On retrouve sur la photo Me Éric Beauchesne, vice-président de la Fondation de la Maison Le Far, Krystel et Andrée Levasseur, de la bijouterie Le Perle Rare, Manon Beaumier, présidente du conseil d'administration de la Maison Le Far, et, derrière, Manu Lemire.

Un bijou pour la Maison Le Far

TROIS-RIVIÈRES — Manu Lemire ne sait pas ce qu’il serait devenu, n’eut été de l’aide que sa mère et lui ont reçue de la Maison Le Far alors qu’il était enfant. Le jeune homme a témoigné mardi de l’importance des maisons d’hébergement pour femmes et enfants, lors de l’annonce d’un partenariat entre la bijouterie La Perle Rare et la Maison Le Far.

Le prétexte pour rappeler le rôle de ces ressources était multiple. Les 12 jours d’action contre la violence faite aux femmes se tiendront à compter du 25 novembre, dans un contexte où les maisons d’hébergement dénoncent un manque de financement. Des initiatives comme celles de la bijouterie La Perle Rare permettent de soutenir la mission de ces organismes au budget précaire, et un témoignage comme celui de Manu Lemire vient justifier la nécessité de leur survie.

«Nous, ça fait quelque temps qu’on cherchait un organisme auprès duquel on pourrait s’impliquer. Et comme notre clientèle est beaucoup féminine, les valeurs de la Maison Le Far nous rejoignaient», indique Krystel Levasseur, propriétaire de la bijouterie qui a dévoilé cinq pendentifs créés exclusivement pour la Maison Le Far. Dix dollars seront remis à la maison pour chaque breloque vendue. Les cinq modèles sont gravés, au dos, du logo de la Maison Le Far, pour rappeler le lien avec la cause.

«La Maison Le Far reçoit chaque année entre 105 et 115 femmes, et entre 44 et 55 enfants et ce, depuis 32 ans», a précisé la présidente du conseil d’administration de la maison, Manon Beaumier, lors du dévoilement des bijoux. Manu Lemire était l’un de ces enfants qui ont réussi à se sortir d’un milieu de violence, et suivre ce qu’on appelle le droit chemin grâce aux services de la Maison Le Far et surtout, au dévouement de ses intervenantes.

Manu avait quatre ans quand sa mère a décidé que c’en était assez. Le jeune homme se souvient du soir où son père en crise, sous l’effet de la drogue et de l’alcool, lançait des meubles dans la cuisine, et que lui, du haut de ses quatre ans, a pris sa mère par la main, l’a menée à sa chambre, a fermé la porte et s’est mis les deux bras devant, pour protéger sa mère. Celle-ci a réalisé ce soir-là qu’il n’était pas normal que ce soit son bambin qui cherche à la protéger elle, l’adulte.

Elle s’est rendue à pied à la Maison Le Far en laissant son fils à la maison avec son père, lui promettant de revenir le chercher. Après quelques jours, c’est finalement le père qui est allé reconduire son fils à la maison d’hébergement, admettant qu’il ne pouvait en prendre soin. 


« Le cri du coeur de ma mère a été de se rendre à la Maison Le Far, où on l’a accueillie, écoutée. »
Manu Lemire

«Mon père nous faisait vivre l’enfer au quotidien. Le cri du coeur de ma mère a été de se rendre à la Maison Le Far, où on l’a accueillie, écoutée. On lui a fait comprendre que c’était une étape de transition vers ce que la vie pourrait être pour nous deux», raconte Manu Lemire, qui se définit maintenant comme entrepreneur, coach, auteur et conférencier.

S’il peut motiver et accompagner des gens dans la réalisation de leur potentiel, c’est en partie grâce à l’encadrement que sa mère et lui ont reçu des intervenantes de la Maison Le Far.

«Né dans un contexte de violence, j’avais commencé à adopter des comportements de mon père. J’étais violent, je criais après les gens, j’avais peur des adultes. Ça faisait extrêmement peur à ma mère de se demander ce que j’allais devenir. Avec une dose d’amour infinie et du temps sans compter, les intervenantes l’ont rassurée», continue Manu en parlant de l’approche des femmes qui les ont accueillis et suivis.

«Ma mère a eu de l’aide pour me montrer la politesse et le respect, me montrer à demander sans crier, me montrer les valeurs humaines qui font en sorte qu’aujourd’hui je peux redonner au suivant avec une paix intérieure, en sachant que cette époque-là est révolue. Si ce n’avait été de la Maison Le Far, je ne sais pas ce qui serait arrivé, je ne sais pas ce que je serais devenu», témoigne-t-il encore en parlant de celles qu’il considérait comme ses deuxième et troisième mères...

«Ça me fait une peine infinie de réaliser que des services comme ceux-là pourraient  disparaître. On ne peut pas se permettre de laisser des familles qui ont besoin d’aide pour s’en sortir, de rester sans ressources», plaide-t-il en évoquant le spectre de coupes de services dans les maisons sous-financées.