La rue Roger-Garceau de Trois-Rivières change officiellement de nom.

Trois-Rivières: la rue Roger-Garceau rayée de la carte

Trois-Rivières — La rue Roger-Garceau de Trois-Rivières change officiellement de nom. Le conseil municipal de Trois-Rivières a entériné, mardi soir, une résolution changeant le nom de cette rue qui avait été nommée en hommage à cet homme qui avait été impliqué à Trois-Rivières, mais également le présumé auteur de nombreuses agressions sexuelles sur plusieurs enfants de la communauté Atikamekw de Manawan.

La situation avait été portée à l’attention du comité de toponymie de la Ville de Trois-Rivières l’été dernier, et le sujet a été rapidement discuté. Un recours collectif avait même été intenté contre Ottawa par plusieurs résidents de Manawan pour avoir fermé les yeux pendant plusieurs années sur les abus de M. Garceau, aujourd’hui décédé.

Pour la Ville de Trois-Rivières, le questionnement n’aura pas été long et le changement allait de soi après avoir entendu les demandes et les témoignages de présumées victimes venues rencontrer les élus au cours des derniers mois. Le nouveau nom de la rue, Awacak, a été choisi par les membres de la communauté de Manawan et signifie «petit être de lumière».

«Ce nouveau nom de rue, il a été choisi par la communauté Atikamekw de Manawan, ceux-là mêmes qui ont subi pendant des années la violence sexuelle de cet homme dont je l’espère, on ne prononcera plus le nom. J’espère profondément que ce petit geste-là que le conseil pose aujourd’hui, il pourra aider (les victimes) ne serait-ce qu’un tout petit peu, dans leur processus de guérison. Que l’awacak en eux puisse briller à nouveau, un jour. Je vous souhaite de réussir à prendre soin de vous et que ce geste-là, d’effacer cet homme de notre mémoire collective, vous apporte un peu de réconfort dans cette tempête que vous traversez», a indiqué la conseillère municipale du district où se trouve cette rue, Mariannick Mercure, avant de prononcer un petit mot en atikamekw.

«Vous nous avez parlé et nous vous avons écoutés. Là où il y a eu rupture, il faut retisser des liens. Nos oreilles demeurent disponibles, nos mains tendues. Merci d’enrichir notre toponymie, mais aussi notre culture», a ajouté le conseiller municipal Pierre-Luc Fortin, président du comité de toponymie.

Un représentant de la communauté, Ghislain Quitish, a chaudement applaudi l’adoption à l’unanimité de cette résolution, tout comme la grande majorité des personnes présentes dans le public.

Bonne nouvelle

En septembre dernier, le vice-chef de la communauté de Manawan, Sipi Flamand, s’était rendu à Trois-Rivières accompagné de deux présumées victimes de Roger Garceau pour rencontrer Pierre-Luc Fortin et Mariannick Mercure.

Les trois hommes avaient alors demandé que soit rayé de la toponymie trifluvienne le nom du présumé agresseur sexuel. Joint par téléphone mardi, le vice-chef de la communauté atikamekw s’est dit très heureux de la décision de la Ville.

«C’est une bonne nouvelle pour la communauté que la Ville de Trois-Rivières change le nom de la rue Roger-Garceau pour la rue Awacak», mentionne Sipi Flamand qui estime que ce changement de nom est une manifestation de respect envers les présumées victimes du membre des Frères des écoles chrétiennes.

Le choix du nom Awacak, qui se prononce «Awachik» selon Sipi Flamand, n’est pas anodin et lourd de sens, alors qu’il vient remplacer celui d’un présumé agresseur d’enfants. Bien que les agressions se seraient produites dans les années 70, les douleurs sont encore vives chez les présumées victimes du prêtre, précise Sipi Flamand.

«Ce nom permet de travailler ensemble et vraiment aider les victimes, les survivants de la personne concernée.»

Membre des Frères des écoles chrétiennes, Roger Garceau a travaillé «de nombreuses années sur la scène internationale pour des causes humanitaires, particulièrement dans des camps de réfugiés palestiniens au Liban, ainsi qu’en Thaïlande et au Congo», selon le répertoire de la Commission de la toponymie du Québec. Il est décédé en 2005 à l’âge de 78 ans.

De présumées victimes de Roger Garceau ont entamé des démarches de recours collectif pour «obtenir réparation», mentionne Sipi Flamand. Cette démarche concerne les présumées victimes de Manawan du Trifluvien. On sait toutefois qu’il a travaillé dans d’autres communautés autochtones, notamment chez les Inuits, où il aurait fait d’autres victimes.