Donald Olivier (directeur Production à la direction régionale d’Hydro-Québec), Mylène Blais-Poulin et Martin Hallé (gestionnaires hydriques de la rivière Saint-Maurice) invitent la population à s’informer sur les actions prises par la société d’État pour affronter la crue printanière.

Un couvert de neige 40 % plus élevé que la moyenne

SHAWINIGAN — On ne sait pas encore précisément à quelle vitesse le printemps se débarrassera de toute cette neige, mais Hydro-Québec a déjà calculé que les accumulations des derniers mois ont surpassé d’environ 40 % la moyenne historique en Mauricie. La direction régionale de la société d’État demeure donc sur un pied d’alerte et ces jours-ci, elle rencontre les responsables municipaux et la population afin de bien expliquer la nature de ses interventions qui influenceront le débit de la rivière Saint-Maurice.

Le printemps 2017 a laissé un souvenir amer dans certains secteurs de Shawinigan, même si, au bout du compte, les résidents des zones sensibles s’en étaient généralement bien tirés. Mais au moment où l’inquiétude gagnait les riverains, certains d’entre eux remettaient en doute la gestion des réservoirs pour limiter la crue. Hydro-Québec a pris bonne note de cette incompréhension, en multipliant les initiatives pour mieux expliquer son travail au cours des deux dernières années.

«Nous n’avons rien à cacher dans notre gestion», assure Donald Olivier, directeur Production à la direction régionale d’Hydro-Québec. «Les niveaux sur les barrages sont établis à partir de décrets publics. Nous avons tout intérêt à ce que les gens comprennent le système et comment on le gère.»

À première vue, les accumulations de neige peuvent laisser entrevoir le pire pour le printemps qui se profile. Au 1er mars, Hydro-Québec observait un couvert de neige qui surpasse largement la moyenne historique établie depuis 1986. Dans le bassin Shawinigan, le surplus atteint 46 % et à La Tuque, 42 %. Au bassin de la centrale de la Trenche, à La Tuque, la moyenne est même fracassée de 56 %.

Par contre, la neige ne compte que pour environ 45 % du volume de la crue. Encore une fois, c’est Dame Nature qui dictera le rythme au cours des prochaines semaines.

«Même si on peut faire une corrélation entre la quantité de neige au sol et le volume d’eau en crue, le débit maximal est intimement lié aux conditions météo», rappelle Mylène Blais-Poulin, gestionnaire hydrique de la rivière Saint-Maurice chez Hydro-Québec. «Plusieurs événements de pluie et la chaleur, comme en 2017, peuvent créer des débits importants. Par contre, en 2016, il y avait exactement la même quantité de neige au sol avant la crue. Il y a eu un climat plus sec et un temps plus frais. Le volume d’eau s’est écoulé tout doucement.»

Limites

Au printemps 2017, la direction d’Hydro-Québec faisait remarquer que ses installations ne permettaient de régulariser que 40 % des apports en eau. La plus grande partie provient du bassin versant, d’une superficie comparable à la Suisse. Depuis, Hydro-Québec martèle ce même message pour illustrer la limite de ses interventions.

«Les gens peuvent penser que nous avons le contrôle sur 100 % de l’eau qui arrive, mais ce n’est pas le cas», rappelle M. Olivier. «On peut retenir de l’eau aux réservoirs Gouin, Manouane, Matawin, Mékinac, mais le reste doit passer. Dans les centrales au fil de l’eau, c’est un principe physique: l’eau qui entre doit ressortir. Les gens peuvent avoir l’impression qu’on peut la retenir, mais on ne peut pas.»

«Ce qu’on peut faire, c’est donner l’heure juste, afin que les gens puissent anticiper et se préparer», ajoute-t-il.

La société d’État procède systématiquement à l’abaissement des niveaux de ses réservoirs avant la période de crue chaque année. Cette opération débute dès novembre dans certains cas. En plus d’abaisser le niveau des réservoirs, cette stratégie permet d’augmenter la production pour répondre aux besoins de la période hivernale.

La société d’État estime que sans ses opérations de gestion, le niveau de l’eau aurait augmenté de 3,5 mètres en aval de Grand-Mère en 2017.

«Si on ne faisait pas notre travail, la cote d’alerte aurait été dépassée 12 années sur 14», précise Martin Hallé, également gestionnaire hydrique pour la rivière Saint-Maurice. «Douze années sur quatorze, nous aurions eu des inondations à Grand-Mère. Même que 11 années sur 14, nous aurions dépassé le débit que nous avons eu en 2017. Notre travail réduit donc beaucoup les impacts chaque année.»

Ce contrôle demeure tout aussi bénéfique en été, fait remarquer M. Hallé. «On relâche un peu d’eau pour nous assurer que les gens bénéficient de la rivière.»

Après un arrêt à l’Auberge Gouverneur mercredi, les experts d’Hydro-Québec se déplacent au Centre Sakihikan de La Tuque jeudi pour répondre aux questions de la population entre 16 h 30 et 20 h.

La moyenne d’accumulation de neige dépassée partout au 1er mars 2019

Bassin    Dépassement par rapport à la moyenne

Gouin    36 %

Manouane    34 %

Rapide-Blanc    47 %

Trenche    56 %

Beaumont    39 %

La Tuque    42 %

Matawin    47 %

Mékinac    46 %

Grand-Mère    44 %

Shawinigan    46 %