La Ville de Trois-Rivières a récemment adopté une politique de tarifs supralocaux pour les municipalités avoisinantes en ce qui concerne les activités sportives.

Tarifs supralocaux à Trois-Rivières: parmi les plus chers

Trois-Rivières — Trois-Rivières aurait-elle adopté l’une des politiques de tarifs supralocaux les plus chères parmi les villes de tailles semblables au Québec? La question se pose lorsqu’on compare les différentes politiques en vigueur dans la plupart de ces villes, des données comptabilisées par Le Nouvelliste au cours de la dernière semaine. Un constat qui se nuance cependant lorsqu’on remarque que les villes proposant les politiques les plus chères sont celles qui ont récemment revu leur politique, comparativement aux villes ayant encore les politiques en vigueur depuis de nombreuses années.

Selon nos données, mis à part les tarifs exigés par Shawinigan pour le hockey et ceux exigés par Rimouski pour le patinage artistique, de vitesse et certaines activités aquatiques, les autres tarifs imposés aux municipalités dont les non-résidents utilisent les plateaux sportifs de Trois-Rivières sont les plus élevés un peu partout au Québec.

Rappelons qu’au cours des dernières semaines, la Ville de Trois-Rivières a adopté une nouvelle grille tarifaire de frais exigés aux non-résidents qui désirent pratiquer une activité sportive dans les installations gérées par la Ville. À travers cette nouvelle politique, Trois-Rivières espérait en arriver à des ententes avec 25 municipalités environnantes, desquelles plus de 1200 non-résidents pratiquent des sports à Trois-Rivières.

À Trois-Rivières, il en coûte désormais 138 $ de plus pour les sports aquatiques, 144 $ pour les sports de gymnase, 311 $ pour les sports de pelouse (soccer, baseball, etc.) et 716 $ de plus pour les sports de glace (hockey, patinage artistique, etc.). Des tarifs qui ont été décriés sur la place publique par des citoyens craignant de ne plus être en mesure d’inscrire leurs enfants à des activités sportives de leur niveau.

À Saguenay, la très grande majorité des activités sportives sont gérées par des associations sportives. Pour ces associations, la Ville n’exige aucun tarif de non-résident. «Les associations gèrent elles-mêmes leurs inscriptions. Ça ne veut pas dire qu’ils n’imposent pas de tarifs pour les non-résidents, mais la Ville n’impose aucune politique là-dessus et n’en reçoit pas les bénéfices», résume le directeur des communications de Saguenay, Jeannot Allard. Par ailleurs, les non-résidents désirant s’inscrire à des activités aquatiques gérées par la Ville doivent se procurer la carte Accès-Saguenay au coût de 50 $ annuellement et paieront 10 % de plus de frais que les résidents. Ainsi, pour un cours d’aquaforme dont la session coûte 48 $ aux résidents, les non-résidents paieront 4,80 $ de plus, en plus d’adhérer à la carte annuelle d’Accès-Saguenay.

À Sherbrooke, le coût d’inscription à des cours donnés par la Ville est, pour les non-résidents, de 50 % plus cher que le tarif d’inscription. En consultant le site des différentes associations sportives mineures de Sherbrooke, cette tarification se traduit par des frais de 100 $ de plus pour les non-résidents, que ce soit pour le hockey, le soccer ou le baseball. Selon la porte-parole de la Ville de Sherbrooke, Nancy Corriveau, ladite politique est en vigueur depuis de nombreuses années et n’a donc pas été révisée récemment.

À Gatineau, les non-résidents qui souhaitent s’inscrire aux activités de l’ensemble de la programmation Loisirs et culture doivent se procurer la carte Accès-Gatineau au coût de 80 $ par année ou 135 $ pour une carte familiale pour pouvoir s’inscrire au même tarif que les résidents. La programmation compte notamment les activités aquatiques, de gymnase, plusieurs catégories de baseball mineur de même que plusieurs activités de patinage, dont les cours de patinage artistique. Par ailleurs, en visitant le site Internet des différentes associations sportives reconnues par la Ville, on constate qu’aucun frais de non-résident n’est imposé, mais également que certaines associations n’acceptent pas les inscriptions des personnes n’habitant pas Gatineau.

À Lévis, la Ville exige un montant équivalent à 50 % du coût d’inscription pour un cours offert par la Ville et, dans ces circonstances, acceptera les inscriptions des non-résidents seulement s’il reste de la place. Les associations sportives accepteront les inscriptions de l’extérieur seulement s’il reste de la place et la Ville demandera, en échange, 3,5 heures de glace ou d’utilisation de terrain à la municipalité concernée en retour.

Finalement, à Granby, les non-résidents doivent se procurer une carte loisirs au coût de 98 $ pour pouvoir s’inscrire à l’une ou l’autre des activités à Granby. Ce tarif s’applique également aux disciplines du hockey mineur, soccer ou baseball, dont les inscriptions sont gérées par l’organisme Granby Multisports.

Tarifs semblables

La Ville de Rimouski, qui a révisé en décembre 2018 sa politique concernant les frais supralocaux, possède la politique qui s’approche le plus des frais exigés par Trois-Rivières, et dépasse certains frais adoptés par Trois-Rivières, notamment pour les sports aquatiques et le patinage artistique ou de vitesse. Pour le hockey mineur, les non-résidents déboursent désormais 530 $ en plus du tarif d’inscription. Ce tarif est de 280 $ pour le baseball mineur et varie entre 48 $ et 280 $ pour les différents clubs de soccer. Pour la natation, les frais supralocaux varient de 251 $ à 510 $ (nage synchronisée) et de 1055 $ à 2040 $ pour le patinage de vitesse et artistique.

À Shawinigan, les frais supralocaux pour le hockey mineur dépassent aussi ceux de Trois-Rivières de quelques dollars, avec des frais de 800 $ imposés aux non-résidents, des tarifs qui ont toutefois fait l’objet d’ententes avec certaines municipalités. Pour le baseball ou le soccer par contre, on exigera 80 $ de plus. La plupart des activités de natation, quant à elles, passeront du simple au double.

Plusieurs villes s’intéresseraient au modèle de Trois-Rivières

Les tarifs auxquels en est arrivé le Service des loisirs pour l’adoption de la nouvelle politique de tarifs supralocaux ont été calculés en fonction des coûts d’opération qui incombent à la Ville pour exploiter ses différentes installations, et représentent fidèlement les coûts de 2017. C’est ce que martèle la Ville qui, appelée à réagir aux données comptabilisées par Le Nouvelliste, a fait savoir que depuis l’adoption de cette nouvelle réglementation, indique qu’elle se fait interpeller par plusieurs
autres villes au Québec qui souhaiteraient à leur tour revoir leur tarification.

«C’est ce qui se passe en ce moment. Avec certains tarifs fixes ou la demande d’achat de cartes citoyennes, les Villes réalisent que ça ne couvre pas tous leurs coûts. Plusieurs sont curieuses et intéressées par notre modèle», résume la porte-parole de la Ville de Trois-Rivières, Cynthia Simard.

Tableaux à l’appui, Mme Simard explique que les coûts calculés sont uniquement attribuables aux coûts d’opération des différents plateaux sportifs, et qu’ils ont été divisés par le nombre d’inscriptions pour en arriver à un tarif par utilisateur. Ce tarif, évidemment non chargé aux résidents, reflète donc les nouveaux tarifs demandés aux municipalités pour leurs citoyens utilisateurs.

Cynthia Simard rappelle d’ailleurs que la démarche initiale n’a jamais été entreprise dans le but de refiler la facture aux citoyens des autres municipalités, mais bien pour en arriver à des ententes avec les municipalités afin que celles-ci puissent contribuer dans un souci d’équité.

«Notre objectif demeure celui de trouver un terrain d’entente avec les municipalités. On le sait, le taux de taxation à Trois-Rivières est plus élevé que plusieurs de ces municipalités. C’est d’ailleurs un argument de vente pour ces municipalités qui souhaitent attirer des citoyens chez elles. Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’à Trois-Rivières, tous les citoyens déboursent en ce moment pour entretenir ces infrastructures, qu’ils les utilisent ou non. C’est donc uniquement une question d’équité quand on demande aux municipalités qu’elles contribuent pour leurs citoyens qui utilisent nos installations», mentionne Mme Simard.

À ce jour, cinq des vingt-cinq municipalités visées ont officiellement envoyé une réponse par voie de résolution à la Ville de Trois-Rivières. Le délai du 28 février étant maintenant passé pour obtenir une réponse, la Ville entreprendra prochainement des démarches pour communiquer avec les autres et aller à leur rencontre afin de trouver un terrain d’entente. 

«Il est faux de dire que nous tentons de mettre un frein à l’activité physique chez nos jeunes. Notre démarche est uniquement basée sur l’équité en regard du taux de taxation que nos citoyens doivent payer», rappelle Mme Simard.