Le maire de Trois-Rivières, Yves Lévesque.

Un maire désabusé

TROIS-RIVIÈRES — On le savait déjà intéressé par une possible candidature au fédéral chez les conservateurs. On l’a senti beaucoup moins présent sur le terrain durant la période estivale. Mais le maire de Trois-Rivières Yves Lévesque ne cache plus son essoufflement. S’il devait revenir en arrière aujourd’hui, il ne se représenterait pas aux élections municipales.

En entrevue téléphonique, mercredi matin, il a été on ne peut plus clair. «Vous me posez la question si je me représenterais si les élections avaient lieu maintenant? Sachant ce que je sais aujourd’hui, la réponse c’est non», a-t-il lancé.

Invité à clarifier sa pensée et à élaborer sur le sujet, le maire a toutefois refusé de s’avancer outre mesure sur une ou plusieurs raisons qui le pousseraient à cette réflexion, même si par le passé il a maintes fois manifesté son exaspération face à la nouvelle dynamique au conseil municipal.

«Je commenterai en temps et lieu si j’ai à le faire. Vous verrez bientôt, et vous verrez à l’adoption du budget», a-t-il seulement déclaré.

On se souviendra que le maire a souvent dénoncé l’ambiance qui règne au conseil municipal depuis l’élection de novembre 2017, où il a échappé cette majorité qui lui était pratiquement toujours fidèle.

Désormais, la majorité des membres autour de la table ont indiqué leur intention d’amener une nouvelle façon de travailler à l’hôtel de ville, ce qui n’a pas été sans amener certaines confrontations depuis les derniers mois.

On n’a qu’à penser au gel de taxes municipales lors du dernier budget, une mesure qui ne plaisait pas au maire qui jugeait cette décision irresponsable.

Plus récemment, l’échec de la vente du stationnement Badeaux à des intérêts privés a également exaspéré le premier magistrat, qui dénonce depuis plusieurs mois qu’il se fait de la «microgestion» au conseil municipal, et qu’il ne s’agit pas là du rôle que devrait jouer un élu municipal, «qui n’est pas un fonctionnaire mais un membre de conseil d’administration», ajoute-t-il.

Réactions
Sa déclaration n’a pas été sans faire réagir certains conseillers municipaux, qui estiment que si le maire n’est plus à l’aise avec les façons de faire, il devra prendre une décision et l’assumer.

«Il a des décisions à prendre, ça lui appartient. Mais soit il continue de marcher à contre-courant de la majorité et reste malheureux, soit il change d’attitude et choisit de travailler en collaboration pour le bien de la Ville. Sinon, qu’il démissionne. Mais c’est à lui de prendre une décision et de l’assumer complètement», constate le conseiller du district des Estacades, Pierre-Luc Fortin.

Son collègue du district des Rivières, Claude Ferron, constate déjà que le maire est plutôt absent de l’hôtel de ville et surtout des différents comités de travail sur lesquels il devrait normalement siéger. «Je me demande comment il peut démoniser ce qui s’en vient au budget, car il n’assiste même pas aux réunions. Nous avons fait des réunions de travail cet été qui ont été très constructives, et il n’y était même pas. Ce serait minimalement intéressant qu’il soit là. Mais s’il n’a plus le goût d’être là, qu’il quitte», croit Claude Ferron.

Pour Pierre-Luc Fortin, l’objectif du nouveau conseil est d’abord et avant tout de travailler ensemble pour le bien des contribuables. «On veut faire un travail collectif, on veut travailler ensemble. Oui, nous travaillons le budget en amont, nous avons eu une importante rencontre en juillet pour ça et pour le Plan triennal d’immobilisations, mais il ne s’est pas présenté à cette rencontre. Que peut-il présumer?», se demande Pierre-Luc Fortin.