant. Le pharmacien rappelle d’ailleurs qu’au-delà de la crise connue à Vancouver, le fentanyl est d’abord un médicament très utile dans le traitement médical des malades présentant des douleurs chroniques.

«Personnellement, je crois que ça vaudrait la peine que la Naloxone soit rendue disponible par mesure préventive dans les centres de soins de longue durée, ou de transition, là où l’on utilise aussi le fentanyl sur le plan médical», mentionne-t-il.

Outre la Naloxone et l’importance de ne jamais consommer seul, spécialement lorsqu’un consommateur utilise une nouvelle drogue, la Santé publique sensibilise aussi les autres acteurs du réseau à maintenir la communication pour détecter le plus rapidement possible des cas problématiques liés à la consommation d’opiacés. «Si, par exemple, on reçoit trois jeunes dans la même soirée à l’urgence pour une surdose liée à un produit qu’ils ont consommé, nous allons intervenir, rencontrer les jeunes et essayer d’identifier la source. On peut ensuite prévenir nos partenaires des corps policiers pour tenter de retirer le plus rapidement possible cette substance de la circulation», ajoute Dr Milette.