De nombreux résidents de la rue Jeanne-Crevier et des alentours déplorent que leurs enfants ne puissent se rendre à pied à l’école Jacques-Buteux de façon sécuritaire en raison de l’absence de déneigement des trottoirs sur le boulevard des Chenaux. On voit à l’avant-plan Patrick Paradis, accompagné de sa famille et de plusieurs autres voisins.
De nombreux résidents de la rue Jeanne-Crevier et des alentours déplorent que leurs enfants ne puissent se rendre à pied à l’école Jacques-Buteux de façon sécuritaire en raison de l’absence de déneigement des trottoirs sur le boulevard des Chenaux. On voit à l’avant-plan Patrick Paradis, accompagné de sa famille et de plusieurs autres voisins.

Trottoir non déneigé pour écoliers à pied

Paule Vermot-Desroches
Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — Plusieurs familles habitant près de la rue Jeanne-Crevier à Trois-Rivières sont abasourdies de constater que pour une autre année, leur requête de voir le trottoir d’une portion du boulevard des Chenaux être déneigé a une nouvelle fois été rejetée. Un trottoir pourtant utilisé matin et soir par plus d’une douzaine d’enfants qui fréquentent l’école primaire Jacques-Buteux, ou qui doivent se rendre à un arrêt d’autobus.

«On nous a répondu que ça n’entrait pas dans les critères, que selon le système de pointage, il n’y avait pas assez de piétons pour justifier qu’on déneige cette portion», résume Patrick Paradis, dont les trois enfants fréquentent Jacques-Buteux. Au même titre que leurs petits voisins, les enfants doivent marcher la portion du boulevard des Chenaux comprise entre les rues Jeanne-Crevier et Dunant avant de monter vers le coteau où se trouve l’école. Un trop court chemin pour avoir droit au transport scolaire, et une portion pas assez fréquentée par les piétons pour pouvoir être déneigée.

«L’hiver, ils se retrouveraient à carrément marcher dans la rue parce que même le corridor cyclable n’est pas déneigé. Et ça circule très vite. Ça n’a aucun sens», explique M. Paradis. Unanimement, les parents du quartier concèdent qu’ils ne peuvent se résigner à les laisser marcher sur cette artère et ont tous fait le choix de les transporter avec la voiture pour plus de sécurité. Une décision qui n’est pas sans avoir d’impact sur l’organisation familiale.

«Quand je vais reconduire ma fille, il faut que je fasse affaire avec le service de garde parce que sinon j’arrive trop tard au travail. Mais avec la COVID, je préférerais mille fois qu’elle n’aille pas au service de garde et qu’elle puisse rentrer à la maison dès que les cours sont terminés», souligne Élisabeth Lapierre, qui précise avoir aussi choisi de reconduire elle-même son aînée, qui fréquente l’Institut secondaire Keranna, puisqu’elle devait aussi marcher le boulevard des Chenaux pour se rendre à son arrêt d’autobus, ce qui n’est pas du tout sécuritaire en hiver.

«Des Chenaux, c’est une artère principale et ça roule vraiment vite. Ce n’est pas rare de voir les policiers faire des opérations radar à partir de notre rue», ajoute sa voisine Amélie Michaud.

Selon les critères identifiés par la Ville, un trottoir doit avoir un débit piétonnier de plus de 30 piétons par trois heures représentatives, soit entre 6 h et 9 h le matin et entre 15 h et 18 h le soir, et répondre à l’un ou l’autre d’une série de critères énumérés. Dans ce cas-ci, il ne répond pas au critère «Champ de vision inférieur à 100 mètres dans une courbe», explique la Ville. Les citoyens sont pourtant d’avis que c’est plutôt «l’œuf ou la poule», car si le trottoir était déneigé, les gens seraient davantage portés à se déplacer à pied et le comptage effectué par la Ville serait bien différent. «Il y a nos enfants, mais il y a aussi des personnes plus âgées qui demeurent dans le secteur et qui veulent se promener et aller prendre des marches», signale Élisabeth Lapierre, soulignant qu’en laissant toujours passer la saison froide, ces saines habitudes de vie peuvent rapidement se perdre pour ces personnes.

Le conseiller municipal du district, Claude Ferron, appuie les citoyens dans leur démarche et rappelle que tout demeure une question de budget mais aussi de volonté politique. Le conseiller se dit en accord avec le principe de l’arbre décisionnel de la Ville, visant à apporter une forme d’équité envers tous pour éviter que les choix de déneigement ne deviennent politiques. Toutefois, il est aussi d’avis qu’il faut revoir l’ensemble de cet arbre décisionnel et permettre davantage de déneigement de trottoirs.

«Je trouve ça frustrant. J’ai assisté à je ne sais plus combien de réunions où j’ai plaidé pour qu’il y ait davantage d’argent pour le déneigement des trottoirs. Ce n’est pas normal qu’on ne déneige pas un trottoir pour permettre à des enfants d’aller à l’école à pied. Comme société, quels choix on fait si on fait ce choix-là? Ça me dépasse», mentionne-t-il.

Pour lui, l’argument portant sur les considérations budgétaires ne tient pas, puisqu’il peut être contourné de bien des façons. «C’est une question de choix. On peut choisir de revoir les tarifs de déneigement pour les commerçants, ou encore discuter que la neige soit envoyée dans d’autres sites de dépôt plus loin. Là, on va nous répondre que ça augmente l’émission des gaz à effets de serre, mais des dizaines de parents qui prennent leur voiture le matin pour aller reconduire leurs enfants au lieu de les laisser marcher, ça augmente aussi les gaz à effets de serre», fait-il remarquer.

Claude Ferron espère obtenir davantage de soutien de la part de ses collègues du conseil municipal lorsque viendra le temps de discuter à nouveau de l’arbre décisionnel et des budgets alloués au déneigement des trottoirs. «Il y a des quartiers complets actuellement pour qui ce n’est pas un enjeu, puisqu’ils ont été construits sans trottoirs. Pour certains conseillers, ce n’est pas une priorité. Mais il va falloir être sensible à cet enjeu pour l’ensemble des citoyens, pas juste pour son propre district», croit-il.

Il est déjà acquis pour Claude Ferron qu’il ramènera ce point lors du prochain comité de travail des Travaux publics, afin de discuter une nouvelle fois de la nécessité de revoir certains critères d’évaluation.