Phat Nguyen, représentant de l’entreprise Vinacoustik, a fait vivre un bain d’hydravions au tribunal mercredi.

Un bain d’hydravions en plein tribunal

SHAWINIGAN — Les vols d’hydravions se sont invités à l’intérieur d’une salle du palais de justice de Shawinigan, mercredi, et pas seulement au sens figuré. La troisième journée d’instruction du recours collectif de la Coalition contre le bruit a été consacrée au témoignage d’un expert qui a reproduit, son et vidéo à l’appui, l’intensité des décollages de ces appareils.

Cette reconstitution un peu particulière a été concentrée en fin de journée, sur près de 90 minutes. Ce petit laboratoire de décollages virtuels a provoqué un certain inconfort dans la salle d’audience.

Phat Nguyen, président de l’entreprise Vinacoustik de Montréal, a passé la journée à la barre des témoins. Cet ingénieur mécanique expert en acoustique travaille sur des mécanismes de contrôle et de réduction du bruit depuis 1979.

M. Nguyen a rempli deux mandats principaux pour la Coalition contre le bruit. D’abord en 2011, dans le cadre de la demande d’autorisation du recours collectif, puis en 2016, en vue du procès en cours. En 2014, il avait également compilé des données recueillies trois ans plus tôt pour le même groupe. À chaque fois, son mandat consistait à «obtenir le climat sonore» autour du lac à la Tortue.

Autant en 2011 qu’en 2016, les restrictions émises par Transports Canada étaient en vigueur au moment de ces analyses. Par contre, étant donné qu’Aviation Mauricie a cessé ses activités en 2013, les mouvements de cette entreprise n’ont pas été captés lors du deuxième échantillonnage.

Sans qu’il s’agisse d’une preuve irréfutable de réduction drastique des vols touristiques, les données recueillies, toujours en haute saison, démontrent une différence dans la circulation sur le lac en l’espace de cinq ans. En 2011, les tests avaient été effectués sur trois jours. Le 28 septembre, 42 décollages avaient été observés. Le 7 octobre, M. Nguyen en a recensé 34 et le 8 octobre, 45.

En 2016, l’observation s’est déroulée sur deux jours, les 14 et 15 octobre. Avec seulement Bel-Air Laurentien aviation dans le décor, 23 décollages ont été constatés la première journée et seulement 7 lors de la deuxième, dont aucun en après-midi.

Sur cet élément, M. Nguyen a tenu à préciser que le 15 octobre 2016, deux individus à bord d’un véhicule utilitaire sport blanc l’ont abordé à deux reprises, en début de matinée et en début d’après-midi. À la deuxième occasion, ils lui auraient demandé ce qu’il faisait et quels étaient les résultats de ses tests. M. Nguyen a pris soin de noter le numéro de plaque d’immatriculation du véhicule, mais il n’a pas dévoilé l’identité des deux hommes à la Cour.

Témoignage de décibels
Le fait saillant de cette troisième journée s’est produit en fin d’après-midi. Entre 15 h 45 et 17 h 15, la juge Suzanne Ouellet a pu vivre l’expérience des décollages grâce à une retransmission sur écran, accompagnée de l’effet sonore calibré en fonction de données recueillies en 2011 et en 2016 à l’un ou l’autre des 19 points de mesure installés autour du lac.

Avec cet exercice, la Coalition contre le bruit cherchait à transposer en plein tribunal les désagréments subis par les riverains. Systématiquement, M. Nguyen reproduisait le plus bas maximum, la moyenne et finalement, le son le plus élevé enregistré à une station choisie. En général, le bruit variait entre 77 et 93 décibels, selon la situation. L’expert a toutefois reproduit un décollage à 100 décibels, enregistré le 7 octobre 2011 à 10 h 30.

Lors d’un visionnement à 88 décibels, Me Catherine Sylvestre, avocate de la Coalition contre le bruit, a pris la peine de s’adresser à la juge afin de lui faire vivre concrètement les difficultés d’entrer en communication dans un contexte semblable.

M. Nguyen rappelle que l’Organisation mondiale de la santé considère qu’une exposition à 55 décibels 16 heures par jour représente la limite avant d’être confronté à une nuisance sévère par le bruit. Au ministère des Transports, le son maximal qui doit être toléré par des propriétés riveraines des axes routiers est établi à une moyenne de 65 décibels par jour.

En fin de journée, Madeleine Bourke-Rainville est revenue à la barre des témoins pour mentionner que le travail de calibrage effectué par M. Nguyen sur la vidéo qu’elle avait enregistré en 2017 correspondait à sa réalité. Colette Pagé et Marielle Magnan doivent déposer le même type de preuve au cours des prochains jours.

M. Nguyen sera assurément contre-interrogé par les avocates de Bel-Air Laurentien aviation jeudi.