L'ancien premier ministre du Québec, Bernard Landry

«Un grand patriote»

Trois-Rivières — La grande famille souverainiste de la région pleure l’ancien premier ministre du Québec, Bernard Landry. Ses anciens collègues se souviennent tous d’un homme animé par son rêve d’indépendance nationale et son amour profond du Québec.

«Il était un grand patriote», affirme d’emblée l’ancien député de Trois-Rivières et ministre péquiste, Guy Julien, qui connaissait Bernard Landry depuis la fin des années 70. «Il était un homme d’État. Il avait une tenue et une prestance. [...] C’est une grande perte pour le mouvement souverainiste.»

Le parcours politique d’Yves Duhaime, élu député de Saint-Maurice pour la première fois en 1976, est étroitement lié à celui de Bernard Landry. «Le Québec perd un grand patriote... et je perds un grand ami», confie-t-il. 

L’amitié entre les deux hommes est née lorsqu’ils étaient tous deux dans la jeune vingtaine. «Nous étions deux officiers de l’armée et nous sommes par la suite allés tous les deux étudier à l’Institut des sciences politiques de Paris», raconte M. Duhaime, également ancien ministre des Finances. «Il était un homme d’une grande passion et de conviction. Bernard Landry était aussi d’une impeccable intégrité.»

Bernard Landry lors d’une visite du bureau du député de Nicolet-Yamaska, Michel Morin.

L’ancien député de Nicolet-Yamaska, Michel Morin, a accueilli la nouvelle du décès de Bernard Landry avec émotions. Profondément attristé, il tenait malgré tout à lui rendre hommage. «C’est une journée triste pour le Québec... et pour moi aussi», mentionne la gorge nouée par l’émotion l’ancien député péquiste. «J’avais et j’ai toujours beaucoup d’admiration pour M. Landry.»

À la suite du départ de Lucien Bouchard, Bernard Landry a demandé à Michel Morin s’il voulait l’appuyer pour la direction du parti. Pour le remercier de cet appui, Bernard Landry a nommé Michel Morin au poste de whip. «Je l’appelais tout le temps à sa fête le 9 mars. C’est lui qui m’a choisi comme whip. C’était le 8 mars 2001 et sa fête était le lendemain. Je n’oublierais jamais ça», confie l’ancien député de Nicolet-Yamaska.

Bernard Landy répétait souvent qu’il souhaitait faire entrer le Québec au concert des nations. «C’était son Notre Père», souligne avec admiration Michel Morin. «Je suis convaincu qu’il est mort toujours animé par ce rêve. Et ce rêve, il nous le partageait bien. M. Landry disait que ce n’est pas à gauche ou à droite, c’est en avant la liberté des peuples, la reconnaissance du Québec à l’ONU, il y croyait et je suis convaincu qu’il y croyait jusqu’à la mort.»

Membre du premier gouvernement péquiste aux côtés de René Lévesque et de Bernard Landry, Jean-Pierre Jolivet déplore «une grande perte pour le Québec.»

«Il mettait la patrie avant le parti», soutient l’ancien député de Laviolette et ministre péquiste. «Il a apporté beaucoup à la société québécoise.»

L’ancienne députée de Champlain, Noëlla Champagne, en compagnie de Bernard Landry en 2003.

Députée de Champlain sous Bernard Landry de 2003 à 2005, Noëlla Champagne avoue que son décès «est tout un choc». «Le mouvement souverainiste perd l’homme le plus convaincu que j’ai connu», mentionne Mme Champagne.

«Il était un indépendantiste argumenté. Il a été un des meilleurs communicateurs qu’on a pu avoir. [...] M. Landry fait partie des gens qui vont avoir laissé une marque indélébile dans l’histoire du Québec. Et il était inspirant.»

L’auteur et ancienne candidate péquiste dans Trois-Rivières Djemila Benhabib s’était lié d’amitié avec Bernard Landry. «C’était un grand patriote, un homme de savoir et de culture, ouvert sur le monde. Il était très préoccupé par la question du rayonnement de l’indépendance auprès de la diversité. Il répétait souvent que l’indépendance n’est pas une race, mais une conviction», souligne-t-elle. «Désormais, il fait partie de mon héritage. Il est une source d’inspiration et réconfort.»

L’ancien premier ministre Bernard Landry lors d’une visite de l’usine Wayagamack-Kruger en 2003.

L’empreinte économique de Bernard Landry

Guy Julien estime que Bernard Landry a également «profondément marqué l’histoire économique du Québec». «Il était aussi un gars de région. Il s’est assuré que le développement de la technologie ne soit pas concentré à Montréal», note-t-il.

«Il nous avait donné aussi un bon coup de main avec les pâtes et papiers, lors de l’acquisition par Kruger de la Wayagamack.»

L’ancien ministre des Finances du Québec, Yves Duhaime, rappelle que Bernard Landry a joué un rôle important dans la création de l’ABI. Le Québec avait investi, rappelle M. Duhaime, plus de 500 millions $ pour obtenir 30 % des parts de l’aluminerie. Bernard Landry a aussi une part importante dans la fondation du Fonds de solidarité de la FTP et de la CSST. «On a travaillé  à bâtir le Québec», affirme Yves Duhaime.  

De son côté, Michel Morin rappelle l’importance du rôle qu’a joué Bernard Landry dans la rénovation de l’École nationale de police de Nicolet. «On lui doit beaucoup à Nicolet. Il a permis la restauration de la vieille partie de l’école qui avait brûlé plusieurs années auparavant. Et c’est lui qui a renommé l’Institut de police en École nationale de police.»

Jean-Pierre Jolivet se souvient aussi du rôle qu’à joué Bernard Landry, alors ministre des Finances sous Lucien Bouchard, dans la modernisation des grandes estrades du Festival western de Saint-Tite.