Uber a annoncé mercredi vouloir s’implanter partout au Québec une fois que la réforme de la Loi concernant le transport rémunéré de personnes par automobile entrera en vigueur, le 10 octobre prochain.
Uber a annoncé mercredi vouloir s’implanter partout au Québec une fois que la réforme de la Loi concernant le transport rémunéré de personnes par automobile entrera en vigueur, le 10 octobre prochain.

Uber veut étendre son offre de service partout au Québec

Matthieu Max-Gessler,  Initiative de journalisme local
Matthieu Max-Gessler, Initiative de journalisme local
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Uber a annoncé mercredi son intention d’étendre son service à l’ensemble du Québec cet automne.

L’entreprise n’a toutefois pas donné de date précise pour l’élargissement de son offre de service sur l’ensemble du territoire québécois.

Jonathan Hamel, gestionnaire des affaires publiques pour le Québec chez Uber, indique que son entreprise fera connaître la date de mise en fonction de ses services dans le reste de la province une fois que la réforme de la Loi concernant le transport rémunéré de personnes par automobile entrera en vigueur, soit le 10 octobre prochain. Il invite toutefois dès maintenant les personnes intéressées à devenir chauffeurs à s’inscrire sur son site.

À l’heure actuelle, l’entreprise limite ses activités aux régions de Montréal, Québec et Gatineau. À savoir si l’offre peut suffire à répondre à la demande dans la région, surtout en dehors des centres urbains comme Trois-Rivières et Shawinigan, M. Hamel dit ne pas s’en inquiéter.

«Quand on se lance dans un nouveau marché, si le bassin (de population) est moins important, ça prend quelques semaines avant d’arriver à un équilibre entre l’offre et la demande», reconnait-il. «Ça peut prendre un certain temps, mais c’est définitivement possible.»

M. Hamel décrit par ailleurs Uber comme un acteur de «l’économie locale», alors qu’on a beaucoup parlé de l’importance de soutenir cette économie, depuis la pandémie de coronavirus. «Uber, ça stimule l’économie locale. À Victoriaville, ce ne seront pas des chauffeurs de Montréal qui vont venir faire le transport, ce seront des chauffeurs de Victoriaville.»

À ceux qui auraient des craintes à l’idée de recourir aux services d’Uber, M. Hamel affirme que les chauffeurs d’Uber sont tenus de suivre une formation, de faire inspecter leur véhicule, de faire vérifier s’ils ont des antécédents judiciaires et de porter un couvre-visage, à cause de la pandémie de coronavirus.

«Pas intéressant» pour les chauffeurs

Après l’annonce de la réforme de la Loi concernant le transport rémunéré de personnes par automobile, les chauffeurs de taxi avaient tenu plusieurs manifestations et protesté sur toutes les tribunes, criant à l’injustice et à la concurrence déloyale, puisqu’eux étaient soumis à plusieurs règles et obligations auxquelles les autres n’étaient pas soumis. De plus, avec l’arrivée de tels concurrents, leur permis de taxi, payé parfois à fort prix, avait perdu de la valeur. Ils ont dû être indemnisés par le gouvernement du Québec et tous ne sont pas satisfaits du montant reçu.

Des mois après ces manifestations, Jacques de Montigny, l’un des propriétaires de Taxi Élite, se dit résigné à l’arrivée d’Uber.

«Ça va être une période turbulente qui s’en vient. Plus de monde vont vouloir prendre un morceau de la même tarte», illustre-t-il.

Uber assure pour sa part être en mode «collaboration» avec les autres partenaires de l’industrie du transport rémunéré de personnes. L’entreprise souhaite même permettre aux chauffeurs de taxi réguliers d’utiliser son application pour obtenir davantage de courses.

Une telle avenue ne semble toutefois pas intéressante aux yeux de M. de Montigny.

«Pas ici, pas avec notre modèle d’affaires. Ailleurs, ça peut marcher. À Montréal, c’est comme ça que ça a commencé», indique-t-il.

Même son de cloche chez Taxi Bellemare, selon le propriétaire de l’entreprise, Sylvain Bernier.

«J’ai un professionnel en comptabilité et il en a fait, des personnes qui travaillent pour Uber, pour un salaire de misère. Moi, c’est sûr que je n’irai pas user mon auto pour eux», soutient-il.

M. Bernier assure par ailleurs qu’il ne baissera pas les bras face à Uber.

«On se met à date et on va défendre notre marché», prévient-il.

Sylvain Roy, administrateur de Taxi Coop de la Mauricie, abonde dans le même sens.

«Faire des courses et en donner 25 % à une compagnie étrangère, surtout que ce sont des courses à rabais, je ne suis pas sûr que ça convient à grand monde. Ils vont travailler pour le tiers de leur salaire, je ne pense pas que ce soit intéressant», estime-t-il.

M. Roy dit douter également que la rémunération offerte par Uber soit attrayante pour des citoyens qui souhaiteraient avoir un revenu d’appoint.

«Ils seront peut-être heureux quand le premier chèque va rentrer, mais en voyant qu’ils doivent en donner le quart et quand les factures vont arriver, je crois qu’ils vont déchanter. Et quand quelques-uns en auront fait l’essai, ça va vite se savoir, que ce n’est pas intéressant. Je suis sceptique qu’Uber soit capable de travailler dans de petites villes», mentionne-t-il.

Avec La Presse canadienne