Yves-François Blanchet
Yves-François Blanchet

Un chef en confinement

Guy Veillette
Guy Veillette
Le Nouvelliste
SHAWINIGAN — Les apparences peuvent être trompeuses. Même s’il continue à alimenter l’actualité parlementaire fédérale, l’architecte de la version 4.0 du Bloc québécois passe la plus grande partie de son temps à sa résidence du secteur Grand-Mère.

«Depuis le début du confinement, je me suis rendu trois fois à Ottawa», calcule Yves-François Blanchet. «Quand j’y suis allé, c’était dans ma voiture, sans rencontrer personne.»

Dans cette vie mise entre parenthèses, le chef souverainiste case systématiquement de l’activité physique à son horaire.

«En plus d’une marche d’à peu près une heure pratiquement tous les soirs avec Nancy», glisse-t-il.

Sa femme s’accommode de ce rythme inhabituel. Surtout après l’année pour le moins mouvementée que son homme vient de traverser, en passant d’analyste politique à sauveur du Bloc québécois en quelques mois.

Les personnages publics s’ennuient souvent lorsqu’ils sont confinés entre quatre murs, mais ce n’est pas ce que détecte Nancy Déziel quand elle observe son mari.

«Je ne l’ai jamais entendu se plaindre de quelque chose», réfléchit-elle. «Depuis que je le connais, qu’il soit n’importe où, il se lève très tôt le matin, vers 5 h 30. Il continue à faire ça. Il lit 7 ou 8 journaux, il commence ses réunions à 7 h 30. Au souper, je lui demande parfois s’il veut manger avec son téléphone ou avec moi... C’est un bourreau de travail. Pour lui, il n’y a pas de samedi ou de dimanche. C’est donc plaisant de passer plus de temps ensemble.»

Outre son environnement de travail, le chef fédéral ne voit pas tant de différences avec son quotidien pré-COVID-19.

«Les heures sont à peu près comparables», estime-t-il. «Les rencontres se font par vidéoconférence. Une après l’autre, ça n’arrête pas: des chambres de commerce, des maires, des associations, beaucoup de gens. Avec nos députés, des caucus ont lieu à chaque semaine, comme normalement, sauf qu’on le fait par vidéoconférence. Il y a aussi toutes les tractations avec le gouvernement, dont nous avons eu un échantillon assez précis cette semaine.»

À la réouverture partielle de la Chambre des communes lundi, tout le monde s’est ligué contre les conservateurs, qui souhaitaient siéger trois jours par semaine en personne, avec une députation réduite. Le compromis des autres partis de l’opposition et du gouvernement libéral s’est finalement imposé, avec une séance par semaine, le mercredi, bonifiée de deux autres par visioconférence à compter du 4 mai.

Une proposition qui a été élaborée en collégialité, à partir du domicile shawiniganais, relate le chef du Bloc québécois.

«On passe plus de temps à négocier les modalités qu’à discuter du fond des enjeux», déplore-t-il. «J’ai quand même l’impression que nous avons beaucoup influencé les décisions du gouvernement. Les prestations pour les étudiants, par exemple, c’est vraiment quelque chose qu’on souhaitait.»

Autre particularité, M. Blanchet ne peut mettre les pieds dans sa circonscription de Beloeil-Chambly, où il a été élu le 21 octobre.

«On est tout autant sur les dossiers du comté que si j’étais physiquement là-bas, le déplacement en moins. On suit nos dossiers locaux de très, très proche. L’équipe est très active là-bas. Ça ne change pas grand-chose, même si j’ai hâte d’y aller.»

Pleins pouvoirs

Un chef qui prône l’indépendance du Québec se projette-t-il à l’intérieur d’un jeune état souverain aux prises avec une crise pareille ?

«L’indépendance du Québec n’est pas la preuve que le gouvernement sera meilleur ou pire», nuance M. Blanchet. «Un Québec indépendant aura de bons gouvernements et de moins bons.»

«La seule différence, c’est qu’on va décider nous-mêmes», ajoute-t-il. «Plutôt qu’envoyer de l’argent à Ottawa et essayer de convaincre Ottawa de la manière dont ça doit nous être retourné, un gouvernement aurait pris des décisions plus rapides et plus cohérentes en fonction d’une seule vision sur la façon de gérer la crise.»

M. Blanchet ne s’attend pas à ce que cette pandémie bouleverse le travail sur la colline parlementaire à long terme. Pour le moment, il ne prévoit évidemment pas un retour à la normale avant l’habituelle pause estivale. Il anticipe une prorogation du parlement en septembre, avec un discours du Trône et le dépôt d’un budget 2020-2021 suspendu aux lèvres de la crise en cours.

Par contre, il souligne que les choix financiers adoptés pendant ces semaines de haute tension influenceront inévitablement l’avenir du pays.

«Le gouvernement va avoir brûlé sa capacité de crédit pour de nombreuses années en six mois», calcule-t-il. «La manière de gérer le budget de l’État, ce sera autre chose. Il faut s’assurer que cet argent, qu’on n’empruntera pas deux fois, aille à la bonne place.»

«Si on ne prend pas cet argent, en partie, pour faire la transition énergétique et écologique, on n’aura pas les moyens de la faire dans les prochaines années. Il faut donc penser aux lendemains dès maintenant. Mais c’est assez difficile à planifier parce qu’à chaque jour, je lis plusieurs articles scientifiques et on découvre qu’on ne sait pas à quoi on a affaire... À quel moment aura-t-on traversé cette crise et de quoi notre quotidien aura l’air ensuite? Ce n’est pas clair.»