Le maire de La Tuque, Normand Beaudoin
Le maire de La Tuque, Normand Beaudoin

«Un ouragan dans un verre d’eau»

Audrey Tremblay
Audrey Tremblay
Le Nouvelliste
Les audiences ont eu lieu, mercredi, devant la Commission municipale du Québec (CMQ) concernant la plainte en éthique et déontologie visant le maire de La Tuque, Normand Beaudoin. Plusieurs témoins ont été entendus et les avocats ont soumis leurs arguments à la juge administrative, Martine Savard, qui rendra sa décision dans un délai de 60 jours.

C’est le conseiller municipal Luc Martel qui a déposé une plainte à la CMQ concernant une conduite dérogatoire du maire aux règles d’éthique et de déontologie des élus de la Ville de La Tuque. 

Un compte de dépenses d’une centaine de dollars, en lien avec une rencontre du comité sur la forêt de l’UMQ, est au cœur du litige.

L’adjointe du maire et la directrice des finances de la Municipalité ont, entre autres, été appelées à témoigner. C’est toutefois le maire de Saint-Félicien, Gilles Potvin, qui a été le premier à raconter sa version des faits. 

Il a affirmé qu’il n’avait pas soupé avec le maire Beaudoin lors de la soirée en question contrairement à ce qui est inscrit sur le compte de dépenses.

Normand Beaudoin, qui s’est amené à la barre comme dernier témoin en fin d’avant-midi, a d’ailleurs confirmé l’information.

«La note qu’il y a derrière la facture, c’est un aide-mémoire. Ce sont des références pour me souvenir, pas les gens avec qui j’ai soupé. […] Il n’y a jamais eu de fraude. Je n’ai jamais avoué que M. Potvin était au souper. J’ai dit que c’était une autre personne qui n’avait pas rapport à la Municipalité», a raconté M. Beaudoin.

Le maire de La Tuque a tenté d’éclaircir la situation. Pour lui, il a réclamé seulement 103 $ (89 $ plus les taxes) alors qu’il avait droit à 140 $. 

«Arrêtons de chercher des poux où il n’y en a pas», a-t-il lancé.

M. Beaudoin a également rappelé à plusieurs reprises qu’il était intègre et que pour lui, le compte de dépenses était justifié. «Pour moi, j’étais correct. C’est mon interprétation, c’est peut-être une erreur je peux l’admettre […] Je suis intègre et je n’ai pas volé la Ville», a-t-il lancé.

Normand Beaudoin est également revenu sur les relations tendues entre lui et le plaignant, le conseiller Luc Martel. «Il cherchait à me nuire de toutes les façons possibles», a indiqué M. Beaudoin.

Le maire de La Tuque a également affirmé avoir été «agressé, sans porter plainte à la police» par le plaignant.

Luc Martel a nié cette affirmation. Il parle plutôt d’une «bonne prise de bec». «Je ne l’ai jamais agressé. Je peux dire qu’il y a eu une prise de bec à une soirée juste avant qu’il m’envoie une mise en demeure. Il y avait des témoins», a-t-il précisé au Nouvelliste.

Luc Martel n’a pas assisté à l’audience. Il estime que son devoir est fait et que maintenant c’est à la Commission de rendre une décision. 

«Ma job est faite. J’ai confiance que la Commission va éclaircir toute la question du compte de dépenses», a-t-il noté.

En plaidoirie, l’avocat de Normand Beaudoin, Me François Daigle, a affirmé qu’il s’agissait d’un «ouragan dans un verre d’eau». «La seule erreur est d’avoir choisi de demander une dépense réelle plutôt que de passer par le chemin du per diem. Point à la ligne. […] On est en train de punir quelqu’un qui dépense moins que ce que la Ville propose», a-t-il lancé. 

Quant au procureur au dossier, Me Nicolas Dallaire, il a mentionné à la juge qu’il était important d’envoyer un message clair. Il a aussi rappelé que la CMQ doit renforcer le lien de confiance des citoyens envers les élus municipaux.

Il a fait ressortir plusieurs éléments contradictoires dans le témoignage de M. Beaudoin versus les entrevues qu’il avait données à la radio locale. 

Il est également revenu sur le fait que M. Beaudoin aurait fourni de fausses informations à l’appui d’une demande de remboursement qu’il a signée. 

Normand Beaudoin a commenté, après sa sortie de l’audience,les procédures qu’il trouve exagérées. 

«C’est pour 89 $. On aurait pu tout régler très rapidement. C’est toute que des procédures. […] C’est incroyable ce que ça va coûter pour une facture de 89 $. Je n’ai jamais pensé que c’était pour aller si loin», a-t-il lancé.

M. Beaudoin a également fait savoir qu’il allait accepter le jugement lorsqu’il sera rendu. «Je n’ai peut-être pas suivi les procédures à la lettre, mais je n’ai jamais volé la Ville de La Tuque. Je n’ai jamais pris une cenne que je n’avais pas le droit», a-t-il conclu.