L’abaissement à venir de la limite de vitesse à 40 km/h sur les rues résidentielles et collectrices à Trois-Rivières pourrait-il améliorer le bilan routier?

Vision zéro: des statistiques qui alimentent le débat

TROIS-RIVIÉRES — Entre 2013 et 2018, 21 décès sont survenus en lien avec des accidents sur le territoire de la Ville de Trois-Rivières. Ces statistiques, rendues publiques par la Direction de la police de Trois-Rivières à la demande de citoyens opposés à la diminution de la vitesse à 40 km/h dans les rues locales et collectrices en lien avec la philosophie Vision zéro, ont fait vivement réagir ces opposants vendredi.

Des 21 accidents mortels survenus dans les six dernières années, la Direction de la police de Trois-Rivières a offert une description sur dix de ces accidents. Trois sont survenus dans une entrée de cour, deux étaient des gestes volontaires, deux impliquaient des infractions criminelles, un est survenu sur un chantier de construction, un dans un boisé impliquant une infraction criminelle et un impliquait une fausse manœuvre du conducteur qui a été éjecté.

Sur les 21 accidents mortels des six dernières années, huit impliquaient un piéton, et aucun n’impliquait de cycliste. Douze de ces accidents sont survenus sur des artères principales et quatre sur des rues résidentielles.

Par ailleurs, on constate également, toujours selon ces chiffres, que les accidents graves comptabilisés sur le territoire entre 2005 et 2018 vont toujours en décroissant, passant de 45 en 2005 à 14 en 2018, en suivant de façon pratiquement constante une courbe descendante d’année en année.

Les causes les plus fréquentes répertoriées par les policiers pour expliquer les accidents graves et mortels dans ces statistiques sont l’inattention (23,4 %) omettre de céder le passage (10,9 %), conduite ou vitesse imprudente ou excès de vitesse (6,6 %), un comportement négligent (6,3 %), une distraction (5,3 %), avoir passé sur un feu rouge (4,7 %), visibilité obstruée (4,1 %) et facultés affaiblies par l’alcool (3,8 %).

Pour Stéphane Guay, instigateur d’une pétition demandant de ne pas abaisser la limite à 40 km/h et exigeant une consultation publique sur l’implantation de la mesure, le constat est frappant: le bilan routier à Trois-Rivières est bon.

«Ce qu’on constate, c’est que c’est une solution établie mur à mur pour un problème qui n’existe pas vraiment. Il existe d’autres municipalités où l’on a abaissé la limite à 40 km/h dans certains quartiers, mais c’était toujours une demande qui venait des citoyens. C’est ce qu’on dit: ciblons la problématique par quartier et établissons la mesure si elle est réclamée par le milieu», indique Stéphane Guay.

Ce dernier, de même que d’autres citoyens, a d’ailleurs l’intention de se présenter à la prochaine séance du conseil municipal le 4 décembre afin de questionner de nouveau les conseillers sur cette mesure particulière, à la lumière de ces nouveaux chiffres. Bien qu’une consultation publique en lien avec l’adoption de Vision zéro et des mesures qui en découleront soit prévue en février prochain, Stéphane Guay martèle que la majorité des citoyens souhaiterait non pas une consultation sur l’application des mesures, mais bien sûr l’adoption de cette mesure elle-même.

Pour sa part, la conseillère municipale à l’origine de la proposition de Vision zéro accueille ces données avec peu de surprise. «Ça va en droite ligne avec les statistiques que l’on voit ailleurs au Québec. Trois-Rivières ne fait pas bande à part. Ce qu’on constate avant tout, c’est qu’il y a eu de belles améliorations jusqu’en 2011, mais qu’il y a une forme de stagnation depuis. L’approche traditionnelle, coercitive policière semble avoir atteint sa limite. Les policiers peuvent être fiers de l’amélioration du bilan, mais il faut maintenant trouver d’autres mesures pour continuer de l’améliorer», croit-elle.

Selon Mme Mercure, plusieurs accidents décrits dans ces statistiques auraient pu être évités en lien avec des mesures prévues dans Vision zéro. «Le gros des investissements de Vision zéro se fait sur les artères principales, que l’on pense à l’installation de photos radars, de feux pour piétons, de rétrécissement des voies. Là où Vision zéro prévoit l’abaissement de la limite de vitesse, ce sont justement les endroits où le design ne permet pas d’apporter de telles mesures. C’est aussi la mesure la moins coûteuse prévue à Vision zéro», mentionne-t-elle.

Patrick Morency, médecin spécialiste en santé publique à la Direction régionale de Montréal et spécialiste de la Vision zéro, affirme pour sa part que l’analyse effectuée ici par les policiers et publiée sous forme statistique n’est que la pointe de l’iceberg. «Pour un mort, il y aura des centaines de blessés et des milliers de personnes qui auront couru un risque. Analyser les décès, c’est être en réaction au danger. La Vision zéro, c’est au contraire une approche proactive. Lorsque les policiers doivent intervenir sur une scène d’accident, ils analysent en fonction de l’infraction, mais ne mettent pas l’accident en contexte dans son environnement. Pourtant, c’est souvent l’environnement physique qui engendre les accidents. Les policiers font bien leur travail, dans l’approche traditionnelle actuelle. Mais Vision zéro s’inscrit justement dans une autre philosophie, une autre approche où l’on propose aux villes de donner les moyens aux usagers de la route de respecter le code de la sécurité routière», mentionne M. Morency.