Johana Monthuy-Blanc professeure à l'UQTR au laboratoire de réalité virtuelle LoriCorps en compagnie d'Ameline Dupont qui fait l'essai du logiciel.

Troubles alimentaires: les athlètes sont les plus touchés

Qu'ils soient patineurs artistiques, judokas, marathoniens, culturistes ou danseurs, les athlètes qui s'adonnent à la compétition apparaissent comme l'image même de la jeunesse en santé.
Pourtant ce sont eux, par rapport à la population en général, qui présentent la plus grande prévalence de problèmes de comportements alimentaires, des comportements qui ont souvent des conséquences catastrophiques sur leur santé, allant de la déformation osseuse à l'ostéoporose par dénutrition.
C'est à ce surprenant constant qu'est arrivée Johana Monthuy-Blanc, professeure-chercheure au département des Sciences de l'éducation de l'UQTR, au cours d'une dizaine d'années de recherches sur la question.
La professeure Monthuy-Blanc a eu l'occasion d'en discuter avec le public, au cours des derniers jours, alors qu'elle prenait part aux activités organisées à l'UQTR, de concert avec le Laboratoire LoriCorps, dans le cadre de la Semaine de sensibilisation aux troubles du comportement alimentaire, une initiative provinciale organisée par Anorexie-Boulimie Québec et la Maison Éclaircie.
Selon la chercheuse, il y a une prévalence dix fois plus importante de troubles du comportement alimentaire chez les sportifs que dans la population en général.
Quand on dit sportif, on parle ici de ceux et celles qui portent leurs activités physiques au niveau de la compétition. Chose surprenante, il n'est pas question ici que des athlètes olympiques. On parle simplement de sports de compétition, précise-t-elle.
«Pendant très longtemps, on a pensé que c'était à cause de l'intensité de la pratique, mais de plus en plus, on se retrouve avec des prémices de troubles du comportement alimentaire chez des adolescents ou de jeunes personnes qui pratiquent, mais uniquement du point de vue compétitif, pas forcément à haut niveau», explique-t-elle.
C'est que les troubles du comportement alimentaire, qu'on soit un compétiteur de haut niveau ou un adolescent compétitif dans le milieu du sport à l'école secondaire, sont porteurs de traits psychologiques semblables.
Le problème survient quand on commence à être pris dans une question de valorisation, fait valoir la professeure Monthuy-Blanc.
«Par exemple, je suis au secondaire et à l'école, ça ne se passe pas très bien. Mes parents, à chaque fois qu'ils me parlent de l'école, ne se sentent pas bien et ils font des remarques négatives. Par contre, j'excelle dans le sport. Donc, ça devient du coup un terrain fertile pour une valorisation de soi. Je me retrouve avec des amis que je n'ai pas à l'école, par exemple. Sur le plan psychologique, ça amène de l'estime de soi, de la valorisation et je commence à développer des compétences. Et sur le plan social, je me fais plein d'amis. Quand ces trois pôles sont équilibrés, ça va bien, mais quand on va les pousser à leur extrême, les composantes peuvent vite basculer et ça devient un cercle vicieux», résume la professeure Monthuy-Blanc.
Ainsi, au profit d'une performance sportive valorisante, mais en déséquilibre, entre 15 % et 65 % des athlètes développent des problèmes alimentaires comme l'anorexie, la boulimie et l'hyperphagie boulimique.
S'ensuivent des troubles de santé très graves. L'ostéoporose apparaît chez des jeunes de 20 ans, signale la chercheuse. On voit aussi des cas d'aménorrhée (disparition des règles) et d'impuissance érectile. Alors que certains se priveront de manger et souffriront de dénutrition pour que leur minceur facilite l'exercice de leur sport, d'autres iront vers l'emploi de stéroïdes anabolisants pour générer une hypertrophie musculaire.
«Dans les premiers temps, ça fonctionne très bien», concède la chercheuse. Mais arrivent ensuite des cas sévères de blessures de fatigue, de fractures de fatigue et des problèmes de développement osseux.
«On conçoit que l'activité physique en soi, c'est un équilibre, mais il y a un revers à la médaille», fait valoir Johana Monthuy-Blanc.
Au laboratoire LoriCorps de l'UQTR, des travaux réalisés en réalité virtuelle visent à développer de nouvelles technologies qui pourront éventuellement trouver des applications thérapeutiques dans les cas de troubles de comportements alimentaires.