Julie Durand, présidente du conseil d’administration de la résidence Entre-Deux de Trois-Rivières, Geneviève Boivin, directrice générale, Steve Leblanc, trésorier et Sophie Leblanc, directrice générale de la Villa Tournesol de Shawinigan.
Julie Durand, présidente du conseil d’administration de la résidence Entre-Deux de Trois-Rivières, Geneviève Boivin, directrice générale, Steve Leblanc, trésorier et Sophie Leblanc, directrice générale de la Villa Tournesol de Shawinigan.

Un cri du coeur pour la survie de la résidence Entre-Deux et de la Villa Tournesol

Paule Vermot-Desroches
Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — Devant l’impossibilité de boucler leur budget pour l’année 2020-2021, les résidences Entre-Deux de Trois-Rivières et Villa Tournesol de Shawinigan lancent un ultime cri du coeur au gouvernement. Les deux organismes communautaires multiplient les démarches depuis plusieurs mois afin d’obtenir non seulement le remboursement des primes COVID versées aux employés de la résidence depuis mars, mais également un rehaussement significatif du financement récurrent afin de pouvoir offrir des salaires compétitifs à leur personnel. Faute de quoi, ils envisagent tout simplement remettre les clés des deux résidences au CIUSSS-Mauricie et Centre-du Québec d’ici les prochains mois.

Les deux organismes communautaires, financés à 100 % par le CIUSSS MCQ, hébergent en tout 34 personnes, soit 24 à Trois-Rivières et 10 à Shawinigan. Les usagers sont des personnes vivant avec des handicaps, mais qui sont maintenues dans des milieux de vie stimulants, soit des logements adaptés avec soins médicaux. À travers leurs activités quotidiennes, ils participent activement à la vie en société, souvent par le biais de plateaux de travail.

Or, l’arrivée de la pandémie et l’attribution par le gouvernement de primes COVID au personnel soignant au public et au privé s’est soldé par un important problème de rétention du personnel pour les deux organismes, si bien que les administrateurs ont choisi d’offrir eux aussi la prime de 4 $ de l’heure afin de demeurer compétitifs et ne pas perdre les préposés aux bénéficiaires qui pourraient être tentés d’aller au public. Cette prime entraîne pour l’année financière en cours un déficit de 175 000 $ pour la résidence Entre-Deux et 75 000 $ pour la Villa Tournesol. Des impacts financiers auxquels s’ajoute l’achat de matériel de protection en raison de la COVID.

Qui plus est, les administrateurs déplorent qu’en 22 ans, le financement octroyé par le CIUSSS MCQ ait permis de passer d’un salaire de 8,50 $ l’heure à un salaire de 15 $ l’heure, soit une augmentation de seulement 30 cents par année en 22 ans. En comparatif, les employés du secteur public gagnent actuellement 20,55 $ l’heure, en plus de bénéficier d’assurances collectives et d’un fond de pension.


« On n’est pas en mesure de garder nos employés, mais pas non plus en mesure de recruter de nouveaux employés. Dans le contexte actuel, les employés sont épuisés, s’absentent du boulot, et par la bande ce sont nos locataires qui manquent de soins »
Sophie Leblanc

«On n’est pas en mesure de garder nos employés, mais pas non plus en mesure de recruter de nouveaux employés. Dans le contexte actuel, les employés sont épuisés, s’absentent du boulot, et par la bande ce sont nos locataires qui manquent de soins car il n’y a pas de personnel temporaire pour subvenir aux besoins», explique Sophie Leblanc, directrice générale de la Villa Tournesol. Cette dernière raconte qu’en plus de subir les contrecoups de la pandémie, la fermeture de plusieurs plateaux de travail, l’absence des familles lors de la première vague en raison de l’interdiction de visites, les coupures dans les soins apportés entraînent de la détresse chez les locataires.

Plusieurs approches ont été effectuées depuis le mois de mars afin de régler la situation, ajoute Steve Leblanc, trésorier de la résidence Entre-Deux, mais sans succès. Les administrateurs et les directions demandent désormais une rencontre d’urgence avec les deux ministres régionaux ou encore le Conseil du Trésor afin de trouver des solutions rapides et durables.

«Quand je vois les nombreuses annonces du gouvernement pour différents secteurs comme la restauration, la culture, c’est un peu comme si on réagit à des situations d’urgence. Nous, on négocie, on s’écrit, on se parle depuis la mi-mars et rien ne bouge», déplore M. Leblanc, qui dit ne pas comprendre la décision de la CAQ d’octroyer des primes au personnel des réseaux privés et public, mais pas aux organismes communautaires étant donné que ces employés sont aussi importants que les autres, martèle-t-il.

«Ce sont des soins à des individus, c’est de l’humain. Ça ne peut pas être un lobby. On parle de personnes qui contribuent aussi à la société. Ils ont une qualité de vie qui leur permet de maintenir une participation citoyenne», renchérit Geneviève Boivin, directrice générale de la résidence Entre-Deux.

Dans le réseau public, on estime que le maintien de ces personnes en CHSLD coûterait pas moins de 89 000 $ par année au système de santé. Leur maintien en logement adapté avec services auprès de ces organismes communautaires coûte plutôt 48 000 $ annuellement. Pour la présidente du conseil d’administration de la résidence Entre-Deux, Julie Durand, il ne fait aucun doute que si les activités des deux organismes devaient cesser au cours des prochains mois, ces usagers se retrouveraient en bonne partie en CHSLD.

Au CIUSSS MCQ, on indique être sensibilisé à la réalité vécue par les deux organisations depuis plusieurs mois déjà. «On reconnaît l’importance de l’apport de ces organismes au maintien du tissu social, et nous avons déjà effectué des approches auprès du ministère de la Santé pour le financement. Des analyses sont en cours afin de voir comment on pourrait inclure l’ensemble des organismes de même mission», mentionne Guillaume Cliche, porte-parole du CIUSSS-MCQ.