Le fils de Nathalie Dubois a été évalué de nombreuses fois par des professionnels de la santé. Chaque fois, on l’a renvoyé chez lui.
Le fils de Nathalie Dubois a été évalué de nombreuses fois par des professionnels de la santé. Chaque fois, on l’a renvoyé chez lui.

Troubles de santé mentale: le traitement en milieux hospitaliers de nouveau critiqué

Pierrick Pichette
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Une nouvelle fois, le traitement des personnes souffrant de troubles de santé mentale en milieux hospitaliers est critiqué. La Trifluvienne Nathalie Dubois, dont le fils a été évalué de nombreuses fois par des professionnels de la santé avant d’être renvoyé chez lui, craint de plus en plus de le voir s’en prendre à lui-même ou sa famille.

«Présentement, on a très peur. D’une part, je ne veux pas qu’il se blesse lui-même, mais je souhaite également très fort qu’il ne me fasse pas de mal, puisqu’il m’en veut beaucoup en ce moment. Je crains aussi pour la sécurité de mon autre fille, seulement âgée de cinq ans», exprime la mère en détresse.

Cela fait maintenant trois ou quatre ans que Mme Dubois éprouve des problèmes avec son fils de 28 ans, qui est atteint de psychose toxique en plus de consommer de la drogue. Cependant, la situation se serait envenimée tout récemment.

En plus de devenir extrêmement paranoïaque vis-à-vis son entourage, son enfant a commencé à affirmer qu’il était possédé et a fait preuve d’agressivité, notamment en giflant son père alors que celui-ci tentait d’intervenir à son endroit.

«Après un épisode de crise, il s’est retrouvé à l’hôpital de Shawinigan. Les personnes qui l’ont pris en charge lui ont cependant tout de suite donné son congé, jugeant qu’il était apte à refuser les soins qu’on lui offrait», a-t-elle raconté.

Devant cette situation, la mère a consulté un avocat afin d’obliger légalement son fils à suivre une évaluation psychologique à l’hôpital. À l’issue des procédures juridiques, le tribunal a exigé qu’un suivi sérieux de sept jours soit fait afin de déterminer la condition mentale de l’homme.

«Nous étions heureux de voir que la proposition de sept jours avait été retenue par le juge. Toutefois, l’évaluation a débuté un vendredi, et dès le dimanche, mon fils m’a contactée pour m’annoncer qu’il avait obtenu son congé de l’hôpital. Selon le centre hospitalier, il refusait de recevoir des médicaments ou des soins, donc il était préférable de le laisser aller en vertu de la loi sur les droits de la personne», a exprimé Nathalie Dubois.

À sa sortie, son fils s’est rendu au domicile familial afin d’y dormir dans une remise. C’est à ce moment qu’il a subi une autre crise, le poussant à marteler les portes de coups de poing et même à briser une fenêtre de ladite remise. La maman s’est ensuite vue dans l’obligation de faire venir les policiers sur les lieux à deux reprises pour que son fils soit embarqué, puis relâché le lendemain.

«Au matin suivant, nous avons contacté à nouveau la police afin de régler notre problème de vitre fracassée, mais comme nous ne bénéficions d’aucune preuve, les agents sont repartis. Ce n’est que par la suite que nous avons découvert que mon fils était revenu, mais s’était introduit dans la remise voisine», a exprimé la mère.

Il se trouvait alors, semble-t-il, assis au sol de ce cabanon. Il s’est immédiatement mis à crier après ses parents, les forçant à faire revenir les policiers, qui ont embarqué le jeune homme pour intrusion. Ils lui ont ensuite interdit toute tentative d’entrer en contact avec sa mère ou sa petite soeur.

«Les policiers ont toujours été très compréhensifs envers nous. Quand je leur ai présenté mon histoire, ils m’ont dit que c’était l’un des plus gros dossiers qu’ils avaient montés pour ce genre de cas. Ce ne sont toutefois pas eux qui ont le dernier mot sur le traitement de mon garçon. Une fois en milieu hospitalier, c’est le personnel qui décide ce qui arrive avec lui», a mentionné Nathalie Dubois.

Ne sachant plus à quelle porte frapper, cette dernière a téléphoné au psychiatre qui suivait son fils quelques mois auparavant. Toutefois, le spécialiste n’a, semble-t-il, pas pu lui être d’une grande aide.

«Il m’a dit que les cartes étaient entre les mains de mon fils, qu’il n’appartenait qu’à lui d’arrêter ou non de consommer. C’est sur cette note que la conversation s’est terminée», a-t-elle indiqué.

Une évaluation sérieuse comme seul souhait

En sortant publiquement de la sorte, Mme Dubois ne souhaite d’ailleurs aucunement que son fils soit vu comme un criminel. En tant que mère, elle soutient vouloir simplement qu’il reçoive un traitement adéquat pour le protéger.

«Je ne fais pas ça pour envoyer mon fils en prison, parce que ce n’est pas sa place. J’aimerais simplement qu’une fois devant les tribunaux, le juge constate l’ampleur du danger qu’il représente pour lui et pour les autres. Par la suite, il pourrait lui ordonner de subir une évaluation au sein d’un institut psychiatrique ou même l’obliger à suivre une cure de désintoxication.»

Aucune plainte formulée

Questionnée sur sa volonté d’exprimer son désarroi au Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ) par l’entremise d’une plainte formelle, Nathalie Dubois rétorque qu’elle ne sait tout simplement pas vers qui se tourner afin de régler son problème et d’éviter qu’il ne se reproduise.

«Tout le monde dit que la situation est déplorable, mais personne ne peut faire quoi que ce soit, notamment en raison de la loi sur les droits de la personne. On semble attendre que quelque chose survienne avant d’agir. Présentement, mon fils, qui a toujours été très doux, est une bombe à retardement. Est-ce qu’on va agir uniquement lorsqu’il nous aura fait du mal ou qu’on le retrouvera pendu ou noyé», s’est-elle questionnée.

Or, le CIUSSS MCQ affirme prendre au sérieux chacune des plaintes reçues. Celles-ci sont même analysées par une entité indépendante et, par le fait même, traitées en toute objectivité.

Les doléances sont effectivement analysées, puis peuvent être retenues ou refusées par les spécialistes. Lorsqu’elles sont acceptées, elles font l’objet d’analyses approfondies de médecins examinateurs. Ces derniers déterminent à ce moment si le médecin peut être blâmé pour l’incident dénoncé. Ultimement, une plainte déposée peut se rendre jusqu’au Collège des médecins.