L'Alliance des chrétiens en droit s'oppose à la requête de Ginette Leblanc concernant le suicide assisté.

Un groupe religieux se dresse devant Ginette Leblanc

Ginette Leblanc, cette Trifluvienne de 47 ans qui demande le droit au suicide assisté, connaît des premières embûches de taille dans son projet d'être entendue en Cour suprême du Canada.
Le 9 décembre dernier, l'Alliance des chrétiens en droit, dont le siège social est en Ontario, a en effet déposé une demande en Cour supérieure du Québec pour demander à cette dernière de rejeter la demande de Mme Leblanc et de «refuser d'accorder toutes les conclusions de sa demande».
L'Alliance des chrétiens en droit (Christian Legal Fellowship), qui regroupe plus de 500 membres actifs représentant plus de 30 confessions chrétiennes, demande à être «intervenante» dans ce dossier.
Elle estime qu'elle a «intérêt à intervenir dans la présente instance à cause de son expérience en matière semblable, à cause de l'importance des questions soulevées dans la présente cause pour la société québécoise et canadienne et à cause de l'importance pour cette Cour d'entendre le point de vue des citoyens croyants sur ces questions.»
Ginette Leblanc, rappelons-le, est atteinte de sclérose latérale amyotrophique, une maladie dégénérative pour laquelle il n'y a pas de cure connue.
Il y a quelques mois, un procureur de Trois-Rivières, Me René Duval, lui aussi un habitué de ces grandes causes, a offert de la représenter gratuitement afin de porter la cause en Cour suprême du Canada.
Me Duval a l'intention de faire déclarer inconstitutionnel l'article 241 (b) du Code criminel selon lequel il est illégal d'aider une personne à se donner la mort, peu importe le motif.
L'intervention de l'Alliance, si elle est acceptée par la cour, lui met toutefois des bâtons dans les roues; aussi entend-il s'objecter «vigoureusement, le 27 janvier, à ce qu'on leur accorde le statut d'intervenant.»
Ginette Leblanc connaîtra de nombreuses et pénibles souffrances avant de décéder des suites de sa maladie. Elle sait notamment que viendra un moment où elle n'aura plus le contrôle de son corps et donc de ses mouvements, tout en conservant sa pleine conscience.
Afin d'éviter cette fin horrible, Mme Leblanc espère obtenir des médecins les interventions nécessaires à sa mort au moment où son existence deviendra trop insupportable.
L'Alliance des chrétiens estime que ce genre de requête a déjà été réglée une fois pour toutes par la Cour suprême dans la célèbre cause de Sue Rodriguez, en 1993.
L'Alliance plaide aussi qu'il est «mal de tuer intentionnellement et qu'un des principes qui sous-tend le droit canadien est le respect de la vie humaine.»
Cette organisation chrétienne estime que l'abolition de la protection offerte par l'article 241 (b) «aurait des conséquences néfastes pour plusieurs et surtout pour des personnes vulnérables. La légalisation du suicide assisté établira une culture qui dévalue la vie de ces personnes vulnérables et qui encourage leur élimination», estime-t-elle.
L'Alliance a l'intention de démontrer que les moyens d'éviter les abus, à ce chapitre, n'ont pas toujours fonctionné.
L'Alliance estime aussi que le changement de la loi mettrait en péril la protection de la conscience des membres du personnel soignant. Le droit constitutionnel, ajoute-t-elle, «impose au gouvernement fédéral une obligation de maintenir une prohibition légale contre l'euthanasie et le suicide assisté».
L'Alliance croit qu'elle «pourra aider la cour à adresser (sic) ces questions».
L'avocat de Mme Leblanc reconnaît que l'Alliance veut s'opposer à sa démarche de décriminalisation du suicide assisté. Il craint que cette intervention à saveur religieuse fasse déraper le débat.
«Je ne vois pas ce qu'eux pourraient apporter d'autre que des considérations d'ordre moral et théologique qui n'ont pas leur place dans le débat qui nous intéresse», dit-il.
«La question ici est purement légale. Je ne veux pas que des minorités ou même une majorité de gens qui ont une opinion différente de Mme Leblanc, pour des raisons morales, viennent brouiller la donne en faisant dériver les débats vers des considérations qui, à mon avis, n'ont aucune espèce de pertinence. Cette question du suicide assisté», insiste-t-il, «ne regarde pas Dieu, les chrétiens, les catholiques ou n'importe quelle autre religion».
Si la Cour reconnaît l'Alliance des chrétiens en droit comme intervenante dans cette cause, Me Duval craint que cela «fasse dériver le débat vers des considérations qui n'ont pas leur place».