Un millier de Trifluviens ont marché contre le racisme, samedi après-midi.
Un millier de Trifluviens ont marché contre le racisme, samedi après-midi.

Un millier de Trifluviens marchent contre le racisme

Trois-Rivières — Belge d'origine congolaise, Anne-Madeleine Kabasela est à Trois-Rivières depuis 2002. Elle confie avec émotion que pour une fois elle est «contente de faire partie d'une minorité». C'est qu'ils sont environ un millier de Trifluviens – d'origines et d'adoptions – à être venus marcher à ses côtés, samedi après-midi, solidaires, bravant les avertissements d'orages violents et la menace sourde de la contagion, pour dire non au racisme et pour signifier leur indignation face à la mort par asphyxie d'un afro-américain, George Floyd, sous le genou d'un policier, le 25 mai dernier au Minnesota.

La planète est en ébullition et l'on continuait de marcher et de manifester un peu partout, samedi, pour dénoncer l'innommable. Trois-Rivières n'allait pas faire exception. Les coudes serrés et le visage masqué, des jeunes et des moins jeunes, des acteurs de la classe politique, «des blancs, des noirs, des jaunes, des rouges», comme l'imagera Viviane Michel, présidente de Femmes autochtones du Québec, ils ont marché dans un silence éloquent. Pas de slogans, peu de pancartes, seulement une foule résolue et soudée autour d'une même cause, répondant à l'invitation du Regroupement des Amazones d'Afrique et du Monde, instigateur du rassemblement.

Le cortège s'est mis en branle devant l'Université du Québec à Trois-Rivières, sur les coups de 14 heures. Il s'est dirigé vers l'hôtel de ville, où on a présenté une mosaïque faite de photos de Trifluviens noirs, dont l'ensemble représentait le profil d'une femme au profil africain. On pouvait y lire «Très accueillante», clin d'œil au slogan promotionnel de la Ville. Le maire de Trois-Rivières, Jean Lamarche, le ministre des Affaires étrangères et député de Saint-Maurice-Champlain, François-Philippe Champagne, auront notamment pris la parole, s'attirant l'approbation de la foule quand ils ont tour à tour souligné que le racisme n'avait pas sa place à Trois-Rivières, en Mauricie ou nulle part ailleurs.

Le cortège s'est mis en branle devant l'Université du Québec à Trois-Rivières.
Genou au sol et poing levé.

La foule s'est ensuite dirigée vers le bureau de circonscription de la députée fédérale de Trois-Rivières, Louise Charbonneau, où on a à nouveau gardé une minute de silence, poing levé et genou au sol. «Non au racisme», a scandé la foule pour rompre le silence, avant de se disperser.

Prise de conscience

Le choix de l'UQTR comme point de départ de la marche n'était sans doute pas fortuit. L'université accueille un contingent important d'étudiants étrangers. «Entre 12% et 15% de notre population étudiante», souligne Daniel McMahon, recteur de l'institution. Des étudiants qui paient d'ailleurs le fort prix pour avoir le privilège d'étudier au Québec, soit de 3 à 4 fois les frais d'inscription des étudiants québécois. Daniel McMahon déclare que l'UQTR se fait un point d'honneur d'accueillir cette portion de sa clientèle et de lui offrir le soutien nécessaire à son intégration. Il dit ne pas avoir eu d'écho d'incidents racistes depuis qu'il est en poste. Il tenait néanmoins à être là au départ de la marche pour donner son appui à la cause.

«Entre 12% et 15% de notre population étudiante», souligne Daniel McMahon, recteur de l'UQTR.

Anne-Madeleine Kabasela parle pour sa part d'un phénomène sournois, mais bel et bien palpable. «Les gens me demandent systématiquement d'où je viens. On est toujours incrédule quand je dis que je suis Belge. Comme si on ne pouvait pas être Belge et Noire à la fois», souligne-t-elle. Si le phénomène n'est pas blessant ou mal intentionné, convient-elle, il finit par être agaçant et sa répétition place l'autre en position d'exclusion, se désole la Trifluvienne.

Venue marcher avec ses fils, Anne-Madeleine Kabasela décrit le racisme comme un phénomène sournois.

De leur côté, tant François-Philippe Champagne que Jean Lamarche évoquent une prise de conscience et la nécessité d'éradiquer le racisme. Or, on ne semble pas en mesure pour l'instant de parler de gestes concrets ou de plan d'action visant à matérialiser cette volonté. Le ministre des Affaires étrangères dira que «la conscience, c'est déjà une chose». Il soutient que tous ont droit à une chance égale, mais que nous n'en sommes malheureusement pas encore là. Le maire de Trois-Rivières maintient pour sa part que la ville est «culturellement ouverte», mais qu'il faut «demeurer vigilant».

François-Philippe Champagne, député de Saint-Maurice-Champlain et ministre des Affaires étrangères du Canada, et Jean Lamarche, maire de Trois-Rivières, parlent d'une prise de conscience et de la nécessité d'éradiquer le racisme.

Rencontré à la fin de la manifestation, le directeur du Service d'accueil des nouveaux arrivants de Trois-Rivières (SANA), Ivan Suaza, laissait deviner un sourire derrière son masque. «C'est incroyable la réponse des gens de Trois-Rivières, mais ça ne me surprend pas», s'exclame-t-il. Les Trifluviens sont solidaires et accueillants, affirme celui qui a adopté la Mauricie il y a 20 ans. Mais, conclut-il, «un seul raciste est un raciste de trop».

Pour Ivan Suaza, directeur du Service d'accueil des nouveaux arrivants de Trois-Rivières (SANA), «un raciste est un raciste de trop».