La Dre Caroline Marcoux-Huard

Un enfant de 2 ans sur quatre n’a pas reçu tous ses vaccins

Trois-Rivières — Alors que les cas de rougeole font régulièrement les manchettes dont à Montréal au cours des derniers jours, ils remettent du même coup sur le tapis l’importance de la vaccination, qui continue toutefois de susciter la controverse via les réseaux sociaux, comme on a pu le constater vendredi avec la polémique concernant le professeur de l’UQTR Christian Linard.

En Mauricie et au Centre-du-Québec, un enfant de deux ans sur quatre n’a pas reçu tous les vaccins recommandés. En effet, le taux de couverture vaccinale complète est de 74,4 %, ce qui est quand même supérieur à la moyenne provinciale qui s’élève à 69 %. Mais c’est toutefois nettement en dessous de la cible visée qui est de 95 %.

«Est-ce que c’est satisfaisant? Je dirais qu’on veut tendre à s’améliorer de ce côté», note Caroline Marcoux-Huard, médecin-conseil à la santé publique du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ).

Notons aussi que ce pourcentage ne touche que les enfants qui ont reçu au moins un vaccin. Les bambins qui n’en ont eu aucun ne figurent pas dans ces statistiques. Le taux de couverture vaccinale complète est donc assurément inférieur à 74,4 %.

Il reste qu’au cours des dernières années, la proportion des enfants recevant leur première dose de vaccination de base a connu une nette amélioration dans la région. Ainsi, la proportion des petits recevant leur première dose de Men-C-C (Méningite) dans les délais prescrits est passée de 75 % à 83,5 % depuis 2015. Pour ce qui est du RRO-Var (rougeole-, rubéole, oreillon et varicelle), la proportion a augmenté de 65,3 % à 78,1 % durant la même période. Finalement, le taux concernant le vaccin DCaT-HB-VPI-Hib (Diphtérie, coqueluche, tétanos, hépatite B, Poliomyélite, Hémophilus influenzae) se situe au-dessus de 90 % depuis 2015.

Un enfant de 2 ans sur quatre n’a pas reçu tous les vaccins recommandés dans la région.

Mais le discours anti-vaccin prend de l’ampleur sur les réseaux sociaux, ce qui est inquiète les autorités de la santé. D’ailleurs, comme le rapportait La Presse, jeudi, l’Agence de la santé publique du Canada mène une campagne pour contrer la désinformation concernant la vaccination sur les réseaux sociaux. Pour ce qui est de la rougeole, un cas a été signalé la semaine dernière chez un employé du Centre universitaire de santé McGill (CUSM). Deux cas ont été rapportés à Ottawa. New York va même obliger la vaccination contre la rougeole dans certains quartiers à la suite d’une éclosion.

Dans la région, la dernière éclosion de rougeole remonte à 2011, alors que 499 personnes avaient été touchées. En 2018, il n’y a eu aucun cas. Ces dernières années, c’est surtout la coqueluche qui circule. En 2015, il y a eu 420 cas, en 2016, 244 et en 2018, 44. «En 2015-2016, ça a vraiment été notre pic pour la coqueluche. C’est une maladie qui va continuer à circuler avec des éclosions qui vont être cycliques aux quatre à cinq ans. On peut donc s’attendre à avoir de nouvelles vagues de coqueluche. Ce sont surtout les enfants de moins d’un an qui sont les plus vulnérables. Elle provoque une toux en quinte qui peut causer jusqu’à un manque de souffle et empêcher l’enfant de respirer. Ça peut causer des pneumonies, des otites. Elle peut conduire jusqu’au décès», explique la Dre Marcoux-Huard.

Les raisons pour lesquelles certaines personnes tournent le dos à la vaccination sont multiples. Elle est un peu victime de son efficacité, selon la Dre Marcoux-Huard. «Il y a la perception des risques qui sont associés à la maladie. On voit de moins en moins circuler des maladies qui sont évitables par la vaccination, ça peut donner l’impression que ces maladies n’existent plus alors que ce n’est pas le cas. En ne voyant pas ces maladies, on a l’impression qu’on est protégé et qu’on n’est pas à risque. Dans la région, on a vécu une éclosion de rougeole en 2011 et on sait que la coqueluche continue à circuler de façon cyclique. On a revu des cas de rougeole, d’oreillons au niveau de la province. Il faut se rappeler qu’elles peuvent continuer à circuler, et qu’on a intérêt à se protéger, et du même coup, à protéger les autres, et ça c’est important.»

Par exemple, depuis la vaccination systématique des enfants contre les infections invasives à pneumocoque en 2004, ces dernières ont diminué d’environ 75 % chez les petits de moins de 5 ans et particulièrement dans le groupe des 6 à 23 mois, selon des données du ministère de la Santé et des Services sociaux. En ce qui concerne la varicelle, les hospitalisations ont diminué de 85 % entre 2001‑2005 et 2009‑2012, et même de 94 % chez les enfants de 1 à 2 ans. De plus, la méningite à Hæmophilus influenzæ de type b, qui était la principale cause de méningite bactérienne chez les enfants de moins de 5 ans, est maintenant devenue rare.

Un nouveau phénomène a aussi vu le jour: la vaccination à la carte. «Les parents peuvent choisir certains vaccins mais en refuser d’autres. Si on prend les vaccins individuellement, on a quand même des couvertures vaccinales qui s’approchent de notre cible, mais quand on regarde à 24 mois si un enfant a reçu tous les vaccins qui sont recommandés, ça chute. Ça peut nous laisser penser qu’il y a des parents qui font beaucoup de vaccination à la carte.»

La Santé publique tente d’améliorer le taux de vaccination de diverses façons. Il peut s’agir d’en améliorer l’accessibilité ou d’en faire la promotion auprès des mamans le plus tôt possible. Il reste qu’il y a des irréductibles qui s’y opposent systématiquement. La Santé publique ne tente d’ailleurs pas de convaincre ces opposants, elle préfère en faire valoir les bienfaits à ceux qui sont hésitants. «On estime qu’il y a environ 5 % des gens qui sont vraiment anti-vaccins, et ils ont certainement une voix qui peut être très forte. Pour aborder ces personnes, on participe plus à des efforts provinciaux, c’est plus un enjeu provincial. Mais nos énergies sont beaucoup plus axées sur les personnes qui hésitent et qui ont besoin d’un peu plus d’information et d’un accompagnement dans ce processus.»

L’importance de la vaccination est indéniable pour soi mais aussi pour les autres, répète la Dre Marcoux-Huard. «L’expérience nous a montré qu’une diminution des couvertures vaccinales va amener une résurgence des maladies. C’est un moyen efficace de se protéger contre des maladies qui peuvent avoir des conséquences graves, et même pour des maladies pour lesquelles on n’a même pas de traitement médical. Il y a aussi le fait que de se faire vacciner permet de protéger les autres, parce qu’il y a certaines personnes dans la communauté qui ne peuvent pas recevoir des vaccins pour diverses raisons.»