Clarence Rodriguez, journaliste française, Djemila Benhabib, animatrice, et Ensaf Haidar, présidente de la fondation Raif Badawi, ont tenu une importante conférence sur l’Arabie saoudite, mardi.

Un contexte favorable pour Raif Badawi

Trois-Rivières — Une importante conférence sur l’Arabie saoudite avait lieu, mardi, au cinéma Le tapis rouge. Une soixantaine de personnes se sont déplacées pour l’événement et ont été en mesure d’en apprendre davantage sur les nombreux changements qui s’opèrent dans le royaume de l’Arabie et sur la situation de Raif Badawi.

Animée par la Trifluvienne d’adoption Djemila Benhabib, cette conférence mettait en vedette Ensaf Haidar, présidente de la Fondation Raif Badawi et épouse de ce dernier, et Clarence Rodriguez, journaliste française.

De 2005 à 2017, Mme Rodriguez a été l’unique correspondante permanente francophone à Riyad. Mardi, elle a été en mesure d’expliquer les réformes mises en place en Arabie saoudite. Selon elle, l’évolution est très rapide. En effet, la conférencière affirme qu’en huit mois, le pays a subi plus de changements qu’en 40 ans.

«Depuis la fin 2014, l’Arabie saoudite traverse une période de crise économique sans précédent, et ce, en raison de la chute du prix du baril du pétrole. Ainsi, le prince héritier, Mohamed ben Salmane, a mis en place, en avril 2016, le plan vision 2030. Ce plan vise à diversifier l’économie, mais cela passe par des réformes sociétales. Ces changements sont nécessaires puisqu’ils permettent aux femmes de créer leur entreprise, de conduire et de voter, entre autres. Tout ça est très beau et ça permet de séduire la communauté internationale parce que le prince a besoin d’investisseurs pour venir investir dans le pays. Cela dit, la population de l’Arabie saoudite est très conservatrice et les gens ne sont pas prêts. Ces changements représentent donc le début d’une nouvelle ère, car ça ne se fera pas du jour au lendemain», explique-t-elle.

Clarence Rodriguez ajoute que Mohamed ben Salman devra également abolir le tutorat afin de permettre aux dames ne plus dépendre d’un tuteur masculin.

De l’espoir pour Raif Badawi
Pour la journaliste, ce contexte permet de faire renaître l’espoir quant à une éventuelle libération de Raif Badawi puisque ce dernier prônait exactement les réformes que Mohamed ben Salmane tente de mettre en place.

Elle croit d’ailleurs qu’il est nécessaire de libérer le blogueur et journaliste saoudien qui est emprisonné depuis 2012.

«J’ai envie de dire que le contexte est favorable pour Raif Badawi, car le prince a besoin de donner une nouvelle image au pays. S’il ne le libère pas, ce sera toujours un caillou dans la chaussure. Il s’agit d’un point important sur lequel il doit se pencher. En quelque sorte, Raif Badawi a été un précurseur de cette modernisation qui est prônée par le jeune prince héritier», évoque Mme Rodriguez.

Pour sa part, la femme de Raif Badawi, Ensaf Haidar, se dit épuisée par toute cette histoire, mais assure qu’elle n’abandonnera pas.

«Je suis fatiguée de l’attente, des regards interrogatifs de mes enfants qui se demandent quand leur père reviendra. Je leur réponds qu’il reviendra alors que moi-même, je ne sais pas. Je suis immensément épuisée. Je suis fatiguée d’attendre mon époux qui est emprisonné depuis cinq ans et qui amorcera bientôt sa sixième année, et ce, seulement parce qu’il a exprimé son avis et parce qu’il a défendu des droits humanistes», se désole-t-elle.

Par ailleurs, Raif Badawi a remporté le prix Daniel Pearl, une distinction remise par le Los Angeles Club qui souligne le courage et l’intégrité en journalisme. Le prix sera officiellement remis à Los Angeles le 24 juin au cours d’une cérémonie à laquelle Ensaf Haidar et ses enfants assisteront.