Le président par intérim de la section locale 9700 du Syndicat des Métallos, Éric Drolet.
Le président par intérim de la section locale 9700 du Syndicat des Métallos, Éric Drolet.

Un lock-out était déclenché à l’ABI le 11 janvier 2018: retour au travail complété... 200 employés en moins

Bécancour — Le 10 janvier 2018, les 1033 travailleurs syndiqués de l’Aluminerie de Bécancour étaient loin de se douter que la nuit suivante, ils seraient sous le coup d’un lock-out décrété par l’employeur et que surtout, ils seraient confinés à l’extérieur de l’usine pendant un an et demi. Or, avec la fin du conflit survenu au cours de l’été 2019, voilà que le retour au travail est maintenant complété. Sauf que l’ABI ne compte plus que 837 salariés, à la suite de nombreux départs à la retraite et de démissions.

«Bien que nous n’ayons pas l’intention de fournir des mises à jour sur le processus de redémarrage, nous sommes dans les temps pour compléter le redémarrage au deuxième trimestre de 2020. Tous les employés syndiqués aptes au travail seront de retour à l’aluminerie d’ici la mi-janvier», a d’ailleurs confirmé au Nouvelliste la conseillère en communications à l’ABI, Julie Dubé.

Non seulement tous ceux qui étaient sur la liste de rappel devaient-ils retrouver leur boulot cette semaine, mais de nouvelles embauches sont même prévues lundi prochain.

«Au niveau des cuves, ça suit le processus. C’est plus lent que ce qu’on voudrait. C’est sûr qu’il y a eu des petites embûches au niveau technique et on s’y attendait. Quand on repart une usine, ce n’est jamais aussi simple qu’on peut l’établir sur papier, il y a toujours des petites affaires qui arrivent, c’est normal pour n’importe quelle usine qui passe par ça», confie le président par intérim de la section locale 9700 du Syndicat des Métallos, Éric Drolet. Il a succédé à Clément Masse, qui a démissionné à la suite de l’acceptation des offres patronales.

À l’intérieur, «c’est sûr que tout le monde est éparpillé un peu partout», souligne-t-il. «Les gens ne travaillent pas nécessairement dans leur secteur habituel. C’est normal, on est en situation de démarrage, il y a des gens qui ne travaillent pas sur leur horaire habituel. Ça amène un petit peu de désagréments, mais les travailleurs syndiqués ont une bonne attitude quand même dans la situation, ils comprennent qu’il faut que tout le monde mette l’épaule à la roue pour repartir l’usine», raconte M. Drolet.

«C’est sûr qu’il faut s’adapter, l’employeur aussi a à s’adapter là-dedans. Parfois, on aimerait qu’il s’adapte plus vite, mais après un long conflit comme le nôtre, il faut prendre le temps de prendre le temps. En général, le climat est quand même bien. C’est plutôt dans les petits détails que c’est plus compliqué. Il y a des irritants, ce qui est normal», avoue-t-il.

Par ailleurs, chaque syndiqué se fait maintenant amputer une certaine somme d’argent sur son chèque de paie pour rembourser une partie des allocations reçues durant le conflit. «Considérant ce qu’on a réussi à avoir et le soutien que les gens ont eu pendant tout le conflit, c’est plutôt raisonnable», a fait savoir le président syndical.

Interrogé à savoir si l’entreprise avait l’intention de procéder à des investissements majeurs à Bécancour, M. Drolet admet n’avoir aucune information à ce sujet. «Il est prévu qu’on se rencontre par rapport à ça, de façon indirecte, à savoir c’est quoi le plan», a-t-il indiqué.

Avec le recul, le long combat mené par les syndiqués en valait-il le coût? «Oui, ça vaut toujours la peine de le faire. La preuve, c’est qu’ils ont toujours dit que c’est une offre finale et globale à toutes les fois et à toutes les fois, ils en redonnaient encore. À toutes les fois ou presque, ils rappelaient Clément pour savoir qu’est-ce que ça prendrait pour que ça passe», fait-il remarquer.

Et si les travailleurs ont finalement accepté les offres l’été dernier, c’est en raison, dit-il, «des menaces qui se sont faites avec tambour et trompette».

«On ne se le cachera pas, c’est ce qui est arrivé la dernière fois. Vient un moment où il y a une ligne qu’on traverse dans un conflit. Certains vont l’atteindre au bout de six mois, d’autres au bout d’un an. Delastek, ça a pris trois ans avant que ça se règle. À un moment donné, le conflit se déplace dans la chambre à coucher, la table de cuisine et c’est là souvent que le vent vire de bord», explique M. Drolet.

D’ailleurs, ce dernier reconnaît que le lock-out fut très coûteux au plan humain. «Je pense que c’est l’aspect où l’employeur semble avoir le moins d’empathie dans le retour au travail. Ils n’ont pas l’air de connaître les dégâts qu’il a pu y avoir pour chacun des travailleurs, leur famille et leurs enfants. Ils l’ont sous-estimé», a-t-il conclu.