Plusieurs conseillers municipaux se sont rassemblés en séance de travail, mardi après-midi, dans l’espoir de convoquer une séance extraordinaire le 29 décembre et de pouvoir adopter un nouveau budget.

Une séance extraordinaire le 29 décembre?

Trois-Rivières — Les huit conseillers ayant voté contre le budget municipal de Trois-Rivières, lors de la séance extraordinaire lundi après-midi, souhaitent pouvoir adopter un nouveau budget modifié et ce, le plus rapidement possible. Ainsi, en se servant de la loi sur les cités et villes, ils souhaitent convoquer une assemblée extraordinaire du conseil municipal le 29 décembre prochain, dans l’espoir que les fonctionnaires aient eu le temps d’ici là de préparer un nouveau document qui intégrera leurs demandes.

Par cette démarche, les conseillers ayant rejeté le budget lundi soir espèrent démontrer leur bonne foi dans ce processus, indique la conseillère du district des Forges, Mariannick Mercure. «Notre but n’a jamais été d’enrayer la machine ou de tomber dans une opposition systématique. Nous croyons que des arrangements sont possibles et ce, rapidement, sans que ça ne pénalise les contribuables», indique-t-elle.

Ainsi, les conseillers s’en remettent à l’article 324 de la Loi sur les cités et villes, qui permet à 40 % des conseillers municipaux d’un conseil comptant plus de sept membres, de convoquer une assemblée extraordinaire en transmettant une demande écrite et signée au greffe de la Ville. C’est d’ailleurs ce qui a été fait mardi midi, et un avis public devrait paraître sous peu dans le journal pour officialiser cette convocation.

Lors de cette séance, les conseillers espèrent être en mesure de voter sur un budget qui aura été modifié par les fonctionnaires de la Ville, en fonction de certaines demandes acheminées par cette majorité de conseillers, des demandes qu’ils estiment réalistes et facilement intégrables dans le budget ou le Plan triennal d’immobilisations. Le groupe s’est d’ailleurs rassemblé mardi après-midi pour revoir ensemble ces demandes, une séance de travail à laquelle se sont jointes deux conseillères ayant voté en faveur du budget, Maryse Bellemare et Sabrina Roy. Rappelons notamment un montant de 75 000 $ pour permettre la plantation d’arbres, un montant d’un million $ par année sur trois ans pour l’aménagement de pistes cyclables de même qu’une résolution indiquant que si les finances de la Ville le permettent, le conseil s’engagera à geler les taxes dans le budget 2019.

Lundi, le maire Yves Lévesque a indiqué qu’il avait répondu à la plupart de ces demandes par l’ajout de 200 000 $ au budget discrétionnaire de 35 000 $ à chacun des conseillers, un montant d’un peu plus de 3,2 M$ pigé à même les surplus et qui aurait été discuté en équipe lors d’une séance de travail le 8 janvier prochain afin de savoir où ces montants allaient être répartis.

Or, pour Mariannick Mercure et ses collègues, ce n’est pas un engagement officiel, et ce n’est donc pas suffisant. «Ce sont des arrangements informels qu’il faut discuter après l’adoption du budget. C’est comme signer un chèque en blanc et espérer que nos demandes seront entendues. Dans ce cas, pourquoi ne pas intégrer ces montants au budget et en faire du même coup un engagement formel», se demande-t-elle, ajoutant avoir reçu, depuis lundi soir, des dizaines de courriels et d’appels téléphoniques la félicitant de la position adoptée lors de la séance extraordinaire de lundi. 

Dans une lettre ouverte envoyée au Nouvelliste, le conseiller municipal Denis Roy, lui aussi ayant voté contre le budget, a fait savoir que le maire aurait décidé de repousser l’adoption du budget au 16 janvier. «Le temps presse! Mais le maire a décidé de retarder l’adoption du budget jusqu’au 16 janvier, bien que la loi nous permette de le faire dès le 29 décembre. Lui qui semblait préoccupé au plus haut point par les impacts financiers du vote d’hier néglige désormais ceux que pourrait entraîner une adoption tardive. (...) Souhaitons maintenant que les intérêts de la collectivité passent avant la «petite politique», écrit-il.

Le Nouvelliste a tenté à plusieurs reprises de joindre le maire Yves Lévesque, mais sans succès.

De son côté, la conseillère Valérie Renaud-Martin, qui a voté en faveur du budget, n’était pas en mesure de se prononcer mardi à savoir si elle assisterait à une éventuelle séance spéciale si elle devait être convoquée le 29 décembre. «Je me demande surtout ce que ça va donner de concret. Ce n’est pas vrai que nous n’avons pas eu de discussions. Il y a eu plusieurs de nos demandes qui ont été ajoutées au budget», relate-t-elle.

Parmi ces demandes, elle note l’ajout de la webdiffusion, l’augmentation substantielle des budgets alloués aux fêtes de districts, le financement d’une étude pour la construction d’une passerelle pour piétons et vélos à la hauteur du pont Radisson de même que l’augmentation du budget discrétionnaire accordé à chaque conseiller.

«Peu importe ce qu’on ajoutait, ce n’était jamais assez. Moi, je trouvais que dans les circonstances, on avait obtenu plusieurs choses, et on aurait pu discuter du reste en cours d’année. Je veux travailler en équipe, mais présentement je n’ai pas l’impression qu’on travaille vraiment en équipe. Il ne faut pas oublier que les fonctionnaires ont travaillé presque 60 heures par semaine dans les derniers temps pour nous livrer le budget et répondre à toutes nos interrogations. Ce sont eux, les spécialistes. Ce qui se passe en ce moment, je ne pense pas que ce soit la bonne façon de faire pour faire bouger les choses», a-t-elle indiqué.

Un scénario semblable à 2009

Le scénario vécu lundi après-midi à l’hôtel de ville de Trois-Rivières ressemble étrangement à celui survenu en décembre 2009, au moment où huit conseillers avaient voté en faveur du budget, et huit autres avaient voté contre. Un scénario qui avait été réglé en dix jours, avec l’adoption d’un budget modifié la veille de Noël, en séance spéciale.

L'ancien directeur général de la Ville de Trois-Rivières, Michel Byette

Michel Byette était directeur général de la Ville, à cette époque, et se souvient que les demandes formulées par les conseillers en défaveur, à l’époque le Groupe des sept ainsi que le conseiller Yves Landry, se résumaient à quelques demandes, dont le taux de taxation. Initialement prévu avec des hausses de 3,25 %, le budget avait été ramené à 2,9 %, obtenant finalement la faveur du conseiller Landry.

«Il y avait la question du taux de taxation de mêmes que certaines demandes, dont du soutien à des organismes. Évidemment, on ne peut jamais plaire à tout le monde, mais en dix jours nous étions parvenus à travailler et à trouver un cadre intéressant pour adopter un nouveau budget», se souvient Michel Byette.

Pour en arriver à cette baisse du taux de taxation, 400 000 $ avaient dû être retranchés du budget, essentiellement concentrés sur des dépenses de transport, de loisirs et de culture de même que de sécurité publique. Le budget avait finalement été adopté sur division, à 9 voix contre 7. 

«Nous avions revu certaines dépenses pour rééquilibrer le tout. Ça se fait, si la commande est passée aux fonctionnaires. Tout est une question de priorité», remarque-t-il, ajoutant qu’il faut évidemment une volonté politique pour en arriver là. 

Toutefois, difficile pour lui de se prononcer sur la faisabilité des arrangements demandés par l’actuel conseil municipal dans des délais aussi courts, lui qui est maintenant à la retraite et qui ne dispose pas de toutes les informations, tant au niveau de la nature des dépenses que des réalités budgétaires de l’année en cours.