La Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) a tenu une journée sans TSO lundi.

Un avant et un après 8 avril, dit la FIQ

MONTRÉAL — La Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) estime avoir réussi à «donner un électrochoc» aux gestionnaires de la santé avec sa Journée sans heures supplémentaires obligatoires pour les infirmières. «S'ils ont été capables de le faire une fois, ils sont capables de le faire tout le temps», croit la présidente de la FIQ, Nancy Bédard.

La FIQ, qui représente 76 000 infirmières, infirmières auxiliaires et autres professionnelles en soins, avait donné le mot d'ordre à ses membres en ce 8 avril de refuser le fameux TSO, le Temps supplémentaire obligatoire - un mode d'organisation qui est censé représenter l'exception, mais qui est devenu trop courant au goût des infirmières.

La présidente du Syndicat des professionnels en soins de la Mauricie et du Centre-du-Québec (FIQ), Nathalie Perron, a indiqué que très peu de personnes ont dû faire du TSO, ce qui démontre du succès de la journée. «C’est une belle démonstration qu’on est capable de faire autrement comme organisation et qu’on est capable de faire une bonne planification pour ne pas prendre nos membres en otage», mentionne-t-elle en mentionnant que le TSO ne doit pas être utilisé comme un mode de gestion des ressources humaines.

«C’est ça qu’on déplore. Nous, ce n’est pas rester quand nos patients ont besoin qui est un problème, on est toujours au rendez-vous, on l’a toujours été et on va toujours l’être. Pour nous, c’est important. Ce n’est pas ça qui est un problème. C’est la gestion du TSO comme mode de gestion, c’est ça qu’on dénonce.»

Du côté de la direction du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS MCQ), on estime que la journée s’est bien déroulée. En fait, lors des deux premiers quarts de la journée, quatre professionnels dans l’ensemble du CIUSSS MCQ ont dû faire du TSO, indique la direction. Lors des deux derniers lundis, on dénombrait respectivement neuf et deux professionnels en TSO. Ces données incluses toutefois le quart de soir, information qui était impossible d’obtenir lundi.

«Ç’a fonctionné lundi un peu comme on le fait habituellement. Le TSO est une mesure qui est appliquée en tout dernier recours et lorsque la santé et la sécurité des usagers sont compromises», précise Guillaume Cliche, porte-parole du CIUSSS MCQ.

En entrevue lundi après-midi, la présidente de la FIQ a rapporté que le mot d'ordre avait été bien suivi dans l'ensemble du Québec.

«Je souhaitais qu'il y ait un "avant 8 avril et un après" et j'ai le sentiment que ça va être le cas», a conclu Mme Bédard, visiblement émue en rapportant le soulagement de ses infirmières sur le terrain.

«Pour une première fois, dans la province de Québec, on peut dire que nos infirmières, nos infirmières auxiliaires et nos inhalos, auront vécu potentiellement une journée sans temps supplémentaire obligatoire. En une semaine, finalement, les gestionnaires ont fait ce qu'ils avaient à faire. Ils ont vraiment travaillé avec rigueur à planifier les horaires et la main-d'œuvre», s'est réjouie Mme Bédard, elle-même une ancienne infirmière de salle d'urgence.

La présidente du Syndicat des professionnels en soins de la Mauricie et du Centre-du-Québec (FIQ), Nathalie Perron.

La dirigeante syndicale juge même que la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, «a aidé» les infirmières, d'abord par ses directives aux établissements de santé de confectionner leurs horaires en conséquence.

Ensuite, lundi matin, la ministre a réitéré sa volonté de résoudre le problème du TSO le plus tôt possible; elle a répété qu'il s'agissait de sa «priorité numéro un». Et elle a dit comprendre l'impatience des infirmières.

«Nous avons des mesures concrètes qui sont en voie d'être implantées: rehausser les postes, embaucher davantage de personnel. Nos établissements sont en train de le faire actuellement», a précisé la ministre.

Il importe de souligner qu'en plus, lors des audiences devant le Tribunal administratif du travail, jeudi dernier, le Comité patronal de négociation de la santé et des services sociaux avait assuré la juge administrative que les établissements de santé avaient pris «tous les moyens nécessaires pour établir les horaires de travail afin d'éviter de recourir à du TSO lors de la journée du 8 avril». Il y a donc eu modification des façons de faire en prévision de cette journée.

En fait, le Tribunal a ordonné aux infirmières d'accepter «sans condition» toute demande de temps supplémentaire obligatoire de la part des employeurs, mais en prenant la peine de préciser «lors de situations urgentes et exceptionnelles». C'est donc dire qu'elles pouvaient refuser les heures supplémentaires obligatoires dans les autres occasions - ce qu'elles ont fait, a précisé Mme Bédard.

La ministre elle-même rappelle que les choses doivent changer. «La décision a été claire: on utilise le temps supplémentaire obligatoire dans les circonstances où il y a une urgence, où la santé et la sécurité des patients pourraient être compromises. Ça ne devrait pas être une mesure habituelle, routinière. Ça devrait être dans des situations où on n'a pas le choix.»

Une somme de 200 millions $ a déjà été prévue dans le dernier budget du ministre Eric Girard, mais elle vaut aussi pour les autres corps d'emploi, pas seulement pour les infirmières. La FIQ demandait toutefois 350 millions $.

Mme Bédard souhaite maintenant rencontrer la ministre McCann pour reparler de ce dossier. Elle veut faire préciser l'échéancier pour l'abolition du TSO.

D'ici à ce que les heures supplémentaires obligatoires soient chose du passé, la présidente de la FIQ n'exclut pas d'autres journées de refus du TSO ou «d'autres types d'événements» de mobilisation. «On aimerait ne pas être obligé de faire d'autres événements», a-t-elle souhaité à voix haute.