Un nouveau règlement est en vigueur concernant l’économie d’eau potable à Trois-Rivières, restreignant à une journée sur deux la possibilité de laver son véhicule.

Trois-Rivières et l'économie d'eau potable: loin d’être la plus restrictive

TROIS-RIVIÈRES — Le nouveau règlement visant à promouvoir l’économie d’eau potable à Trois-Rivières, et spécialement la portion portant sur la permission de laver son véhicule seulement une journée sur deux selon les adresses civiques, continue de faire couler de l’encre, alors que des réactions de citoyens mécontents de cette nouvelle réglementation fusent encore tant aux séances publiques du conseil municipal, sur les médias sociaux que dans les lettres ouvertes du Nouvelliste. Or, selon nos vérifications, la Ville de Trois-Rivières est loin d’être la plus restrictive sur cette réglementation, qui vise d’abord à conscientiser les gens sur l’importance de l’économie d’eau potable, rappelle la Ville.

À Shawinigan, il n’est permis de laver sa voiture qu’une seule fois par semaine à l’aide d’un boyau muni d’un déclencheur automatique. Le maire Michel Angers reconnaît que ce règlement a été voté d’abord et avant tout par mesure de sensibilisation pour la population. «Lorsque nous avons adopté le règlement, ça n’avait pas soulevé de grogne dans la population. L’objectif est surtout d’envoyer le message qu’on ne peut pas faire ce qu’on veut avec l’eau potable. On estime que de laver son véhicule une fois par semaine, c’est raisonnablement suffisant. Et si la personne ne peut absolument pas attendre après deux ou trois jours, elle est libre de se rendre dans un lave-auto, où les systèmes sont souvent conçus pour recycler l’eau», mentionne le maire Angers.

À Laval et Granby, les citoyens sont eux aussi tenus de se fier à leur adresse civique pour savoir s’ils ont ou non le droit de laver leur véhicule dans une entrée privée les jours pairs ou impairs. Par ailleurs, alors que Trois-Rivières permet le lavage durant toute la journée selon les journées paires ou impaires, Granby ne l’autorise que de 19 h à 21 h les soirs de semaine, et de 8 h à 18 h la fin de semaine, toujours en imposant une journée sur deux selon les adresses civiques.

À Saguenay, le lavage est permis tous les jours, mais les citoyens doivent le faire entre 19 h et 7 h le lendemain sur semaine, et peuvent le faire toute la journée la fin de semaine.

À Nicolet, le lavage est permis tous les jours, mais le fait que la Municipalité soit munie de compteurs d’eau est en soi une mesure dissuasive d’utiliser l’eau potable sans que ce soit vraiment nécessaire. «Avoir des compteurs d’eau signifie que dès que l’on ouvre le robinet, on met la main dans notre poche. Généralement, ça calme les ardeurs d’utiliser l’eau pour des raisons inappropriées», considère la mairesse Geneviève Dubois, qui ajoute qu’en ces circonstances, le conseil municipal n’entend pas se pencher prochainement sur une refonte du règlement sur l’utilisation de l’eau potable en ce qui concerne le lavage des véhicules.

Appliquer le règlement

À la Ville de Trois-Rivières, on n’entend pas revenir en arrière sur l’implantation de cette mesure du nouveau règlement, qui vise non seulement à sensibiliser la population à l’économie d’eau potable, mais également à faciliter l’application du règlement. Selon le coordonnateur au développement durable à la Ville, Dominic Thibeault, la Ville entend que certains citoyens se sentent présentement brimés dans leurs libertés individuelles, mais rappelle que Trois-Rivières se devait aussi de prendre des décisions pour la gestion de la ressource, des décisions rendues nécessaires par l’application de la Stratégie nationale de l’eau potable imposée à toutes les municipalités par Québec.

«Ce qui a mené notre réflexion, c’est surtout l’applicabilité du règlement. On a regardé ce qui se faisait un peu partout au Québec et on a voulu trouver des mesures que l’on peut facilement appliquer», indique-t-il, rappelant que l’actuelle consommation d’eau potable des Trifluviens est en deça de la cible ministérielle de 438 litres d’eau par jour par citoyen, mais qu’il ne faudrait pas grand-chose pour l’outrepasser. «Présentement, nous sommes à une douche par jour par citoyen de dépasser la cible», constate M. Thibeault, rappelant que des conséquences pourraient découler si cela devait se produire, comme l’obligation d’implanter 1000 compteurs d’eau par année sur le territoire de même que la perte de subventions reçues par la Ville dans le cadre de différents programmes gouvernementaux.

Selon l’agent d’information à la Ville de Trois-Rivières Guillaume Cholette-Janson, de nouvelles stratégies de communication seront mises en place dans les prochains jours pour poursuivre la sensibilisation, dont la publication d’une vidéo plus tard cette semaine. Par ailleurs, la Ville poursuit sa présence dans les camps de jour et les différentes fêtes de district pour continuer de véhiculer de l’information quant à la politique en place et à l’importance d’économiser l’eau potable.

À la coalition Eau Secours, on salue l’initiative de Trois-Rivières, qu’on est loin de trouver «restrictive». «Ça demeure qu’il y a quand même plus de 150 jours par année où les citoyens peuvent laver eux-mêmes leurs véhicules. C’est drôle de constater que les citoyens sont prêts à déchirer leurs chemises lorsqu’on impose un tel règlement, mais qu’ils vont également déchirer cette même chemise lorsque les taxes vont augmenter. Pourtant, ça coûte énormément cher de produire et distribuer l’eau potable. Il est justifié et normal qu’on veuille éviter le gaspillage. Selon nous, il s’agit d’une mesure qui sensibilise les gens sans nécessairement avoir un impact démesuré dans leur vie», croit Alice-Anne Simard, directrice générale de Eau Secours.