En décembre dernier, le Cégep de Trois-Rivières a indiqué à Annie-Kim Charest-Talbot qu’elle ne pourrait pas suivre le cours Théâtre québécois, un cours obligatoire dans son programme, en raison de son handicap.

Un cri du cœur pour faire bouger les choses

TROIS-RIVIÈRES — C’est un véritable cri du cœur qu’a poussé Annie-Kim Charest-Talbot jeudi pour pouvoir terminer ses études au Cégep de Trois-Rivières, où on lui a refusé l’accès à un cours en raison de sa paralysie cérébrale. Un cri du cœur qui a eu des échos jusqu’à l’Assemblée nationale, où la ministre de l’Enseignement supérieur Hélène David est intervenue jeudi matin auprès de l’institution afin de permettre à la jeune femme de poursuivre son parcours scolaire.

Annie-Kim a complété huit des dix cours nécessaires à l’obtention de son AEC en Communication. Or, en décembre dernier, l’institution lui a fait comprendre qu’elle ne pourrait pas suivre le cours Théâtre québécois en raison de son handicap. «On m’a dit que je ne correspondais pas aux normes physiques pour atteindre la compétence de ce cours, qu’on ne voulait pas me faire vivre un échec. Mais comme c’est un cours obligatoire dans mon programme, il ne semblait pas y avoir une autre option pour moi», se souvient la jeune femme, qui a multiplié les démarches depuis décembre pour se faire entendre.

À bout de ressources, c’est vers les médias qu’elle s’est tournée cette semaine.

Pourtant, le rêve de la jeune femme est de devenir comédienne. Elle avait d’ailleurs retenu les services d’une professeure en théâtre pour préparer son entrée au cours Théâtre québécois. Consciente de son handicap, Annie-Kim dit vouloir montrer que les personnes handicapées ne sont pas des victimes et sont capables de grandes choses comme les autres.

«J’aurais au moins aimé qu’on me laisse passer une audition, mais je n’ai même pas pu essayer. Je sais que ça se peut que j’échoue le cours, mais je serais fière de moi parce qu’au moins, j’aurais essayé. Je veux qu’on me laisse trouver un moyen de faire mon chemin», explique la jeune femme.

Le Cégep réagit
En après-midi jeudi, après ses sorties médiatiques et l’intervention de la ministre David, elle a reçu un message de la direction du Cégep de Trois-Rivières afin qu’elle puisse venir les rencontrer pour «poursuivre son parcours scolaire». Le contact n’a cependant pu être établi jeudi, et la jeune femme attendra avant de se réjouir.

«Je ne sais pas ce qu’ils veulent me proposer. Je vais aller les rencontrer et voir ce qu’ils ont à me dire. C’est quand même très ironique qu’après quatre mois de démarches, ils me reviennent le jour où je sors dans les médias. J’espère qu’ils le font vraiment pour les bonnes raisons et non pour sauver leur image», indique Annie-Kim.

La direction du Cégep a refusé, jeudi, les demandes d’entrevue. Dans un communiqué, le Cégep a fait savoir qu’il ne pouvait commenter un cas particulier sur la place publique, mais assure «qu’aucun étudiant n’est refusé en vertu d’une situation de handicap». «Nous regrettons cette situation et pouvons vous assurer que cette étudiante sera contactée pour lui permettre de poursuivre son parcours collégial chez nous», ajoute l’établissement qui dit accueillir plus de 360 étudiants ayant des besoins particuliers et mettre en place des centaines de mesures d’accommodement adaptées aux besoins de ses étudiants.

Impossible cependant de savoir si elle pourra bel et bien suivre ce cours obligatoire, ou si une autre avenue lui sera proposée.

Association
À l’Association de la paralysie cérébrale Mauricie et Centre-du-Québec, la directrice de l’organisme a été surprise et déçue d’apprendre que la jeune Annie-Kim avait eu besoin de se battre pour pouvoir avoir accès à son cours. Louise Vallières connaît d’ailleurs très bien la jeune femme, qui s’implique au sein de l’organisme à l’occasion.

«Sa capacité de réussir lui appartient. À ce que je sache, il y a des personnes non handicapées qui n’ont pas tous les prérequis pour réussir leurs cours, et on ne les empêche pas dès le départ d’y assister», constate Mme Vallières.

Ce que l’organisme réclame en toutes circonstances, c’est que la personne vivant avec la paralysie cérébrale soit traitée comme n’importe quelle autre personne pour qu’elle puisse aller au bout de ses passions. «On a décidé pour elle, c’est très réducteur. Il faut laisser aller les gens, quitte à ce qu’ils se cassent le nez. Ça fait partie de la vie, on se casse tous le nez un jour ou l’autre, mais l’important est d’essayer», indique la directrice de l’organisme.

Louise Vallières était clairement soulagée de voir que la ministre Hélène David s’était mêlée du dossier, indiquant du même souffle que ce genre de cas n’arrive certes pas quotidiennement dans la région. «Il y a beaucoup de travail qui a été fait pour faire avancer les choses et ça a grandement évolué pour les personnes atteintes de paralysie cérébrale. Mais force est de constater qu’il y a parfois du chemin à faire encore», mentionne-t-elle.