Élise Désilets

Un bien drôle de nez rouge

Une drôle de dame se présente dans le cadre de la porte d’une chambre en CHSLD. Vêtue d’une robe fleurie un peu bizarre qui semble avoir appartenu à Mémère Bouchard, dans Le temps d’une paix, c’est toutefois son énorme nez rouge et rond qui attire le plus l’attention.

Sous le costume de Maria la maman clown, le personnage qu’elle a créé, il y a Élise Désilets, une jeune étudiante au doctorat en recherche en psychologie à l’UQTR. D’apparence réservée lorsqu’elle porte ses vêtements de tous les jours, elle coordonne depuis deux ans et demi le groupe PsychoClown UQTR à l’Université.

Ils sont une vingtaine de membres, la plupart des étudiants en psychologie, psychoéducation et même en éducation qui se donnent pour mission de contribuer à briser la solitude des aînés vivant en CHSLD.

Selon Élise Désilets, ce groupe est unique parmi les universités au Québec. Il avait été créé par un autre étudiant, Jérémy Théroux, raconte-t-elle.

«Il avait démarré cette idée et suivi une formation avec Guillaume Vermette, le clown humanitaire», raconte la jeune femme.

«Quand je suis arrivée à ma première année de baccalauréat, j’ai décidé que je voulais m’impliquer à l’université. J’ai entendu parler de PsychoClown UQTR et ça m’intéressait parce que j’aimais beaucoup l’art théâtral. Des auditions ont été organisées pour retenir 10 personnes qui seraient formées à être des clowns.»

C’est alors qu’Élise Désilets, autrement la tête enfouie dans ses recherches scientifiques, découvre son petit côté givré. «Quand je mets le nez de clown, ce n’est plus moi et mes problèmes, c’est Maria qui va aider les gens. J’arrête de penser à moi. Je suis là pour la personne.» Bref, ce genre de bénévolat est presque thérapeutique, reconnaît-elle. «Au final, quand je sors de là, je suis joyeuse. Ces gens savent qu’on est là pour jouer et nous montrent leur plus beau jour.»

C’est Guillaume Vermette qui a su cibler presque instantanément le type de clown qu’Élise Désilets pouvait être, soit Maria la maman clown. «Je suis comme une petite maman. J’aime ça prendre soin des autres», explique-t-elle. «Je ne suis pas un clown super explosif», souligne-t-elle en précisant qu’elle s’exprime plus par les gestes que par la parole.

Dès qu’elle ouvre la porte d’une chambre, son allure ne laisse personne indifférent. Les yeux brillent, les regards s’illuminent. «Ça change tout», constate-t-elle. Et pour cause, «on arrive dans la joie».

Notre Tête d’affiche confie que les personnes qu’elle visite ont parfois de mauvaises journées. Elles ont peut-être eu de mauvaises nouvelles. Il n’est pas rare qu’elle enlève alors son gros nez rouge et se mette en mode écoute active.

«Il se peut que la personne nous conte sa vie. Des fois, elle se répète, alors on l’amène ailleurs, on essaie de faire fonctionner son imaginaire», raconte-t-elle. Le clown qui venait faire rire devient soudainement un précieux confident.

«On n’est jamais seul. On est toujours au minimum deux clowns et on demande toujours la permission avant d’entrer. On ne reste pas dans la chambre jusqu’à ce que la personne se mette à rire», précise-t-elle. La durée de la rencontre varie beaucoup d’une personne à l’autre. Certains se montreront très heureux de voir les clowns, mais après deux minutes à peine, ils passent à autre chose. Dans d’autres cas, les visites s’étirent pendant 20 minutes.

En moyenne Élise Désilets sort une fois par semaine en tant que clown en plus de coordonner et de développer son groupe.

«On veut développer d’autres clientèles, par exemple, les résidences privées, ou œuvrer auprès des personnes autistes ou en déficit d’attention, par exemple», dit-elle.

PsychoClown UQTR permet également aux étudiants de mieux connaître la clientèle des personnes âgées.

Élise Désilets n’a pas l’intention d’arrêter de sitôt son bénévolat original même si un jour, elle devra laisser sa place de coordonnatrice. Le célèbre Patch Adams est une source d’inspiration», confie-t-elle. «Ça fait partie de ce qui a initié le projet.»