Aucune plainte n’a été déposée pour l’instant relativement aux allégations d’inconduites sexuelles et de harcèlement visant le directeur général de la Cité de l’énergie, Robert Trudel.

Trudel dans l'eau chaude

SHAWINIGAN — Cinq femmes soutiennent avoir été victimes d’inconduites à caractère sexuel, d’intimidation ou de harcèlement de la part du directeur général de la Cité de l’énergie, Robert Trudel.

Selon Radio-Canada Mauricie – Centre-du-Québec, aucune plainte n’a été déposée auprès de la police pour l’instant. Parmi les cinq dames qui ont accepté de se confier à la journaliste Marie-Pier Bouchard, seulement une, soit la maquilleuse Lisane Boucher, a accepté de le faire à visage découvert. Cette dernière raconte qu’elle avait rencontré Robert Trudel alors qu’on lui avait confié la tâche de le maquiller en prévision d’une émission de télévision présentée sur les ondes de VOX, maintenant MAtv, en juin 2010. Selon son récit, M. Trudel aurait fait des blagues à caractère sexuel dès son arrivée, ce qui aurait créé un malaise au sein de l’équipe.

«Il a fait allusion au fait que même s’il n’avait plus de prostate, il pourrait bander sur moi avec des gros totons comme les miens. Il s’est levé de sa chaise, il m’a pris, il a mis ses mains dans mon dos pis il m’a collée sur lui. Il a pressé ma poitrine sur lui pour sentir mes seins», raconte-t-elle avant d’ajouter qu’elle avait quitté par la suite pour aller se réfugier chez ses parents.

Après avoir accepté de rencontrer la journaliste de Radio-Canada afin de donner sa version des faits, M. Trudel a changé d’idée et a décliné l’invitation en évoquant des raisons de santé. Son avocate a par la suite envoyé une déclaration à la journaliste.

«Je suis étonné des allégations qu’évoque Radio-Canada, dont je ne connais pas les détails. Si des gestes que j’ai posés dans le passé ont causé un tort, j’en suis désolé. Je vais me retirer de mes fonctions le temps que l’on fasse la lumière sur tout ça, et le conseil d’administration peut compter sur ma pleine et entière collaboration à ce titre. Je ne ferai aucun autre commentaire pour le moment», peut-on lire dans la déclaration.

Les dames ayant demandé de rester anonymes semblent craindre les conséquences que leurs révélations auraient pu avoir sur leur vie si elles les avaient faites à visage découvert. Il faut dire que Robert Trudel est un individu influent dans la communauté shawiniganaise.

Deux d’entre elles, qui ont occupé des postes dans l’industrie touristique dans le passé, soutiennent que M. Trudel aurait eu des comportements inadéquats il y a une dizaine d’années, alors qu’il était en position d’autorité. La première raconte notamment que M. Trudel se serait mis à l’embrasser et à la toucher alors qu’elle écoutait les nouvelles de fin de soirée en sa compagnie dans une chambre d’hôtel. Elle se trouvait avec lui dans le cadre d’un événement professionnel à l’extérieur de la région. Robert Trudel lui aurait demandé de réserver deux chambres avec une porte communicante. Il prétextait alors avoir besoin d’une surveillance en raison de ses ennuis de santé.

«Je me vois encore raide comme une barre sous lui. J’étais étourdie par ce qui se passait sans pour autant réagir, sauf me lever d’un bond pour aller vomir aux toilettes», confie-t-elle dans une lettre. De plus, elle reconnaît avoir par la suite eu des relations sexuelles avec lui pendant plusieurs mois, car elle ne se sentait «pas libre de refuser». Deux ans après, elle a tenté de prendre ses distances de M. Trudel, ce qui l’aurait mis en colère. Il l’aurait d’ailleurs suivie sur l’autoroute en janvier 2011.

Une autre dame mentionne que Robert Trudel aurait passé devant sa résidence en voiture plusieurs fois par jour après la fin d’une liaison qui aurait duré quelques semaines. Il aurait également demandé d’avoir des rapports sexuels avec elle, et ce, même si elle avait mis un terme à la relation. Il a cependant changé de ton lorsqu’il a appris que son ancienne flamme avait raconté leur histoire à un proche. Il aurait alors demandé de la rencontrer et l’aurait menacée de nuire à sa réputation en indiquant que leurs ébats avaient été enregistrés et filmés.

«Je me souviens qu’il m’a prise par le bras et il m’a dit que si je parlais, il allait montrer à tout le monde que j’étais une salope», dit-elle.

Plus d’un an plus tard, M. Trudel aurait essayé de l’embrasser, et ce, même si elle lui avait clairement demandé de ne pas la toucher après qu’il lui eut demandé de participer à un événement professionnel à l’extérieur de la région avec lui.

Ces deux dames disent avoir été grandement troublées par leur histoire avec M. Trudel et ont quitté leur emploi afin de ne plus avoir de lien avec lui.

Deux autres femmes indiquent que Robert Trudel leur aurait fait des avances au cours des dernières années. L’une d’elles soutient qu’il lui aurait demandé à plusieurs reprises de devenir sa maîtresse et lui aurait posé des questions sur vie sexuelle. Elle précise qu’elle l’a toujours repoussé.

«Il me disait: ‘‘j’ai toujours pris soin de mes maîtresses, elles n’ont rien à dire, elles sont heureuses avec moi, je les gâte. À mon âge, je ne bande plus, tu n’aurais pas besoin de t’inquiéter, on pourrait juste se coller, dormir ensemble», raconte-t-elle.

L’autre femme prétend que Robert Trudel l’aurait enlacée et embrassée il y a environ trois ans. Ils se trouvaient dans le bureau de la dame car l’organisation pour laquelle elle travaille collaborait à l’époque avec la Cité de l’énergie.

«Je suis restée figée et je me rappelle que je me suis demandé: est-ce que je le frappe ou je crie?», raconte-t-elle.

Michel Angers et Julie Boulet réagissent
En entrevue à Radio-Canada, la ministre et députée Julie Boulet et le maire de Shawinigan, Michel Angers, ont qualifié ces présumés gestes d’inacceptables et joignent leurs voix à celles de ceux qui encouragent la dénonciation de tels comportements.

«C’est important de souligner le courage de ces femmes et de réaffirmer mon soutien à ceux et celles qui dénoncent de tels comportements qui n’ont pas leur place dans la société. Comme ministre du Tourisme, je vais m’assurer que l’organisation puisse assurer la pérennité et la tenue de ses activités pour la saison prochaine», déclare la députée de Laviolette.

«Les allégations qui sont décrites sont assez troublantes. Je vais souhaiter qu’une enquête soit mise en place pour éclaircir cette situation à la Cité de l’énergie. En même temps, je vais souhaiter du succès au président du conseil d’administration pour s’assurer de la continuité des opérations à la Cité de l’énergie», lance le maire.