Des représentants syndicaux et des CPE et milieux familiaux publics étaient de passage vendredi au CPE Les Petits Collégiens, pour dénoncer la décision du gouvernement d’implanter à grande échelle la maternelle 4 ans. Sur la photo, de gauche à droite: Valérie Grenon, présidente de la FIPEQ-CSQ, et Claire Labrecque, directrice générale du CPE Les Petits Collégiens.

Un plaidoyer pour les CPE

TROIS-RIVIÈRES — Des représentants des administrateurs et des intervenantes en petite enfance se sont rassemblés à Trois-Rivières, vendredi, dans le cadre d’une tournée du Québec pour dénoncer la décision du gouvernement de François Legault de déployer la maternelle 4 ans pour tous les enfants du Québec. Ils ont vanté à nouveau les avantages qu’offrent les centres de la petite enfance (CPE) et les services de garde en milieu familial, et invité les parents et la population à signer une pétition demandant au gouvernement de faire marche arrière.

À travers la province, les parents d’enfants qui fréquentent un CPE ou une garderie en milieu familial sont invités à signer cette pétition, lancée en décembre dernier et parrainée par la députée péquiste Véronique Hivon. La Fédération des intervenantes en petite enfance du Québec (FIPEQ-CSQ) et le Conseil québécois des services éducatifs à la petite enfance (CQSEPE) unissent leur voix pour en faire la promotion. Selon eux, le réseau des CPE et des garderies en milieu familial est le modèle qui convient le mieux aux enfants âgés de quatre ans, en particulier de ceux qui ont des besoins particuliers.

«Nous faisons du dépistage des problèmes de retard de développement dès que l’enfant entre chez nous, nous n’attendons pas à quatre ans, insiste Claire Labrecque, directrice générale du CPE Les Petits Collégiens de Trois-Rivières. Nous croyons que nous sommes la meilleure place pour développer le plein potentiel des enfants, pour les rendre aptes à suivre leur cheminement scolaire à l’âge de cinq ans.»

«On le sait qu’il y a des enfants qui vont arriver à la maternelle 5 ans et qui auraient encore besoin de services éducatifs, parce qu’on le vit avec les enfants à besoins particuliers, ajoute Valérie Grenon, présidente de la FIPEQ-CSQ. Certains ont des dérogations pour rester dans nos services une année de plus parce qu’ils ont besoin de plus de stimulation avec nos professionnels avant d’intégrer l’école.»

Les deux organisations s’appuient par ailleurs sur un sondage mené par la firme Léger, l’automne dernier, selon lequel deux Québécois sur trois préfèrent les CPE et les milieux familiaux publics à la maternelle 4 ans.

Pas une bataille pour la clientèle

Les deux organisations s’interrogent toujours sur la raison qui a poussé le gouvernement Legault à vouloir implanter la maternelle 4 ans de manière universelle. Alors que le ministre de l’Éducation a récemment indiqué vouloir créer 250 nouvelles classes d’ici l’an prochain, tant la FIPEQ-CSQ que le CQSEPE croient que l’argent qui sera investi dans ces nouvelles classes sera du gaspillage, alors qu’il pourrait permettre d’améliorer le réseau de CPE - et ainsi ouvrir davantage de places en milieu de garde.

«C’est comme si le gouvernement reniait le réseau, déplore Mme Labrecque. Il part quelque chose sans tenir compte de ce qui existe déjà.»

Cette dernière précise par ailleurs que son opposition à l’implantation universelle de la maternelle 4 ans n’est pas une bataille pour la clientèle. «Si, demain, les enfants de quatre ans vont tous à la maternelle, il ne va pas y avoir de coupures de postes ou de déficits dans nos CPE, on va simplement accueillir une autre clientèle, souligne-t-elle. On croit simplement que la meilleure place pour le développement des compétences et pour assurer la réussite scolaire ensuite, c’est ici (en milieu familial ou CPE).»

Le syndicat et le CQSEPE poursuivent leur tournée des régions jusqu’au 20 mars. La date limite pour signer la pétition, qui a été mise en ligne sur le site de l’Assemblée nationale, est le 12 mars. Vendredi, plus de 26 000 personnes l’avaient déjà signée en ligne.

La Mauricie, qui compte 50 CPE et 425 garderies en milieu familial reconnues par le CQSEPE, est parmi les principales régions ciblées pour ouvrir de nouvelles classes de maternelle 4 ans. Une soixantaine de classes doivent être créées dans quatre commissions scolaires, dont celle du Chemin-du-Roy et celle de l’Énergie.

Excuses publiques exigées

La présidente de la FIPEQ-CSQ a également exigé des excuses publiques de la part du premier ministre François Legault, qui a qualifié les membres de son syndicat de «techniciennes de garde», le 14 février dernier, lors de la période de questions à l’Assemblée nationale. «On attend des excuses publiques de sa part pour avoir dit ça. En disant ça, c’est comme s’il disait que de confier son enfant à des enseignantes, c’est bien mieux que de les confier à des ‘‘techniciennes de garde’’. On n’est pas des gardiennes: on est des éducatrices», martèle Mme Grenon.

Ces propos ont aussi fait fortement réagir Claire Labrecque, lorsqu’elle les a entendus. «C’est comme si on revenait à une époque qui est révolue, quand on dépannait les mères qui ne pouvaient pas rester à la maison. On n’est plus là: les familles ont besoin de nous!»