Stéphane Guay (à gauche) et Jean-Claude Ayotte, fondateurs du parti Action civique de Trois-Rivières.
Stéphane Guay (à gauche) et Jean-Claude Ayotte, fondateurs du parti Action civique de Trois-Rivières.

Un parti politique voit le jour à Trois-Rivières

Matthieu Max-Gessler
Matthieu Max-Gessler
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Dénonçant un manque de leadership de la part du maire de Trois-Rivières et des prises de position de conseillers en faveur de leur «agenda personnel» plutôt que des besoins des citoyens qu’ils représentent, deux Trifluviens ont fait un premier pas cette semaine vers la création d’un parti politique municipal.

C’est le nom Action civique de Trois-Rivières qui a été réservé officiellement auprès du Directeur général des élections du Québec (DGEQ) par Jean-Claude Ayotte et Stéphane Guay. Les deux hommes justifient leur démarche notamment par les critiques qui ont été soulevées ces dernières semaines envers le maire Jean Lamarche, notamment sur son manque de leadership.

«La population de Trois-Rivières a pu constater deux choses ces derniers temps. Premièrement, dans le temps où Yves Lévesque était là, avec sa forme de leadership qui lui appartient, il était en porte-à-faux continuellement avec les conseillers municipaux. Jean Lamarche, il est arrivé en promettant aux gens qu’il allait rétablir l’harmonie au conseil, que c’était lui la clé du succès. Force est de constater que ce n’est pas le cas, alors que des membres du conseil ont même contesté son leadership sur la place publique», résume M. Ayotte.

Pour M. Guay, cette absence de leadership et l’attitude des conseillers, qui font passer selon lui leurs idées avant les intérêts de la population, font en sorte de bloquer la prise de décisions au conseil municipal, ce qui affecte l’avancement de dossiers importants pour la Ville et ses citoyens.

«C’est un problème de gestion politique qui se transmet dans la gestion de la Ville. Ça prend la venue d’un chef avec une vraie équipe. Parce qu’en ce moment, il y a une accumulation de personnes autour de la table qui ne sont pas une vraie équipe et ne partagent pas la même vision», dénonce-t-il.

«On est rendu là, à avoir une base plus structurante pour donner une voix aux gens, parce que cette voix n’est pas entendue à sa juste valeur. C’est une invitation qu’on lance aux gens intéressés à se regrouper, à se fédérer pour mettre en place une nouvelle option pour 2021», ajoute-t-il.

Indiquant tous deux avoir de l’expérience dans l’organisation de campagnes électorales (ils ont tous deux travaillé pour l’ancien député Sébastien Proulx et M. Ayotte a été directeur de campagne l’an dernier pour la conseillère municipale Valérie Renaud-Martin, lorsqu’elle était candidate pour le Parti libéral du Canada), MM. Ayotte et Guay souhaitent à présent mobiliser la population autour de ce projet, puisque ce sont les membres de ce parti qui en établiront le programme, lors d’un congrès qui aura lieu cet hiver. Avant d’en arriver à cette étape, il devra toutefois y avoir un congrès de fondation du parti, d’ici le temps des Fêtes, souhaitent les deux hommes.

«On veut attirer les gens qui ont peu d’expérience de la chose politique, mais qui sont intéressés par ce qui se passe à Trois-Rivières, qui ont des choses à dire, et des femmes, entre autres, puisqu’on sait que ce n’est pas toujours facile (d’en recruter dans le milieu municipal). On espère aussi attirer des jeunes et des membres des communautés culturelles», annonce M. Ayotte.

En attendant de savoir quand et comment les congrès de fondation, d’orientation et de choix des candidats auront lieu, puisque la pandémie complique les rassemblements, une page Facebook au nom d’Action civique de Trois-Rivières devrait être créée jeudi.

Contre Vision zéro

Ce n’est pas un secret, Stéphane Guay est fermement opposé à Vision zéro, ce projet visant à améliorer le bilan des accidents routiers de la ville, notamment en réduisant la limite de vitesse dans les quartiers résidentiels. Il avait d’ailleurs fondé le regroupement Trifluviens contre Vision zéro, en 2019. Jean-Claude Ayotte partage la même opinion sur ce projet et les deux hommes ne cachent pas qu’Action civique de Trois-Rivières se positionnera en opposition à Vision zéro.

«Tout ce qui s’apparente de proche ou de loin à Vision zéro, rien ne va ressembler à ça dans notre programme. Les approches dogmatiques comme celle-là, on va s’inscrire en faux à ça», confirme M. Ayotte.

Le programme du parti, qui reste à être établi dans les prochains mois, sera toutefois plus large, promet-il. Mais il souhaite que celui-ci soit axé sur ce qu’il croit être les vraies préoccupations des citoyens.

«On est d’avis qu’il n’y a qu’une personne qui doit faire des pressions sur le conseil municipal, et c’est le citoyen. Ce ne sont pas les groupes environnementalistes, Piétons Québec ou Vélo Québec. On est redevable à une personne: c’est le payeur de taxes et on l’a oublié. Parce que quand je regarde des choses comme le bout de piste cyclable dans les Vieilles Forges, je ne pense pas qu’on ait pensé au contribuable quand on a fait ça, et quand je regarde la bretelle qu’ils ont faite à côté de l’église Saint-Jean-de-Brébeuf avec une table à pique-nique et une buvette juste à côté du boulevard des Forges, je ne pense pas qu’on a pensé au payeur de taxes quand on a fait ça», illustre-t-il.

Pas de ligne de parti

Même s’ils disent souhaiter le retour d’un leadership au conseil municipal, les deux citoyens assurent qu’il n’y aura pas de ligne de parti au sein d’Action civique de Trois-Rivières. À savoir si cette décision pourrait nuire à leur désir de voir le conseil municipal plus uni, M. Ayotte indique ne pas avoir particulièrement de craintes à cet égard.

«À partir du moment où une personne est intéressée à adhérer aux valeurs du parti, rejoint la formation et se présente dans un district, ça multiplie les chances que les gens soient en cohérence avec le programme et les valeurs qu’on veut mettre de l’avant. Il peut y avoir des divergences, mais beaucoup moins qu’avec 15 conseillers indépendants autour de la table. C’est là qu’on paralyse le conseil», affirme-t-il.

Parmi les autres avantages de fonder un parti politique, M. Ayotte mentionne la possibilité d’avoir du financement pour avoir une permanence et un budget pour la recherche, selon le nombre de candidats élus.

Il indique par ailleurs être ouvert à ce que des conseillers qui siègent actuellement rejoignent le parti pour se présenter sous sa bannière, s’ils le souhaitent.

Pas de chef en vue... encore

Si tout se passe comme prévu, le chef d’Action civique de Trois-Rivières et candidat du parti au poste de maire aux élections municipales, le 7 novembre 2021, devrait être choisi le printemps prochain. À savoir si une liste de candidats potentiels pour tenter de succéder au maire Jean Lamarche existe déjà, Jean-Claude Ayotte répond par la négative.

«On a un profil en tête, on souhaite trouver quelqu’un qui incarne les valeurs du parti. Mais il manque encore beaucoup d’éléments à définir. Disons que le casting de la personne idéale n’est pas encore terminé», souligne-t-il.

Il ne faut d’ailleurs pas voir la création de ce parti comme une confirmation que l’ancien maire Yves Lévesque pourrait reprendre du collier à l’hôtel de ville, comme des rumeurs l’avaient laissé entendre il y a quelques semaines, selon M. Ayotte, qui se dit fermement opposé à son retour.

«Le retour d’Yves Lévesque à la mairie de Trois-Rivières serait catastrophique: ça démontrerait qu’il y a un vide qui existe au niveau de la classe politique municipale. Ce serait un retour en arrière. Et puis, quelqu’un qui dit qu’il a Trois-Rivières tatouée sur le cœur et qui, à la première occasion qu’il a de partir, est allé s’installer au lac à la Tortue... il ne paie même plus de taxes ici, à Trois-Rivières», souligne-t-il.