Malgré l'hiver qui s'éternise, les érables coulent.

Un départ en dents de scie pour la saison des sucres

Qu'on parle à des producteurs de la Mauricie ou du Centre-du-Québec, l'histoire est la même, ces jours-ci. La saison des sucres démarre en dents de scie et il est impossible de prévoir si elle sera aussi bonne que l'an dernier.
À la cabane à sucre Ginette et Marcel Leblanc de Saint-Prosper, on raconte que «les coulées se sont faites davantage au mois de février» alors que la région a connu un redoux exceptionnel.
«Ceux qui n'étaient pas prêts, à ce moment-là, ont perdu de bonnes coulées», raconte Ginette Leblanc. «Mais en mars», un mois marqué par les températures froides, «ça n'a pas été fort», dit-elle.
La cabane aux allures familiales sympathiques a pu ouvrir ses portes dès le 11 mars malgré tout.
À la cabane à sucre Denis Bédard de Saint-Stanislas, où près de 20 000 érables sont entaillés, on observe le même phénomène.
«Ça coule, ça arrête. Ça coule, ça arrête», résume M. Bédard. «On joue au yo-yo. Ça arrive que ça fasse ça un peu, mais là, ça fait plusieurs fois qu'on fait ça avec le froid qu'on a eu.»
«En février, on a fait un peu de sirop», dit-il.
«On est rendu où, avec la température?» se questionne le producteur.
Ce dernier remarque que ses érables ont de drôles de réactions.
«Quand il est pour y avoir du mauvais temps, les érables deviennent fous et ils coulent», dit-il en les comparant à des enfants qui deviennent énervés la veille d'une tempête. «C'est pareil.»
Pour l'instant, le producteur n'arrive pas à voir la tendance et ne peut prédire si la saison sera généreuse. «C'est difficile à dire. Les sucres, ça peut se faire en une semaine», fait-il valoir.
Les producteurs s'entendent pour dire que malgré tout, on n'est pas en retard.
Fanny Prince, copropriétaire de l'Érablière Prince de Saint-Wenceslas, prévoit que la saison prendra vraiment son envol cette semaine puisqu'on annonce des températures idéales pour faire monter la sève dans les érables, soit nettement au-dessus du point de congélation le jour et sous zéro la nuit.
«Pâques est tard», rappelle-t-elle, signe que la saison va finir tard.
«Le printemps va arriver. Il ne faut pas s'en faire avec ça», dit-elle, heureuse qu'il fasse froid, «parce que dans les cuisines, il fait chaud.»
L'entreprise familiale reçoit en effet 10 000 clients en six semaines, dont beaucoup de groupes scolaires.
Ici aussi, on a commencé à recevoir des groupes et le carnet de réservations est plein. «On a fait 6 ou 7 barils jusqu'à présent. Beaucoup en ont fait en février. Nous n'étions pas encore entaillés et on ne s'est pas énervé avec ça.»
Pour elle, la production actuelle de ses 6700 entailles lui permet de penser que la récolte pourrait être aussi bonne que l'an dernier, «mais on préfère que la récolte soit devant nous plutôt que derrière nous parce que les gens aiment voir» les travaux de la cabane à sucre, notamment l'eau d'érable en train de bouillir.
«Ça fait partie de l'expérience», fait valoir Mme Prince.
Alors que nombreux sont ceux et celles qui ont hâte de voir les premières tulipes émerger de la terre, Fanny Prince estime que la neige qui persiste permet aux gens de faire des balades de traîneau dans la magnifique forêt familiale, ce qui ne serait pas possible avec des roues, dit-elle.
Évidemment, la neige permet aussi de faire de la tire sur neige. Bref, ceux qui veulent profiter pleinement de la tradition ont intérêt à ne pas être trop pressés de voir le soleil du printemps triompher du Bonhomme hiver.
Notons que la Mauricie et le Centre-du-Québec produisent à elles seules 13 % du sirop d'érable du Québec selon le MAPAQ.
Selon la Fédération des producteurs acéricoles du Québec, la Mauricie compte 75 entreprises acéricoles en production (en 2015), soit 510 585 entailles produisant en moyenne 2,39 livres de sirop chacune tandis que le Centre-du-Québec en compte 738 entreprises comptant 4 062 337 entailles produisant chacune 2,45 livres.