André Fortin en compagnie de quelques jeunes et intervenants de l’organisme Autonomie Jeunesse.
André Fortin en compagnie de quelques jeunes et intervenants de l’organisme Autonomie Jeunesse.

Un défi en déambulateur pour un homme de 92 ans!

Brigitte Trahan
Brigitte Trahan
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Le 8 octobre, André Fortin entreprendra un défi hors norme. Jusqu’au 23 décembre, il marchera en effet un kilomètre chaque jour, beau temps, mauvais temps, au profit d’une cause qui lui tient beaucoup à cœur, l’éducation des jeunes. Précisons d’entrée de jeu que le Trifluvien, originaire de Baie-Saint-Paul, a 92 ans et qu’il se bat contre la maladie de Parkinson depuis 5 ans.

Son défi de 50 jours (car il ne marchera que du lundi au vendredi inclusivement), vise à amasser des fonds qui seront versés à l’organisme Autonomie Jeunesse de Trois-Rivières, une école de la dernière chance pour les jeunes décrocheurs qui ont décidé de se reprendre en main.

Malgré les années qui pèsent sur ses épaules et la maladie, André Fortin reste une force de la nature par sa très grande détermination. Il dira de lui-même qu’il a la tête dure, ce qui fait bien rire son épouse avec qui il partage sa vie depuis 64 ans. Avoir la tête dure, toutefois, ça peut parfois être salutaire. Dès le diagnostic de sa condition, M. Fortin s’est en effet mis à marcher plus que jamais pour éviter de perdre de la masse musculaire et de se retrouver en fauteuil roulant. «J’ai toujours marché, quand j’enseignais. Chaque fois que j’allais marcher, le soir, je me disais que je venais d’allonger ma vie d’une demi-heure», raconte-t-il.

Enseignant pendant 16 ans dans plusieurs écoles, puis directeur des services éducatifs pour l’ancienne commission scolaire Samuel-de-Champlain jusqu’à sa retraite, André Fortin aime les jeunes.

Même s’il est capable de parcourir de bonnes distances sur ses deux jambes, il entend utiliser son fidèle déambulateur pour réaliser son défi, question de pouvoir mieux affronter les intempéries qui s’abattront immanquablement au fil de ses sorties quotidiennes, pluie, vents, grands froids et neige. «C’est sûr que je n’irai pas à l’extrême. S’il fait - 50⁰C, je n’irai pas. Mais à – 40⁰C je pourrais», fait-il valoir avec l’humour qui le caractérise. Et s’il y a une grosse tempête, «je vais attendre que les routes soient ouvertes».

Plus sérieusement, au cours de l’entrevue à laquelle plusieurs jeunes d’Autonomie Jeunesse sont présents, il souligne que «les défis sont faits pour être vaincus et il faut les relever le plus loin que l’on peut.»

Pour lui, le simple fait de marcher est devenu un défi quotidien très difficile. Il y a deux ans, alors que la maladie de Parkinson se faisait plus intense, on lui avait proposé d’utiliser une canne. «Je n’ai pas voulu accepter ça.» M. Fortin avoue qu’il est tombé trois ou quatre fois en perdant l’équilibre sans toutefois se blesser gravement, fort heureusement, si ce n’est quelques muscles étirés. «Je me guérissais à marcher», raconte-t-il. «À force de marcher, on renforce notre équilibre», dit-il.

Pour ces jeunes qui tentent de terminer leur secondaire, les yeux rougis par son témoignage émouvant, le message peut être appliqué à leur propre projet de vie.

Même s’il arrive à marcher sans aide, les choses sont loin d’être parfaites pour André Fortin. Malgré tout, il ne perd pas espoir. «Ça va venir. J’ai encore du temps», dit-il, «mais si j’arrête de marcher trois jours, j’ai bien de la misère. J’ai moins de force. L’hiver, les bottes, c’est pesant», constate-t-il. «Alors je marche quand même.»

Le marcheur s’aidera d’un déambulateur pour mieux affronter les intempéries.

Certain de réussir son exploit, parce qu’il l’a «dans le tête», dit-il, André Fortin pointe un à un les jeunes présents au moment de l’entrevue. «Le monde a besoin de toi, de toi et de toi», dit-il.

Plus jeune, André Fortin a fait 56 métiers assez durs physiquement qui l’ont convaincu de s’instruire pour améliorer son sort.

Autonomie Jeunesse est basé à Trois-Rivières et occupe deux bâtiments. L’un d’eux sert à héberger 11 jeunes hommes et femmes de 16 et 25 ans qui veulent reprendre leur vie en main et l’autre, le centre de jour, est un lieu de formation où une vingtaine de jeunes peuvent terminer leurs études secondaires. «On est là pour combler un trou dans le panier de services de la Santé et des Services sociaux», explique la directrice, Micheline Gauthier.

L’organisme aide les jeunes après un passage en famille d’accueil ou en centre de réadaptation, des jeunes «qui n’ont peu ou pas de filet social ou familial», explique-t-elle.

Lorsque le service a ouvert ses portes, en 2003, il accueillait surtout des cas de délinquance, des jeunes en centre de réadaptation et qui, à 18 ans, en sortaient sans trop savoir où aller. «Maintenant, notre clientèle a beaucoup changé», indique Mme Gauthier. «On a beaucoup de jeunes qui ont des troubles d’attachement, des troubles d’anxiété et de décrochage scolaire», dit-elle. «C’est pour ça qu’en 2004, on a démarré le centre de jour», dit-elle.

Autonomie Jeunesse s’est associé avec le Centre de services scolaire du Chemin-du-Roy afin de donner l’occasion à 20 jeunes de raccrocher au système scolaire.

«Ce qu’ils font là, c’est beau et ils ne le regretteront jamais», estime André Fortin.

Malheureusement, le printemps dernier, «la COVID est venue chambouler tout ça», déplore Mme Gauthier. Avec le confinement et la fermeture des écoles, «on a été obligé d’ajuster nos services aussi», dit-elle. L’organisme trouve toutefois important de continuer à donner des services à sa clientèle malgré les conséquences que pourrait avoir une deuxième vague. D’un maximum de 20 jeunes qu’il pouvait accueillir à son centre de jour, l’organisme ne peut désormais plus en recevoir que 15 afin de respecter les normes de la Santé publique.

Un seul cas de COVID-19 «et on serait dans le trouble», fait valoir Mme Gauthier.

L’annonce du défi de M. Fortin coïncide avec la Journée du refus de l’échec scolaire qui a été organisée, il y a quelques jours, par le Regroupement des organismes communautaires québécois de lutte au décrochage. L’organisme rappelle qu’au Québec, un élève sur quatre n’obtiendra pas son diplôme d’études secondaires avant l’âge de 20 ans.

Les personnes intéressées à faire des dons pour soutenir, comme André Fortin, l’oeuvre d’Autonomie Jeunesse sont invitées à contacter l’organisme à autonomiejeunesse.com.