Le nouveau maire de Trois-Rivières, Jean Lamarche, ainsi que la mairesse suppléante Ginette Bellemare.

Un changement générationnel

CHRONIQUE / Cette fois, c’est fait. Depuis vendredi après-midi, avec son assermentation, les Trifluviens ont officiellement un nouveau maire.

Ils auront, c’est inhabituel, la chance, si l’on peut s’exprimer ainsi, d’avoir un peu plus de deux ans pour l’évaluer, le jauger, le supputer, l’avoir à l’œil et, au bout de l’exercice, maugréer ou se féliciter de leur bon choix.

Disons que Jean Lamarche aura deux ans et cinq mois pour imprégner la ville de sa personnalité. Ce qui peut paraître peu, mais suffisant si l’on s’en fie à sa campagne électorale, menée à fond de train et avec une très grande efficacité.

Malgré ses implications sociales soutenues et ses fonctions de porte-parole du ministère québécois des Transports qui lui ont apporté une présence médiatique, l’homme s’était quand même engagé dans la course à la mairie avec un gros déficit de notoriété, en comparaison de certains de ses adversaires, dont Jean-François Aubin, ancien conseiller municipal et qui en était à sa seconde campagne à la mairie.

Il est parvenu en deux mois, non seulement à se faire mieux connaître, mais aussi à s’imposer et à devenir largement le premier choix des électeurs qui se sont rendus aux urnes.

On aurait tort de croire qu’il s’agit dans son cas d’un coup de chance ou d’un choix par défaut. Avant de confirmer sa candidature, Lamarche a fait ses devoirs et s’est assuré d’appuis solides dans les milieux politiques, des gens qui s’y connaissent en organisation électorale. Mais il a aussi attiré à ses côtés un nombre impressionnant de citoyennes et de citoyens qui, jusque-là, se sentaient plus ou moins concernés par la politique municipale.

Lors de son lancement de campagne au Caféier, la salle était bondée de gens dans la trentaine et la quarantaine: ces X et ces Y qui épousent toutes sortes de grandes causes mais qu’on ne voyait à peu près jamais sur les banquettes publiques de la salle de délibération de l’hôtel de ville, les soirs de conseil municipal.

Jean Lamarche est dans la quarantaine, presque un Y, marié et père de jeunes enfants. Sa grande réussite aura été d’intéresser à la politique municipale ces deux générations et son entrée à l’hôtel de ville en tant que maire symbolise le changement générationnel à la direction politique de la ville qui a été amorcé aux dernières élections.

On assiste à un changement de garde.

Le nouveau maire s’était présenté comme le candidat de la continuité, un flirt au bilan de son prédécesseur, Yves Lévesque qui n’allait pas être sans bénéfice électoral. Cependant, si celui-ci a beaucoup de la facilité qu’avait ce dernier à tendre la main, à aller au-devant des gens, à échanger avec eux, il est de nature un peu plus réservé et demeure d’une grande simplicité.

On a pu l’observer au FestiVoix. Il avait beau en être le président, il laissait beaucoup de place, même l’avant-scène, à ses collaborateurs auxquels il accordait volontiers les mérites de la grande réussite de l’événement. Ce n’est pas le genre à tirer toute la couverte sur son bord.

À l’hôtel de ville, il sera assurément plus facile à vivre que ne l’était Yves Lévesque, sanguin au coton, verbomoteur et explosif chaque fois qu’on lui exprimait un désaccord.

On peut s’attendre à ce que Lamarche soit plus «collégial» et transparent dans la prise des décisions au conseil municipal; que l’information circule mieux et librement et que l’ensemble des opinions soient entendues.

Bien sûr, il y a des conseillers qui ont appuyé Jean-François Aubin, qui ont posé des pancartes, fait toutes sortes de choses en sa faveur. On peut penser aussi qu’il n’était pas vraiment la préférence d’autres conseillers, en particulier ceux associés à ce qu’on appelle le Groupe des huit, parfois des neuf.

Au nombre de ses grandes priorités, Lamarche a promis de ramener l’harmonie à la table du conseil. Tous les conseillers municipaux l’ont félicité de sa victoire, Vision zéro ou pas.

Certains soupçonnent qu’il pourrait y avoir des résistances de la part de certains conseillers. C’est possible, mais ceux-là devraient analyser comme il faut les résultats électoraux dans leur secteur. Il y a des lumières jaunes qui se sont allumées.

D’autre part, avec une récolte de 55 pour cent des voix dans une lutte à quatre, Lamarche détient toute la légitimité d’agir en maire et en grand leader de Trois-Rivières.

S’il y a un signal que l’ampleur de sa victoire a envoyé, c’est qu’il a pleine autorité pour occuper sa fonction et ne pas être considéré comme un quinzième conseiller, avec un seul droit de vote comme tout le monde. Il arrive avec une évidente autorité morale.

Lamarche n’a pas la réputation d’être chicanier, mais cela ne veut pas dire qu’il n’est pas capable de tenir son bout. Bien au contraire. On l’a vu dans tous les débats de la campagne électorale.

Si des hostilités venaient à reprendre ou qu’on lui faisait un peu trop de jambettes, les responsables risqueraient d’en payer un prix aux prochaines élections.

À l’hôtel de ville de Trois-Rivières, on est plutôt condamné à s’entendre... pour un temps, au moins jusqu’aux élections. Il y a peu à gagner autrement.

En fait, Jean Lamarche ne devrait pas avoir à sortir son «œil de Maurice Richard», que ses proches lui connaissent, ce regard qui, à l’instar de notre grand hockeyeur national, peut devenir foudroyant dans l’adversité.

Après tout, son slogan de campagne était «Ensemble vers l’avenir». On peut dire, en reprenant le slogan d’un adversaire, que c’est une nouvelle ère qui s’installe à Trois-Rivières.

COUP DE COEUR

À Ginette Bellemare, qu’on n’appelait plus mairesse suppléante, mais mairesse tout court, pour la grande générosité de sa personne qui a caractérisé l’exercice de sa délicate fonction.

COUP DE GRIFFE

Il y aurait une solution pour trouver rapidement un remède aux problèmes de Phénix, le système de paie des employés fédéraux: retenir le salaire des députés fédéraux tant que ce n’est pas réglé.