Un autre décès au CHSLD Laflèche

Marie-Eve Lafontaine
Marie-Eve Lafontaine
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — Un troisième résident du CHSLD Laflèche dans le secteur Grand-Mère est mort après avoir contracté la COVID-19, a indiqué le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec, mardi, lors de son point de presse. Au total, il y a eu quatre décès dans la région depuis le début de la pandémie.

La situation demeure très préoccupante dans ce CHSLD. La personne décédée était âgée de plus de 70 ans. Jusqu’à maintenant, 16 usagers ont contracté le coronavirus ainsi que dix employés. On parle de huit nouveaux cas dans les 24 dernières heures chez les résidents et quatre chez les membres du personnel.

«On a renforcé les mesures ce week-end. Elles vont avoir leurs effets principalement la semaine prochaine et l’autre étant donné l’incubation de la maladie. C’est pourquoi les cas qui apparaissent aujourd’hui, ce sont des personnes atteintes à la suite d’une exposition qu’elles ont eue avant que les mesures ne soient rehaussées», a précisé la Dre Linda Milette, médecin-conseil à la direction de santé publique.

Un autre point chaud dans la région est sans contredit l’usine ATrahan d’Olymel à Yamachiche. Le nombre de personnes testées positivement s’élève maintenant à 26. «On s’attend à ce que le nombre augmente parce qu’il y a plus de 1000 employés dans cette usine. C’est à surveiller», a mentionné la Dre Marie-Josée Godi, directrice régionale de la santé publique.

L’entreprise a d’ailleurs annoncé, dimanche, la fermeture de son usine pour une période de deux semaines. On parlait alors de neuf cas.

De plus, une résidence pour personnes âgées de Louiseville connaît un début d’éclosion. Mardi matin, quatre résidents de la résidence Les Jardins Latourelle étaient atteints. «On a un début d’éclosion au niveau des résidents sur un seul étage. Toutes les mesures sont prises: les gens qui ont la COVID sont en isolement, on déploie le matériel pour protéger les travailleurs et on surveille aussi les contacts, donc l’enquête habituelle de santé publique est en place», souligne la Dre Milette.

Au total, le nombre de personnes infectées par la COVID-19, en date de mardi, s’établit à 215 en Mauricie-Centre-du-Québec, soit une hausse de 51 cas. Il s’agit de l’augmentation journalière la plus élevée depuis le début de cette crise sanitaire. Le record précédent datait de la veille avec 42 cas de plus. En trois jours, il y a eu 130 nouveaux cas.

En Mauricie, le nombre de cas s’élève à 173 contre 42 au Centre-du-Québec. Comme la veille, dix personnes sont hospitalisées dont cinq se trouvent aux soins intensifs.



Nombre de cas au 31 mars en Mauricie et au Centre-du-Québec: 215 [+51 par rapport au 30 mars]

  • Trois-Rivières: 79
  • Centre-de-la-Mauricie: 76
  • Maskinongé: 13
  • Vallée-de-la-Batiscan: 7
  • Bécancour-Nicolet-Yamaska: 4
  • Haut-Saint-Maurice: 0
  • Drummond: 27
  • Arthabaska-et-de-l'Érable: 9

Source: CIUSSS MCQ

Mardi, l’augmentation de nouveaux cas dans la région atteint environ 30% alors que pour l’ensemble du Québec, elle est de 20%. Il y a à peine une semaine, la Mauricie-Centre-du-Québec comptait une trentaine de cas.

Pour la santé publique, cette hausse importante n’est pas surprenante. Elle est attribuable à plusieurs facteurs dont la situation qui prévaut chez Olymel et à Shawinigan ainsi que la hausse du nombre de tests effectués. La priorité est évidemment d’éviter que la COVID-19 fasse une percée dans d’autres résidences ou CHSLD.  «Les efforts qu’on va faire dans les prochains jours justement, c’est éviter que d’autres centres d’hébergement soient touchés parce que la clientèle est à fort risque de complications et aussi à risque de mortalité», note la Dre Godi.

Une autre préoccupation dans la région et ailleurs au Québec est sans contredit la disponibilité du matériel de protection médical. «Mon principal souci en ce moment, ce sont les équipements médicaux», a même lancé le premier ministre François Legault, en conférence de presse mardi. Dans la région, le président-directeur général du CIUSSS MCQ, Carol Fillion, indique que les quantités sont «préoccupantes». «C’est comme ça pour toutes nos installations, c’est comme ça pour tout le Québec. On attend des livraisons, et ça devrait nous permettre de respirer.»

Dans la région, on n’en est pas encore rendu à stériliser les masques N95, mais cela pourrait être fait éventuellement. «On est toujours en attente de validation d’un procédé qui nous permettrait de désinfecter, de réutiliser les masques. Pour l’instant, c’est du matériel neuf, et on en a suffisamment pour fournir le personnel qui est en contact avec la COVID-19», affirme M. Fillion.

Mais jusqu’à quand? Difficile à dire puisque cela dépend de l’arrivée éventuelle de nouveaux équipements et du nombre d’hospitalisations. La situation est réévaluée toutes les 48 heures. 

Pour les gens dont la santé mentale est affectée par la situation actuelle, le CIUSSS les invite à contacter le 811 ou à prendre rendez-vous avec leur CLSC. «Je voudrais dire à l’ensemble de la population qu’on est très conscient qu’on traverse une période anxiogène pour plusieurs d’entre nous. Dans ce contexte, on a déployé des services psychosociaux dans toute la région. Il y a des équipes sur le terrain qui sont prêtes à répondre à vos besoins», a souligné M. Fillion.

Un peu d’espoir dans cette mer de mauvaises nouvelles: sept personnes sont considérées guéries et certaines ont manifesté leur intérêt à faire du bénévolat dans le réseau de la santé puisqu’elles devraient être maintenant immunisées.


« Les efforts qu’on va faire dans les prochains jours justement, c’est éviter que d’autres centres d’hébergement soient touchés parce que la clientèle est à fort risque de complications et aussi à risque de mortalité. »
Marie-Josée Godi, directrice régionale de la santé publique

Nombre de cas de COVID-19 au CHSLD Laflèche

  • Nombre de résidents atteints: 16
  • Nombre de cas depuis les dernières 24 heures: 10
  • Nombre d'employés atteints: 8
  • Nombre de cas depuis les dernières 24 heures: 4
  • Nombre de décès: 3

LA SITUATION INQUIÈTE AU CHSLD LAFLÈCHE

La situation au CHSLD Laflèche est évidemment une source d’inquiétude autant pour les résidents et leurs proches que pour le personnel. Le syndicat a d’ailleurs demandé l’intervention de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST). «Le manque d’équipements et les risques de contamination sont vraiment au cœur de nos préoccupations», souligne Pascal Bastarache, président du Syndicat du personnel paratechnique, des services auxiliaires et de métiers du CIUSSS Mauricie et Centre-du-Québec (SPPSAM-CSN).

D’ailleurs, la décision du CIUSSS de rappeler au travail des membres du personnel qui étaient en isolement préventif est une autre source d’inquiétude pour le syndicat. «On comprend la situation de crise majeure qu’on vit actuellement, mais on est un peu stupéfait de cette décision. Le manque d’équipements qui fait rage au Centre Laflèche nous questionne aussi fortement. C’est extrêmement préoccupant et avec l’annonce de nouveaux cas, on croit que notre demande à la CNESST est vraiment de mise», note M. Bastarache.

Le CIUSSS a répété, mardi, que seuls les employés qui n’ont aucun symptôme doivent revenir au travail et qu’ils ont tout l’équipement de protection nécessaire pour éviter une propagation.

Cette décision a été prise pour éviter de mettre en péril l’offre de service, a précisé M. Fillion.  

Par ailleurs, différentes mesures ont été mises en place pour mettre fin à la contamination. Le CHSLD Laflèche a notamment été divisé en trois parties, soit un secteur pour les personnes atteintes de la COVID-19, un autre pour celles qui ont des symptômes et un dernier pour celles qui ne manifestent aucun symptôme. Le personnel ne se promène pas d’un secteur à l’autre, a assuré M. Fillion.

La situation est évidemment difficile pour le moral des troupes, note M. Bastarache. «Les personnes sont extrêmement anxieuses de tout ce qui se passe présentement comme n’importe qui. Mais on peut compter sur leur professionnalisme dans les circonstances. Elles ont vraiment à cœur les soins des usagers, mais on doit s’assurer que ces mêmes travailleurs aient accès à tous les outils nécessaires pour prendre soin des patients.»